NOUVELLES
30/06/2016 02:30 EDT | Actualisé 01/07/2017 01:12 EDT

Beaumont-Hamel : une hécatombe que le Régiment de Terre-Neuve n'avait pas vue venir

C'était il y a 100 ans, le 1er juillet 1916, lors de la Première Guerre mondiale. Terre-Neuve, alors un dominion de l'Empire britannique, subissait les plus importantes pertes humaines de son histoire lors de la bataille de Beaumont-Hamel, en France. Un jour noir dans l'histoire de ce peuple, qui n'a jamais oublié. Dans le deuxième reportage de notre série sur cette bataille meurtrière, nous vous présentons une chronologie des événements.

Un texte de Philippe Grenier

À la fin du mois de juin 1916, la bataille de la Somme est inévitable. À Beaumont-Hamel, le Régiment de Terre-Neuve doit se préparer au pire.

La maison familiale de Paulette Pecourt est transformée en hôpital de première ligne par les soldats du Régiment.

Ils creusent même un tunnel pour évacuer les blessés.

Mme Pecourt conserve précieusement de cette époque un insigne du Régiment de Terre-Neuve. Sa mère l'avait reçu en mains propres d'un soldat avant la bataille de Beaumont-Hamel.

« Je pense que c'est une histoire que les Terre-neuviens ont très mal vécue », lâche-t-elle.

Pendant sept jours et sept nuits, les Alliés bombardent l'ennemi sur 40 kilomètres de front, relate Gautier Marseille, guide au musée Somme 2016, à Albert, en France.

Le 1er juillet, au petit matin

Mais les choses ne se déroulent pas comme prévu.

Le 1er juillet 1916, après plusieurs jours pluvieux, le soleil est resplendissant sur Beaumont-Hamel, et tout est prêt pour l'assaut.

Les Allemands et les Britanniques se font face, de part et d'autre de la ligne de front.

Les Terre-Neuviens, eux, attendent au fond d'une tranchée, le signal de l'attaque. Ils font partie de la deuxième vague.

À 7 h 30, tout juste après l'explosion de plusieurs mines, des milliers de Britanniques et de Français se lancent à l'assaut.

Les premiers rapports envoyés au commandement britannique sont positifs : l'objectif serait partiellement atteint.

À 9 h 15, c'est au tour des Terre-Neuviens de se lancer à l'attaque, raconte Braydon Gouin, guide au Mémorial terre-neuvien de Beaumont-Hamel, en France. « Il fallait envoyer les Terre-Neuviens pour finir ce que la première vague n'était pas capable de faire. »

Devant eux, les soldats terre-neuviens peuvent voir la première ligne britannique. Ils courent vers elle.

C'est l'hécatombe, côté Alliés.

Les mitrailleuses allemandes se déchaînent. « C'est une arme redoutable, affirme Gautier Marseille. Elle est capable de tuer un homme à 2 kilomètres, et tire 500 balles par minute... et massacre les Terre-Neuviens. »

Un nombre important de vies s'éteignent ce jour-là devant ce qu'on a surnommé l'arbre du danger, au beau milieu du No man's land.

Les Terre-Neuviens ont tenté une contre-offensive, dit Braydon Drouin. « Le Régiment terre-neuvien [a formé un cercle] autour de l'arbre pour essayer une autre offensive plus concentrée vers les lignes allemandes. »

Mais c'était peine perdue, parce que des hommes morts ne peuvent plus avancer, comme l'a écrit plus tard le commandant de la 29e division britannique.

Un Franco-Terre-Neuvien parmi les survivants

Le soldat Eugène Cornect, un Franco-Terre-Neuvien de la péninsule de Port-au-Port est blessé à la cheville dans la bataille.

Dans la nuit, désorienté, au milieu des cris de souffrance de ses frères d'armes, il rampe vers la première ligne alliée lorsqu'il arrive face à face... avec un soldat allemand, lui aussi blessé.

Sa fille, Marina Simon, raconte la suite. « Chacun ne pouvait pas comprendre l'autre. L'un en français, l'autre en anglais, donc ils [se sont salués de la main], lui a essayé de retourner à son régiment et papa a fait la même chose. »

Le bilan est lourd. Eugène Cornect est l'un des 68 soldats terre-neuviens présents à l'appel le lendemain. La veille, ils étaient 801 sur le champ de bataille.

Paulette Pecourt pense que les choses auraient pu se passer autrement. « Ça me met en colère de penser que des hommes ont pu envoyer d'autres hommes au massacre parce que là, c'était un massacre! Qu'est-ce que vous voulez qu'ils fassent, un fusil contre une mitrailleuse! »

Un Régiment décimé mais pas vaincu

Sur le site de la bataille, on trouve aujourd'hui le caribou, l'emblème du Régiment. Il se dresse, la tête haute, pointée vers les lignes allemandes, au Mémorial terre-neuvien de Beaumont-Hamel, où 250 000 visiteurs viennent l'admirer chaque année.

Marina Simon s'y est rendue en 2006, elle qui avait fait la promesse à son père d'aller voir un jour ce lieu qui l'a hanté toute sa vie. « J'ai été, puis j'ai vu », dit-elle, la gorge nouée.

Le Régiment de Terre-Neuve a poursuivi le combat, après la bataille de Beaumont-Hamel. On trouve quatre autres monuments ornés du caribou en Europe sur des sites où les combattants terre-neuviens se sont distingués en livrant de durs combats contre l'ennemi.

Plus la guerre progresse, plus ils sont reconnus pour leur vaillance et leur ténacité. Si bien qu'en 1918, le régiment reçoit la distinction royale du Roi Georges V. C'est une distinction unique, pendant la Première Guerre mondiale.