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30/06/2016 09:33 EDT | Actualisé 01/07/2017 01:12 EDT

Ces astéroïdes qui visitent l’atmosphère de la Terre

Une explosion phénoménale s'est produite à une dizaine de kilomètres au-dessus de la rivière Tunguska, en Sibérie centrale, en Russie, le 30 juin 1908. Les rares témoignages retrouvés dans les archives font état d'une traînée de lumière bleutée dans le ciel, longue de 800 km, aussi brillante que le Soleil, puis quelques minutes plus tard, d'un flash au loin.

  Un texte de Ève Christian

À cette époque, cette région de collines recouvertes par la taïga est peu peuplée; on y retrouve surtout des éleveurs de rennes. Un habitant d'un village situé à 60 km de l'explosion raconte qu'il a été expulsé de sa chaise par le souffle de chaleur. Il la ressentait tellement intensément qu'il croyait que son chandail était en feu. 

L'explosion est telle qu'on estime son onde de choc équivalente à 1000 fois celle que générera 37 ans plus tard la bombe d'Hiroshima. À l'observatoire magnétique et météo d'Irkoutsk, à 1000 km de là, on enregistre une explosion digne d'un séisme de magnitude 5.

Le souffle fait des dégâts sur plus d'une centaine de kilomètres, des zones forestières sont incendiées pendant plusieurs semaines et la déflagration est entendue dans un rayon de 1500 km. Heureusement, aucune perte de vie humaine n'est rapportée. 

Déplacement de poussières à grande échelle

Le tourbillon de poussières et de cendres qui s'ensuit se déplace jusqu'en Espagne par les courants en haute altitude. Des halos se forment dans la haute atmosphère et s'étendent sur tout le continent. Les couchers de soleil sont très colorés et une luminosité nocturne exceptionnelle éclaire l'Europe occidentale, à un point tel, raconte-t-on, qu'on peut lire le journal pendant la nuit!

En raison de l'explosion relativement récente du Krakatoa en Indonésie en 1883, qui avait généré des phénomènes lumineux semblables en éjectant d'énormes quantités de poussières dans l'atmosphère, les scientifiques croient à l'éruption d'un volcan.

Ce qui s'est vraiment passé

La zone d'explosion étant tellement éloignée et les conditions en Sibérie difficiles, ce n'est qu'en 1927 que Leonid Kulik, un minéralogiste russe, réussit à se rendre sur place avec une expédition scientifique.

Il s'attend à trouver un cratère d'impact ou des fragments de météorite, mais rien de cela n'est observé. En revanche, il découvre des sphères riches en matériaux normalement trouvés dans les météorites, ce qui le pousse à conclure à l'explosion d'une météorite en vol.

Il observe, sur plus de 30 km, des millions d'arbres couchés au sol, comme des allumettes, dans toutes les directions, leurs troncs semblant indiquer l'épicentre de l'explosion. D'autres arbres debout, dénudés de branches et d'écorce comme des poteaux téléphoniques, font croire aux conséquences d'une onde de choc très rapide.

M. Kulik estime les dimensions de cette roche de l'espace à 50 mètres de diamètre et sa masse, à 10 millions de tonnes. Son entrée dans l'atmosphère terrestre se serait effectuée à environ 54 000 km/h en chauffant l'air l'environnant à 25 000 °C.

À une altitude d'environ 8 km, l'effet combiné de la pression et de la chaleur aurait fragmenté la météorite et l'aurait anéantie en produisant une boule de feu avec une incroyable énergie. C'est normal, alors, qu'aucun cratère d'impact n'est identifié, car presque tout l'objet rocheux aurait été consumé lors de l'explosion.

Depuis Leonid Kulik, d'autres recherches ont été menées pour comprendre ce qui a provoqué cet événement. En 2007, des études réduisent à 62 000 tonnes la masse de l'objet et y trouvent des similitudes avec la comète 97P/1906 V2 et l'astéroïde 2000 WK63.

Mais encore aujourd'hui, rien n'est clair sur ce qui est arrivé; on sait par contre que c'est la plus grosse explosion connue de l'ère humaine due à la rencontre d'un astéroïde avec la Terre.

En deuxième place : Chelyabinsk

Plus récemment, le 15 février 2013, des astronomes de tous les pays sont impatients d'observer le passage de l'astéroïde Duende. Il est prévu qu'il frôlera la Terre à une altitude de 27 000 km, une distance sécuritaire, mais tout de même plus rapprochée que certains des satellites géostationnaires.

Cependant, personne n'a prévu cette énorme boule de feu qui traverse le ciel au-dessus de la ville de Chelyabinsk dans l'Oural, en Russie, quelques heures avant le moment tant attendu.

Un météorite d'environ 19 mètres de diamètre pénètre l'atmosphère terrestre à 20 km d'altitude, relâchant une énergie de près de 400 000 tonnes, environ 30 fois celle de la bombe d'Hiroshima. L'onde de choc provoque l'éclatement des vitres de centaines d'édifices de six villes avoisinantes, blessant près de 1500 personnes.

Aucun cratère d'impact n'est rapporté, mais environ 5000 kg de roches de différentes tailles atteignent le sol. La plus grosse pesant 650 kg est découverte au fond du lac Chebarkul à 80 km de Chelyabinsk.

Trois ans plus tard, l'origine de ce bolide intrigue toujours les scientifiques.

Sur le coup, ils tentent de trouver un lien avec l'astéroïde Duende. Plusieurs recherches plus tard, dont la comparaison entre l'orbite de Duende et l'orbite préliminaire de la météorite et suite au visionnement d'un millier d'enregistrements vidéo, automatisés ou manuels, leur conclusion est ferme : ces deux événements cosmiques ne sont qu'une simple, mais très inhabituelle coïncidence.

Cependant, les chercheurs s'entendent pour dire que l'événement de Chelyabinsk, dont la puissance de l'explosion est la plus grande depuis celle de Tunguska, est assez rare. La probabilité qu'un tel événement se produise dans une ville de plus de 1 million d'habitants est d'une fois tous les 10 000 ans.

Attention : chute d'astéroïdes

Il ne faut pas s'inquiéter outre mesure des roches qui nous tombent sur la tête. Des programmes de la NASA observent avec attention les objets célestes géocroiseurs, c'est-à-dire, ceux qui croisent de près l'orbite terrestre et qui risquent de s'y écraser.

Le 6 avril 2016, les experts avaient répertorié 14 149 astéroïdes géocroiseurs dont la taille varie de 1 m à 32 km de largeur. De ce grand nombre, 625, dont la plupart ont un diamètre inférieur à 50 m, sont surveillés étroitement et, pour le moment, aucun d'eux n'est inscrit dans la zone à risque.

Cependant, à ce jour, c'est l'astéroïde 2010 RF12 que guette la NASA. Il a une chance sur 16 d'entrer en collision avec la Terre, le 5 septembre 2095. Mais son diamètre estimé à sept mètres ne causerait pas trop de dommages...

En attendant, on aime quand les objets plus petits pénètrent notre l'atmosphère, car elle les vaporise pour les transformer en étoiles filantes...