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30/06/2016 01:17 EDT | Actualisé 01/07/2017 01:12 EDT

GB: la bataille pour succéder à David Cameron démarre sur un coup de théâtre

La bataille pour succéder au Premier ministre britannique David Cameron, après le Brexit, a pris une tournure défavorable jeudi pour l'ex-maire de Londres Boris Johnson, avec l'annonce surprise de la candidature de son ancien allié Michael Gove.

L'UE a décidé de donner un peu de temps au Royaume-Uni pour entamer les négociations de sortie et le nouveau Premier ministre britannique doit être connu le 9 septembre: 150.000 membres du parti conservateur doivent choisir entre deux finalistes qui auront été désignés par les députés tories.

Les deux grands favoris étaient a priori la ministre de l'Intérieur Theresa May, qui fait figure de candidate de consensus, et l'ex-maire de Londres Boris Johnson, qui a gagné son pari en remportant le référendum.

Mais l'annonce surprise de la candidature de Michael Gove, le ministre de la Justice, risque de changer la donne et de fragiliser Boris Johnson: Gove a fait campagne pour le Brexit à ses côtés mais considère désormais qu'il ne peut se ranger derrière lui.

"A regret, je suis arrivé à la conclusion que Boris ne peut pas assumer le leadership ou construire une équipe pour la tâche qui nous attend", négocier la sortie du pays de l'UE, a-t-il dit

Alors que les candidats ont jusqu'à 11H00 GMT pour se déclarer, Theresa May a annoncé jeudi matin lors d'une conférence de presse qu'elle briguait le poste.

"Après le référendum de la semaine dernière, notre pays a besoin d'un dirigeant qui soit fort et reconnu pour traverser cette période d'incertitude économique et politique, et pour négocier dans les meilleurs termes la sortie de l'Union européenne", a écrit Mme May dans le quotidien The Times.

Un sondage de l'institut YouGov pour le Times, réalisé auprès de 1.000 partisans conservateurs mais qui ne prend pas en compte la candidature de Michael Gove, place la ministre en tête des intentions de vote, à 36%, devant Boris Johnson, à 27%, les autres candidats potentiels étant relégués sous les 7%.

Autre candidat officiel: le ministre du Travail Stephen Crabb. L'ancien secrétaire d'État à la Défense, Liam Fox, serait également sur les rangs, selon son entourage.

- 'Le gouvernement n'est pas un jeu' -

Eurosceptique notoire, Theresa May avait créé la surprise en annonçant son ralliement au camp du maintien dans l'UE, par discipline gouvernementale. Comme elle s'est bien gardée de faire campagne en première ligne, elle représente pour de nombreux Tories un compromis permettant de rassembler un parti profondément divisé.

Boris Johnson a été le chef de file des pro-Brexit et fait à cet égard figure de candidat naturel, même si près de 60% des députés conservateurs ont voté pour un maintien dans l'Union européenne.

La lutte s'annonce sans merci entre Theresa May, souvent comparé à la "Dame de fer" Margaret Thatcher, et Boris Johnson, qui n'a jamais caché son ambition pour le poste sous ses airs bonhommes.

Dans sa lettre au Times, Theresa May n'a pas hésité, sans le nommer, à critiquer Boris Johnson en affirmant que "certains devraient se rappeler que gouverner n'est pas un jeu, c'est une affaire sérieuse qui a des conséquences réelles dans la vie des gens".

Très populaire pendant ses huit années à la maire de Londres, "BoJo" doit faire face à une hostilité nouvelle pour lui. De la part des partisans d'un maintien dans l'UE, mais aussi auprès de certains "Brexiters" qui déplorent ses messages confus après la victoire.

Plusieurs députés conservateurs pro-Brexit sont ainsi sceptiques quant à ses capacités de mener à bien les négociations avec l'UE qui s'annoncent houleuses, a confié l'un d'eux au Guardian.

Réunis pour la première fois en plus de 40 ans sans le Royaume-Uni mercredi à Bruxelles, les dirigeants européens ont édicté mercredi leurs lignes rouges pour le divorce à venir avec Londres, en particulier sur l'accès au marché unique.

- 'Pas de marché unique à la carte' -

"Il n'y aura pas de marché unique à la carte", a résumé le président du Conseil européen, Donald Tusk, rejetant toute velléité de Londres de restreindre la libre circulation des personnes.

Les 27 ont également réaffirmé qu'ils n'engageront "aucune sorte de négociation" tant que Londres n'aura pas activé la clause de sortie de l'UE, l'article 50 du Traité de Lisbonne.

Mercredi, la France et surtout l'Espagne, confrontée à la menace d'une indépendance de la Catalogne, se sont opposées à ce que l'Écosse soit partie prenante de toute négociation post-Brexit avec l'UE.

"Les traités (européens) sont contre. Si le Royaume-Uni part, l'Écosse partira des institutions de l'Union européenne", a argumenté le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy.

Pendant ce temps, la situation est toujours aussi chaotique au parti travailliste. Alors que le leader de l'opposition Jeremy Corbyn, fort du soutien des militants, s'accroche, malgré la défiance de plus de 80% de ses députés, le vice-président du parti a présenté ses excuses à la nation pour le spectacle offert.

Selon les médias britanniques, Angela Eagle, l'un des membres démissionnaires de son cabinet fantôme, pourrait le défier lors d'une nouvelle élection pour la tête du parti.

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