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30/06/2016 09:16 EDT | Actualisé 01/07/2017 01:12 EDT

Abus sexuels dans l'Eglise de France: le cardinal de Lyon prend le tournant de la rigueur

Au coeur d'un scandale en France sur des abus sexuels commis par des religieux de son diocèse, l'archevêque de Lyon Philippe Barbarin a relevé jeudi quatre prêtres de leurs fonctions, soulignant sa volonté de tirer les leçons du passé.

Le Primat des Gaules, une des personnalités les plus influentes de l'Église de France, affiche ainsi sa résolution à répondre aux vives critiques dont il fait l'objet depuis plus de six mois, pour ne pas avoir rapidement écarté des prêtres de son diocèse rattrapés par des accusations de pédophilie ou d'agressions sexuelles.

La décision de relever de leurs fonctions quatre prêtres, dont l'identité n'a pas été dévoilée, a été prise après avis d'un collège d'experts - composé d'un haut magistrat honoraire, d'un psychiatre, d'une psychanalyste, d'un médecin, de parents, de l'assistante sociale du clergé, du chancelier du diocèse et du vicaire général modérateur.

"Il s'agit de prêtres mis en cause ou non dans la presse, déjà condamnés ou non", a affirmé une source diocésaine, sans plus de détails.

D'autres prêtres du diocèse de Lyon (centre-est) font l'objet de mesures d'"accompagnement particulier". Il s'agit de prêtres qui ont déjà été jugés et qui vont bénéficier d'un "suivi" du diocèse, précise la même source.

"Pour toutes les situations concernées, les faits sont connus de l'autorité judiciaire", souligne le diocèse.

Ne figure pas dans la liste des quatre prêtres relevés de leurs fonctions le père Bernard Preynat, inculpé en janvier pour des agressions sexuelles sur de jeunes scouts de moins de 15 ans entre 1986 et 1991 et déjà relevé de ses fonctions à l'été 2015.

Le cardinal Barbarin, qui a laissé ce prêtre exercer dans une paroisse au contact d'enfants jusqu'en août 2015, a été accusé de ne pas avoir dénoncé ces faits. Le cas du père Bernard Preynat, devenu emblématique du silence et de l'embarras de l'Église lyonnaise sur ces abus a entraîné des révélations en cascade ces derniers mois.

- Des décisions fermes, mais sans portée nationale -

A rebours de l'attitude de l'Église face au cas Preynat, de nouvelles normes du diocèse prévoient désormais que "tout prêtre ayant commis des faits d'agression sexuelle sur mineur, quelles que soient la date des faits et la date de découverte de ces faits, se verra écarté définitivement de tout ministère".

Tout prêtre soupçonné de faits d'abus sexuels, "s'il fait l'objet d'une mise en examen (inculpation) ou d'une poursuite devant une juridiction pénale, sera, par mesure conservatoire, écarté de sa charge durant le temps de la procédure, dans le respect de la présomption d'innocence", a ajouté le diocèse. Une enquête canonique sera en outre diligentée conformément aux dispositions du droit canon.

Par ailleurs, "il sera demandé une attestation signée de son supérieur" à tout prêtre extérieur accueilli dans le diocèse de Lyon pour un ministère, même temporaire. Celle-ci certifiera que le prêtre "répond aux critères diocésains en matière de lutte contre les abus sexuels et qu'il n'a aucun antécédent en ce domaine".

"C'est très bien, on attendait ces normes de bon sens absolu et on ne peut que se satisfaire, a réagi auprès de l'AFP Bertrand Virieux, l'un des porte-parole d'une association de victimes, La Parole Libérée. "Même si on se demande pourquoi il a fallu autant de temps pour en arriver là."

"Il y a un bémol toutefois: que ce soit des décisions propres au diocèse de Lyon et pas nationales. Et il ne faut pas que ces annonces servent de contre-feu pour exonérer le cardinal Barbarin", a-t-il ajouté.

L'Eglise de France avait annoncé en avril une série de mesures visant à faire "la lumière" sur la pédophilie dans ses rangs, y compris sur les faits les plus anciens. Le parquet de Lyon doit quant à lui se prononcer prochainement sur l'enquête visant l'archevêque.

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