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30/06/2016 05:15 EDT | Actualisé 01/07/2017 01:12 EDT

Faillite de l'aide humanitaire aux civils de Fallouja

Des milliers d'Irakiens déplacés par les combats à Fallouja manquent encore de tout, une situation dramatique qui illustre des failles majeures dans les dispositifs d'aide, estiment des travailleurs humanitaires interrogés par l'AFP.

Le fait que des familles se retrouvent toujours sans abri bien après avoir fui les combats ou que d'autres soient entassées dans des camps sans latrines résulte d'un échec collectif, estiment plusieurs ONG.

Les forces irakiennes ont repris dimanche au groupe Etat islamique (EI) Fallouja, une ville à 50 kilomètres à l'ouest de Bagdad, après plus d'un mois de combats qui ont provoqué la fuite de 90.000 personnes.

La rapidité avec laquelle les forces irakiennes ont gagné du terrain et l'ampleur de l'exode semblent avoir pris par surprise les organismes d'aide humanitaire.

Dans un camp hébergeant plus de 2.000 personnes à Amriyat al-Fallouja, les latrines consistent en un unique trou à ciel ouvert.

Les premières tentes se trouvent à seulement trois mètres, avec des enfants risquant de tomber dans la fosse.

"Nous avons une responsabilité collective ici", a déclaré à l'AFP Carsten Hansen, le directeur régional du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC), lors d'une visite cette semaine dans ce camp, à une quinzaine de km au sud de Fallouja.

- Manque de fonds -

"La communauté internationale, les donateurs et les autorités irakiennes (doivent) régler ce problème parce qu'il est impensable d'avoir des gens qui vivent dans ces conditions", a-t-il ajouté.

La plupart des acteurs humanitaires présents en Irak s'accordent sur un point: le manque de fonds explique en grande partie les failles dans le dispositif humanitaire autour de Fallouja.

Moins du quart des 584 millions de dollars (524,8 millions d'euros) réclamés pour répondre aux besoins des déplacés pour 2016 a été reçu jusqu'à présent. Et récolter de l'argent dans l'urgence est une tâche ardue, explique à l'AFP Bruno Geddo, représentant du Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) en Irak.

Des travailleurs humanitaires affirment cependant que les organisations caritatives auraient pu faire davantage avec les fonds à disposition et accusent l'ONU d'avoir échoué à coordonner les opérations de manière efficace.

"Chaque aspect de la crise a été sous-évalué, mal préparé", remarque Jeremy Courtney, président de l'ONG Preemptive Love Coalition qui distribue de l'aide aux civils dans la région de Fallouja.

"Pourquoi personne n'a-t-il préparé des tentes dans le désert alors que l'offensive avait débuté depuis trois semaines?", s'interroge-t-il.

- Echec dans les camps -

"Le monde humanitaire a vraiment échoué dans le cas de Fallouja, en grande partie en raison d'un manque de vision à long terme", estime un travailleur humanitaire expérimenté.

Selon lui, de nombreuses ONG internationales capables de gérer ces crises à grande échelle n'étaient pas sur le terrain car elles ont quitté l'Irak il y a quelques années en estimant que le pays allait mieux.

Un autre acteur humanitaire impliqué dans la crise de Fallouja affirme que "le rôle de l'ONU a été quasiment insignifiant dans les premiers jours de la bataille".

M. Geddo affirme que l'ONU a fait de son mieux mais reconnaît que l'institution n'a pas été suffisamment informée des préparations pour la bataille de Fallouja. Il admet aussi que la gestion des camps n'a pas été à la hauteur.

"Nous avons certains problèmes au niveau des compétences pour gérer un camp", dit-il. "Sur ce plan, nous devons faire plus".

Un des travailleurs humanitaires interrogés par l'AFP confie ne jamais avoir vu "un tel degré de mauvaise gestion et de manque de coordination", ajoutant que même les données de base sur le nombre de déplacés, leur emplacement et leurs besoins étaient difficiles à obtenir.

Les failles dans l'aide humanitaire à Fallouja donnent un avant-goût inquiétant de ce qui pourrait se passer en cas d'offensive sur Mossoul, la deuxième ville d'Irak toujours aux mains de l'EI. Le nombre de déplacés fuyant les combats pourrait être bien plus important.

"Nous devons être réalistes, il est devenu évident que nous ne pouvons pas héberger 600.000 personnes dans des camps", affirme M. Geddo.

"Si vous pensez au grand nombre de civils concernés par la bataille de Mossoul, il est clair que si nous ne sommes pas mieux préparés que pour Fallouja la situation sera apocalyptique... Et nous ne sommes pas préparés", avertit le conseiller média du NRC, Karl Schembri.

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