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30/06/2016 14:17 EDT | Actualisé 01/07/2017 01:12 EDT

Le cinéma blockbuster d'été, un concept à repenser?

Les superproductions hollywoodiennes prennent d'assaut ces jours-ci les salles de cinéma un peu partout en Amérique du Nord. Celles du Québec ne font pas exception.

Depuis longtemps, la saison estivale est marquée par la sortie de films à grand déploiement, souvent des suites ou des reprises. Cette tendance serait-elle toutefois en train de s'essouffler? Du côté de Hollywood, on commence à s'inquiéter. Même si la saison chaude est encore jeune, quelques productions lancées récemment n'ont tout simplement pas remporté le succès espéré auprès du public.

C'est le cas de Ninja Turtles 2 (Les tortues ninja : La sortie de l'ombre), sorti en salle au début du mois de juin. Cette suite du film Ninja Turtles (Les tortues ninja, lancé en 2014) a coûté 235 millions de dollars à Paramount Pictures, mais n'a recueilli que 35,3 millions de dollars aux États-Unis à sa première fin de semaine.

C'est deux fois moins que ce qu'avait fait Ninja Turtles. Même constat pour Alice in Wonderland 2 : Through the Looking Glass (Alice de l'autre côté du miroir), sorti à la fin mai. Le film n'a pas attiré les foules autant qu'à la sortie du premier volet.

Les exemples ne s'arrêtent pas là. Plus tôt au printemps, des suites sur lesquelles Hollywood misait gros n'ont pas connu elles non plus un grand succès commercial. C'est le cas, entre autres, de Zoolander 2, de Neighbors 2 : Sorority Rising (Nos pires voisins 2) et de The Huntsman : Winter's War (Le chasseur et la reine des glaces), la suite de Snow White & The Huntsman (Blanche-Neige et le chasseur).

« Il n'y a plus de recherche artistique »

La tendance des grands studios hollywoodiens à privilégier les reprises plutôt que d'opter pour des productions originales commence-t-elle à montrer ses limites? Martin Bilodeau, critique de cinéma et rédacteur en chef de Mediafilm, pense que oui.

« Les studios, plutôt que de miser sur des gens qui écrivent et qui sont capables d'arriver avec des projets originaux, préfèrent aller vers des séries. Ils font un premier film à 150 millions, ils remportent un milliard au box-office. Puis, ils en font un deuxième, qui leur coûte 280 millions, et là, lui, il fait juste 500 millions au box-office mondial [...] La machine est tellement grosse qu'elle implose », analyse Martin Bilodeau.

Ce dernier estime qu'un changement de mentalité s'impose au sein des grands studios de Hollywood.

La concurrence du petit écran

Si le public commence à bouder certaines suites ou reprises, c'est aussi en raison de l'offre généreuse que les cinéphiles peuvent retrouver sur Internet et devant leur petit écran.

« La télévision, aujourd'hui, avec les téléséries, nous raconte tellement de bonnes histoires. Je pense qu'un amateur de bons films blockbusters d'il y a 20 ans, aujourd'hui, il est assis devant Game of Thrones », analyse le rédacteur en chef de Mediafilm.

Même constat au Québec?

Le Québec n'échappe pas, lui non plus, à la tendance des reprises et des suites en cette saison estivale. En effet, Les 3 p'tits cochons 2 et Nitro Rush sont deux des films les plus attendus. Ces deux productions pourront-elles faire courir les foules partout dans la province?

Peut-être, mais il ne faut pas s'attendre à voir ces deux films générer des recettes faramineuses, croit Martin Bilodeau.

Du moins, pas comme certains films estivaux québécois ont pu le faire au cours des dernières années, comme La grande séduction, C.R.A.Z.Y., De père en flic ou Bon cop, bad cop, pour lequel une suite est d'ailleurs en tournage à Montréal.

« Aujourd'hui, un triomphe au box-office au Québec, ça fait à peu près 4 millions », fait remarquer Martin Bilodeau.

Il y a cependant de l'espoir pour les cinéphiles québécois en quête d'originalité. En effet, l'été amènera son lot de productions originales, comme King Dave et Mon ami Dino.

Ces deux œuvres se démarqueront-elles du lot? Au moins auront-elles le mérite d'être originales, plaide Martin Bilodeau. « C'est d'amener les gens dans les salles avec des histoires qui sont les nôtres et qui sont différentes. »