POLITIQUE
29/06/2016 10:50 EDT

Entrevue : Philippe Couillard s'exprime sur l'avenir de nos écoles, les CPE et... Donald Trump

QUÉBEC – Le gouvernement Couillard entend donner une plus grande autonomie aux écoles en leur accordant directement une part du financement. Dans une longue entrevue accordée au Huffington Post Québec mercredi, le premier ministre Philippe Couillard affirme qu’il s’agit d’un «premier pas très important» qui sera suivi d’autres initiatives similaires.

Au cours de l’entretien, Philippe Couillard a également abordé l’avenir des commissions scolaires, de même que le rôle qu’il entend faire jouer aux maternelles 4 ans. En prime, nous l’avons questionné sur l’absence de membres de la communauté LGBT au sein de sa députation, sur le Brexit et Donald Trump.

Ne manquez pas vendredi le second volet de cette entrevue, où Philippe Couillard explique son plan pour sortir le Québec du pétrole.

Votre gouvernement a établi de nouvelles règles budgétaires afin de donner une somme de 195 millions$ directement aux écoles, sans passer par les commissions scolaires. Pourquoi cette nouvelle approche?

Parce qu’on a milité beaucoup pour une plus grande autonomie aux écoles. Il faut que les sommes soient utilisées directement par les intervenants des écoles, selon la caractéristique de leurs milieux locaux. Alors, 195 millions$, on dira c’est relativement peu par rapport à l’enveloppe budgétaire totale de l’Éducation, mais c’est un geste excessivement significatif parce qu’il va être suivi de gestes semblables.

Donc, c’est un premier petit pas?

C’est un premier pas très important. Comme disait Neil Armstrong : un petit pas pour l’Homme, un grand pas pour l’éducation. Parce que là, on donne les outils aux gens qui sont dans les salles de classe avec les enfants. La commission scolaire, on y croit. Elle doit jouer un rôle d’arbitre, un rôle de répartition des ressources, mais il y a une partie des budgets qui n’ont pas besoin de transiter par la commission scolaire, qui peuvent aller directement au niveau de l’école. Je pense que c’est un geste structurant très important.

Mais, en passant directement par les écoles, on marginalise un peu les commissions scolaires…

Elles ont encore de quoi s’occuper, rassurez-vous. [Rires]

Au printemps, votre gouvernement a abandonné la réforme des élections scolaires prévue par le projet de loi 86. Ne risque-t-on pas de devoir refaire ce débat dans cinq, dix ans?

En autant qu’on veuille avoir un débat sur les structures plutôt que sur la réussite des enfants, c’est possible qu’on ait ce débat là encore dans quelques années. Le projet initial avait deux blocs : un bloc structure (cartes des commissions scolaires, élections) et un bloc réussite. On a vu que le débat public se faisait exclusivement, ou presque, sur la partie structure, plutôt que sur la partie réussite. Alors, je pense qu’on a pris la bonne décision d’écarter la partie structure pour se concentrer exclusivement sur la réussite.

Sur la démocratie scolaire […], dans les régions du Québec, on a eu beaucoup de manifestations d’attachement des gens au fait de pouvoir désigner les commissaires. Et ce n’est pas uniquement vrai pour les commissions scolaires anglophones, contrairement à ce que disent certains.

Mais est-ce qu’il serait acceptable que le taux de participation aux prochaines élections scolaires soit encore en deçà de 10%? [NDLR : En 2014, le taux de participation était de 4,86%.]

Vous savez, si on regarde les taux de participation des autres élections, souvent ils ne sont pas très élevés. Si on se met à fixer des seuils d’éligibilité compte tenu de la participation, il y a plusieurs autres élections qui vont être mises en cause. Alors, je pense qu’il faut être très prudent là-dessus.

Il vaut mieux faciliter le vote. Il y a toujours l’option possible de les combiner avec les élections municipales ou d’utiliser le vote électronique de façon beaucoup plus large pour les élections scolaires. Ce sont des choses qu’on regarde actuellement.

Votre gouvernement veut doubler le nombre de classes de maternelle pour les enfants de 4 ans d’ici la rentrée de septembre. Est-ce que ça ne vient pas dédoubler le rôle des CPE?

