NOUVELLES
30/06/2016 09:01 EDT | Actualisé 01/07/2017 01:12 EDT

Une journée de compétition comme si vous y étiez

BILLET - C'est au village olympique que se vit le début d'une journée de compétition, et c'est l'endroit où elle se termine. Plusieurs choses me sont passées par la tête lors de ces journées cruciales où se succèdent une demi-finale et une finale olympiques en plongeon. Petit retour dans le passé pour une journée type de compétition.

Un texte d'Alexandre Despatie

Réveil

Je veux me lever quatre heures avant la demi-finale, afin que mon corps soit activé à 100 % pendant la compétition, qui se tient généralement vers 10 h. La seule chose, c'est que je ne dors pas très bien avant une journée de compétition olympique. Il est très rare que je me réveille d'un profond sommeil le matin.

Le soir, ma tête s'active, surtout avant une journée de finale. Je me pose toujours la question : comment ma journée se terminera-t-elle demain? Je pense à ma compétition, et parfois même, j'en rêve!

Donc, je me réveille vers 6 h. Une fois debout, je fais mon sac, je prépare mes choses, mon survêtement olympique. Ce sont toutes de petites étapes qui me rappellent que je suis aux Jeux, et que c'est un moment unique, spécial.

Déjeuner

Je me rends à la cafétéria du village. Je prends un bon petit déjeuner. Je dois me faire un bon fond parce que j'ai une longue journée devant moi. Les demi-finales sont plus longues, car nous sommes plus nombreux qu'à la finale.

Le matin, j'agis comme d'habitude. Je ne suis pas le genre d'athlète qui s'enferme dans sa bulle. Je suis très concentré en compétition, mais avant je parle quand même avec les autres. J'essaie de rester le plus normal et le plus relax possible.

Avant de quitter la cafétéria, je me prends une petite collation que j'emporte dans mon sac pour plus tard.

Arrivée à la piscine - réchauffement

Ce réchauffement, comme celui qui précédera la finale plus tard, sert vraiment à éveiller notre corps. On ne veut pas, et on ne s'attend pas à de grandes performances, ou à d'excellents plongeons. Si ça arrive, tant mieux. Sinon, ce n'est pas grave. Le but est vraiment d'activer la machine.

Demi-finale

La demi-finale dure environ une heure et demie, maximum deux heures. Dans mon cas, aux Jeux auxquels j'ai participé, cela s'est bien passé en général. Je peux donc me dire : « C'est fait, on passe à la finale! »

Petite parenthèse au village

En général, je peux retourner au village pour dîner, tout dépendant de la distance à laquelle se trouve le village du site de compétition. Je passe directement de l'autobus à la cafétéria.

En après-midi, c'est la relaxation dans ma chambre au village, tranquille. Je me souviens qu'à Pékin, je voulais faire une sieste, mais encore une fois je n'étais pas capable!

Les méninges commencent à s'activer. Un sentiment m'habite. Je me demande toujours comment ma journée va se terminer, et ce sentiment continue de s'amplifier. Je suis dans ce lit que je vais retrouver plusieurs heures plus tard, et je me demande si je serai champion olympique le soir!

Il y a trop de choses dans ma tête, j'ouvre l'ordinateur et j'écoute un film, question de faire le vide. Je relaxe, je ne dépense pas d'énergie, je refais le plein, et je passe ce moment-là avec moi-même.

Arrive le temps où je dois me préparer pour me rendre à la finale. Il y a quelque chose de particulier lorsque je refais mon sac pour la finale : je dois apporter mon survêtement aux couleurs du Canada spécialement conçu pour le podium, au cas où la compétition se déroule bien. C'est un petit aspect de plus qui teste ma force psychologique. Il ne faut pas trop que je m'emporte avec cela.

Je ne remange pas. Je n'ai pas faim tout de suite avant la tenue d'une épreuve. Je m'en vais vers l'autobus. Direction : la piscine pour la finale.

En soirée : la finale!

Une autre particularité d'une finale olympique, c'est qu'à partir du moment où le réchauffement est terminé, il s'écoule environ 45 minutes avant notre premier plongeon, notamment parce qu'il y a une présentation des athlètes. Ce sont 45 minutes entre mon dernier plongeon et le moment où je dois livrer la performance de ma vie. C'est énormément de temps.

Je dois rester concentré, dans ma bulle, mais pas trop en même temps. Je me crée en quelque sorte des boîtes dans ma tête, alternant entre des moments où je me concentre, et d'autres où je relaxe, où je parle avec d'autres personnes.

Après cette présentation, je dois me réactiver pour faire mon premier plongeon. C'est vraiment une difficulté qui est particulière aux Jeux olympiques, tout ce temps avant le début de la finale.

Pendant la finale, que ça se passe bien ou que ça se passe mal, c'est 100 % concentration pour moi. Heureusement, cela s'est plus souvent bien passé dans ma carrière olympique.

Le podium

Monter sur le podium, je l'ai vécu, et c'est un moment difficile à décrire. C'est un sentiment d'accomplissement, le travail effectué en équipe a payé! J'ai réussi à atteindre mon objectif.

Les médias

Après la cérémonie des médailles, il y a une longue période d'entrevues à la piscine, puis parfois au centre des médias. Cela prend plusieurs heures avant que je puisse retourner au village.

Retour au village

J'ai faim! Il est maintenant pratiquement une heure du matin! Je vais à la cafétéria prendre une bouchée.

Comme ce n'est pas toujours la fin de mes Jeux, je dois parfois penser à aller me reposer, car il me reste une autre compétition deux ou trois jours plus tard.

... et à mon point de départ, ma chambre!

Prenons l'exemple de Pékin, où j'ai décroché l'argent au 3 m.

Je reviens dans ma chambre, je suis seul et c'est le moment où je regarde la médaille pour vrai. Je suis dans mon lit et j'ai la réponse à ma question du matin, de la veille. Un sentiment de soulagement m'habite. Mission accomplie.

Et cette nuit-là... je ne dors pas mieux non plus! Je suis trop rempli d'adrénaline, de sentiments nouveaux. Je suis couché, et j'ai, en quelque sorte, le sourire fendu jusqu'aux oreilles.