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30/06/2016 00:34 EDT | Actualisé 30/06/2017 01:12 EDT

Philippines: l'ascension improbable de Rodrigo Duterte

Les Philippines ont une vie politique mouvementée. Mais le nouveau président Rodrigo Duterte est l'un des personnages les plus hauts en couleur et les moins orthodoxes à jamais accéder au sommet du pouvoir.

L'avocat a officiellement succédé jeudi à Benigno Aquino pour devenir le 16e président de l'archipel et également, à 71 ans, le plus vieux Philippin à occuper le poste suprême.

Il est également le premier président originaire de Mindanao, grande île du sud de l'archipel malmenée par la pauvreté et les rébellions.

Cet ancien procureur a fasciné ses compatriotes lors d'une campagne populiste et sécuritaire menée à grands coups de tirades ordurières et de menaces de mort.

L'avocat, qui avait brièvement adhéré à une organisation communiste du temps de sa jeunesse, se présente comme l'homme fort capable de mettre un coup de pied dans la fourmilière de la politique conventionnelle.

Il entretient une image d'homme du peuple hostile aux élites de "Manille l'impérialiste", boudant la capitale en obligeant ses courtisans à venir le voir à Davao, la grande ville du sud dont il a longtemps été maire.

Sa grossièreté a dominé les unes des journaux --il a même qualifié le pape de "fils de pute"-- mais n'a pas entamé sa popularité. Y compris lorsqu'il a plaisanté sur le fait de vouloir passer en premier lors du viol collectif d'une missionnaire australienne en 1989.

-Charisme-

Inattendue au début de la campagne, son ascension témoigne de la frustration de Philippins lassés par une corruption endémique, la pauvreté et la domination économique de quelques dizaines de clans familiaux.

Son charisme ne fait guère de doute et sa rhétorique plait aux foules, de même que ses vêtements informels.

Il se vante de ses relations adultères et reconnaît avoir eu quatre enfants de quatre femmes différentes.

Il semble qu'il ait aimé la controverse dès ses plus tendres années. Il avait été expulsé par les prêtres jésuites du lycée Ateneo de Davao, où, se vante-t-il, il jouait au basket plutôt que lire des livres dans la bibliothèque avec ses camarades.

Rodrigo Duterte est le fils d'une mère musulmane et d'un père catholique, ancien gouverneur provincial, un avocat originaire du centre de l'archipel qui avait migré au sud à la recherche d'une vie meilleure.

Après l'indépendance, le gouvernement philippin avait encouragé les catholiques du nord et du centre de l'archipel à s'implanter dans la région de Mindanao, présentée comme une "terre de promesses".

Le jeune Duterte avait fréquenté l'université à Manille où Jose Maria Sison, le fondateur de la rébellion communiste des Philippines, désormais en exil, fut son professeur.

Il fit ses études d'avocat à l'école de droit de San Beda avant de devenir procureur, constatant en première ligne, dit-il, la corruption qui entache tous les niveaux de la société philippine.

-Dynastie Duterte-

C'est après la chute du dictateur Ferdinand Marcos en 1986 qu'il est entré en politique.

Paradoxalement, c'est Corazon Aquino, la nouvelle dirigeante de l'archipel, qui l'avait nommé maire adjoint par intérim de Davao. Benigno Aquino a récemment été l'un de ses critiques les plus sévères, l'accusant d'être un dictateur en devenir.

Rodrigo Duterte a passé le plus clair des 20 dernières années à la mairie de Davao, troisième plus grande ville des Philippines avec deux millions d'habitants.

Il a promis de reproduire dans l'archipel tout entier le modèle instauré à Davao, devenue selon ses dires une ville très sûre, où fumer est interdit dans les lieux publics et où les voitures roulent à une allure de sénateur.

Mais certaines de ses méthodes sont controversées.

Il est accusé par les défenseurs des droits de l'Homme d'avoir organisé des escadrons de la mort qui ont assassiné plus de 1.000 personnes, dont des enfants.

Par moments, il s'est vanté d'avoir orchestré ces escadrons de la mort, constitués de policiers, d'anciens rebelles communistes et de tueurs à gages. A d'autres, il a assuré n'avoir rien à voir avec ces commandos.

Malgré son style hors du commun, M. Duterte partage certains traits de l'homme politique type des Philippines.

Il est lui aussi lié à un puissant clan du centre des Philippines. Son père servit pendant trois ans dans l'administration de Marcos. Sa fille va lui succéder à la mairie de Davao.

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