C’est le défi essentiel. Tout le monde s’entend que l’intervention préscolaire est essentielle pour le dépistage des enfants qui ont besoin d’une attention particulière. On est capable de les attraper à trois, quatre ans. On voit les problèmes avant qu’ils deviennent irréversibles. Ailleurs, ça se fait uniquement par les prématernelles, mais chez nous on a également un service de garde éducatif qui prend en charge cette mission-là.

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, va essayer de départager les rôles respectifs des services de garde et des prématernelles. Ce n’est pas vrai qu’on aura créé ce réseau-là et qu’on va le balayer du revers de la main. Il y a certainement des endroits et des circonstances où le service de garde éducatif peut jouer le même rôle, celui de l’identification et du dépistage des problèmes d’apprentissage, et dans d’autres où la maternelle jouera un rôle plus important.

Autre sujet. Un article récent de la Presse canadienne soulignait qu’il n’y aurait jamais eu un député issu de la communauté LGBT au PLQ. Êtes-vous préoccupé par le manque de représentativité de la communauté LGBT au sein de votre députation?

On veut avoir la représentation la plus représentative possible, le conseil des ministres le plus représentatif possible. Ça inclut évidemment ce que j’appelle la zone de parité hommes-femmes, la présence de personnes issues de la diversité et, bien sûr, la communauté LGBT doit se sentir représentée.

Maintenant, on a eu des candidats de la communauté ouvertement affichés dans la dernière élection, qui n’ont pas été élus. Moi, je souhaiterais en avoir. Mais on n’écartera pas d’autres candidatures non plus. Mais on veut être l’équipe la plus représentative possible.

Sur la scène internationale, l’Union européenne fait face au Brexit. Aux États-Unis, le candidat républicain Donald Trump présente des positions protectionnistes, tandis qu’Hilary Clinton veut «réévaluer» l’ALENA. Craignez-vous de voir l’Occident s’éloigner de l’approche du libre-échange?

Je crois beaucoup à l’ouverture des marchés, surtout pour un peuple comme nous, d’environ huit millions de personnes, dont la démographie est, je ne dirais pas stagnante, mais pas très vigoureuse. On a absolument besoin, compte tenu de nos exportations, de marchés ouverts.

Alors, le Brexit va-t-il faciliter ou non la ratification de l’accord de libre-échange avec l’Union européenne, ça c’est la question que tout le monde se pose actuellement. Il y a deux écoles de pensées. La première dit qu’en raison des soucis avec la Grande-Bretagne, ça va passer au deuxième plan. Une deuxième version, qu’on entend beaucoup ces jours-ci, affirme que, justement à cause du signal envoyé par le vote de la Grande-Bretagne, l’Union européenne a peut-être un avantage à se montrer pertinente et active dans le domaine économique, ce qui pourrait donner une impulsion. Je vais certainement en faire la promotion. Je vais être en Europe dans quelques jours et je vais en parler là-bas.

Une dernière question, sur la politique américaine. Que pensez-vous du candidat républicain, Donald Trump?

Ce n’est pas le genre de politique que moi je pratique, que je voudrais pratiquer ou que je voudrais voir quelqu’un de mon équipe pratiquer. Cette façon de désigner des boucs émissaires ou des responsables d’une situation économique difficile, à mon avis, c’est quelque chose qu’on doit écarter.

Vous savez, on passe beaucoup de temps à parler des candidats, que ce soit les candidats pour le Brexit en Grande-Bretagne ou monsieur Trump aux États-Unis, mais on ne parle pas assez de la raison pour laquelle ces candidats ont du succès. Il y a clairement un sentiment, chez nos peuples, devant le phénomène de globalisation, un sentiment d’aliénation et de non-participation aux bénéfices de la globalisation. […]

La vraie question est : comment ça se fait que quelqu’un comme monsieur Trump, dans un pays immensément prospère, avec une qualité intellectuelle remarquable, une créativité, comment ça se fait qu’on se ramasse avec une personne potentiellement appelée à devenir président des États-Unis avec ce discours-là. Ce n’est pas arrivé par accident, il y a des millions de gens qui ont voté pour ça. Et c’est à ça qu’il faut répondre.

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