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01/07/2016 10:23 EDT | Actualisé 02/07/2017 01:12 EDT

Colonisation et violence sapent les chances d'une paix israélo-palestinienne, selon le Quartette

Le Quartette sur le Proche-Orient a exhorté vendredi Israël et les Palestiniens à renoncer respectivement à la colonisation et à la violence, qui minent les chances de paix et d'une solution à deux Etats. Des conclusions qu'Israël a immédiatement rejetées.

Les colonies israéliennes, les démolitions de maisons palestiniennes et la confiscation de terrains par Israël "sapent la viabilité de la solution à deux Etats", c'est-à-dire Israël et un Etat palestinien coexistant pacifiquement, estiment dans un rapport très attendu les Etats-Unis, la Russie, l'Union européenne et l'ONU, qui composent le Quartette.

"Cela soulève des questions légitimes sur les intentions à long terme d'Israël, qui sont exacerbées par les déclarations de certains ministres israéliens disant qu'il ne devrait jamais y avoir d'Etat palestinien", poursuit le rapport.

Fruit d'un consensus après plusieurs mois de préparation où chaque mot a été pesé, ce document de huit pages a pour objectif de relancer le processus de paix, dans l'impasse depuis avril 2014.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu en a immédiatement rejeté les conclusions, estimant qu'il "perpétue le mythe que les constructions israéliennes en Cisjordanie sont un obstacle à la paix".

"Quand Israël a gelé la colonisation, il n'a pas obtenu la paix", a-t-il fait valoir dans un communiqué.

Des violences secouent depuis début octobre les Territoires palestiniens, Israël et Jérusalem. Au total, ces violences ont coûté la vie depuis octobre à 214 Palestiniens, 34 Israéliens, deux Américains, un Erythréen et un Soudanais, selon un décompte de l'AFP à ce jour.

Face à un regain d'attaques survenues depuis jeudi, avec notamment la mort d'une adolescente israélo-américaine poignardée dans sa chambre, le gouvernement israélien a annoncé des mesures de rétorsion vendredi, dont le bouclage de Hébron.

Parmi les facteurs "minant sérieusement les espoirs de paix", le Quartette cite "la violence continue, les attaques terroristes contre les civils et l'incitation à la violence".

Il déplore que les dirigeants palestiniens "ne condamnent pas clairement et systématiquement les attaques terroristes spécifiques". L'Autorité palestinienne devrait "prendre toutes les mesures nécessaires possibles pour faire cesser l'incitation à la violence et renforcer les efforts actuels pour combattre le terrorisme", écrit le Quartette.

- 'Impact destructeur' -

Parmi ses dix recommandations, le Quartette demande à Israël de lever le blocus de Gaza et appelle à la restauration du contrôle de l'Autorité palestinienne sur Gaza, aux mains du Hamas.

"L'armement illégal et les activités militantes, l'absence persistante d'unité palestinienne et la situation humanitaire extrême à Gaza nourrissent l'instabilité", estime le rapport.

"Le Quartette réitère qu'une solution négociée à deux Etats est la seule façon de parvenir à une paix durable", martèle le rapport.

Quelque 570.000 colons vivent actuellement en Cisjordanie et à Jérusalem-Est --dont les Palestiniens espèrent faire la capitale d'un futur Etat. Les Nations unies ont déclaré les colonies illégales.

A Washington, un responsable du département d'Etat a réagi à la publication du rapport avec une mise en garde.

"Bien que les dirigeants des deux parties assurent qu'ils soutiennent une solution à deux Etats, s'ils continuent comme ils le font actuellement, cette perspective va s'éloigner de plus en plus", a-t-il dit sous couvert d'anonymat.

"Nous sommes vraiment inquiets du fait que, sans changements importants, une solution à un seul Etat risque de devenir une réalité, et cela ne bénéficiera à aucune des deux parties", a-t-il poursuivi.

La France "partage les conclusions" du Quartette, a déclaré dans un communiqué le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault, qui évoque "l'impact destructeur" de la colonisation et de la violence.

Le ministre français estime que "les conclusions de ce rapport confortent l'initiative que la France a prise afin de rassembler la communauté internationale en faveur de la paix au Proche-Orient" d'ici la fin de l'année.

Selon l'ambassadeur français à l'ONU, François Delattre, les 15 pays membres du Conseil de sécurité avaient exprimé jeudi un "fort soutien" à cette proposition.

Une trentaine de ministres et représentants de pays arabes et occidentaux, de l'ONU et de l'UE ont pris part au lancement de cette initiative lors d'une rencontre à Paris le 3 juin. Mais ni Israël, qui rejette avec force ce projet, ni les Palestiniens, n'avaient été conviés.

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