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30/06/2016 11:47 EDT | Actualisé 01/07/2017 01:12 EDT

Réflexion sur le protectionnisme, Boris Johnson et Donald Trump

Il faut réfléchir à ce qui se passe en ce moment. Nos leaders ont un devoir de réfléchir sérieusement aux messages lancés par la population, au Royaume-Uni, en France et aux États-Unis.

Un texte de Gérald Fillion

Le Brexit, la candidature présumée de Donald Trump à l'élection présidentielle de novembre aux États-Unis, celle de Marine Le Pen à la présidentielle de mai 2017 en France et la montée de l'extrême droite dans plusieurs pays d'Europe expriment beaucoup de choses, qui ne sont plus des perceptions qui doivent être considérées comme étant marginales.

Les leaders occidentaux, qui croient fermement à l'ouverture des marchés, à la mondialisation et au libre-échange, doivent en tenir compte. Pas pour fermer les frontières, ériger des murs et s'isoler. Plutôt pour adopter des politiques économiques qui réduisent les inégalités au lieu de les alimenter, des politiques qui continueront d'ouvrir les possibilités à des travailleurs, des entreprises, des investisseurs, mais à un plus grand nombre d'entre eux.

Pourquoi tant de victimes dans ces choix économiques? Pourquoi tant de colère et d'exclus?

Même s'ils triturent les faits, les leaders de la trempe des Donald Trump et Nigel Farage de ce monde font leur effet et sont entendus par de plus en plus de citoyens, qui sont déçus, qui se montrent inquiets et qui se sentent exclus, tassés, rejetés, hors-système.

Manipuler les faits pour gagner

Ces gens adhèrent aux discours de ces politiciens. Le journaliste britannique Alex Taylor expliquait aujourd'hui dans une entrevue à la télé française que le Brexit n'aurait jamais passé sans le travail de Boris Johnson qui a finalement annoncé, à la surprise générale, qu'il n'allait pas se présenter à l'investiture du Parti conservateur pour succéder au premier ministre démissionnaire David Cameron.

Boris Johnson a parlé fort, a dit des choses qui frisaient le ridicule durant la campagne. Il a déclaré, par exemple, que les Britanniques envoyaient 350 millions de livres sterling (plus de 600 millions de dollars) toutes les semaines à l'Union européenne, de l'argent, avec une sortie de l'UE, qu'on pourrait réinvestir dans la santé. Le chiffre était exagéré et, non, cet argent ne reviendrait pas automatiquement dans le système de santé britannique. C'était gros. C'était trop gros. Mais, ce discours a été entendu, il a été cru, les gens ont voté pour ça!

Le président Obama a dit, lors de son passage à Ottawa, que la tentation du repli ne pouvait pas être la réponse adéquate aux effets négatifs de la mondialisation. C'est le « mauvais remède », a-t-il déclaré. « Dans une économie mondialisée, la solution n'est pas de nous isoler du reste du monde. » Et le protectionnisme n'est pas la solution.

Le protectionnisme social, identitaire, économique, laisse-t-il entendre. On entend bien son message, mais quand il évoque l'ouverture des marchés, le libre-échange et les pertes d'emplois dans le secteur manufacturier, il nous met en garde contre la nostalgie. Il pose la question : comment fait-on face aux défis de la mondialisation et des changements technologiques? C'est une question fondamentale. C'est une question économique, politique, sociale, qui touche directement l'enjeu des inégalités. Tout y est. Tout est là.

Bien sûr, il faut éviter d'être nostalgique de l'époque des usines qui faisaient travailler des familles entières. Mais, une fois qu'on a dit ça, comment accompagne-t-on les travailleurs qui ont perdu leur emploi? Depuis deux décennies, environ 5 millions d'emplois manufacturiers ont disparu aux États-Unis. Des centaines de milliers ont aussi été perdus en Ontario et au Québec. L'ouverture des marchés, la délocalisation des emplois vers la Chine, l'Inde, le Mexique sont, en partie, responsables de ces pertes d'emplois.

Oui, ces emplois ont été compensés par d'autres dans les services. Mais, de vraies personnes, qui n'ont pas pu échanger le madrier pour un clavier d'ordinateur, ont été victimes de ces transformations. Comme l'expliquait le professeur Guy Lachapelle à RDI économie mercredi, la formation et l'éducation sont les solutions pour améliorer, à terme, le niveau de vie de la population et sa qualité de vie.

Les exclus sont de plus en plus nombreux

Mais, en attendant, les exclus sont nombreux, les inégalités augmentent et des politiciens sans scrupule en profitent. La mondialisation, qui devait permettre d'inclure un plus grand nombre de citoyens, ne livre pas la marchandise pour une quantité de gens. Et des politiciens comme Donald Trump n'hésitent pas à manipuler cette déception pour assouvir leur dessein politique.

Un chiffre, un exemple : 42 %. Donald Trump dit avoir déjà entendu quelque part que le vrai taux de chômage aux États-Unis pourrait atteindre 42 %. Malgré tous les défauts du marché américain, malgré les inégalités importantes, malgré le fait qu'une grande quantité de gens travaillent très fort pour un revenu qui ne dépasse pas le seuil de pauvreté, ce « 42 % » est du grand n'importe quoi.

En fait, le taux de participation au marché du travail est de 58 % aux États-Unis. Ça ne veut pas dire que l'autre part de 42 % est au chômage! Ça veut dire que 42 % des gens ne participent pas au marché du travail, parce qu'ils sont à la retraite, parce qu'ils sont malades ou handicapés, parce qu'ils sont trop jeunes et parce que, oui, certaines personnes ne travaillent pas. Mais, on n'est pas à 42 % de chômage!

Mais, des gens l'entendent et le croient. Parce que Donald Trump ne s'enfarge pas dans les détails... surtout quand ils sont utiles à son propos.

Alors, voilà. Sur cette réflexion, un peu de soleil et de lecture. Et on se retrouve plus tard! Merci de lire ces textes, de les commenter et de les partager.