DIVERTISSEMENT
24/06/2016 06:51 EDT | Actualisé 24/06/2016 09:00 EDT

Fête nationale à Montréal: un spectacle tout en classiques (PHOTOS)

L’image est toujours grandiose, elle se répète année après année, on la revoit sans cesse sur photos lorsque juin se pointe le bout du nez, et pourtant, elle est toujours aussi émouvante : ces milliers de drapeaux bleus et blancs qui s’agitent en l’air devant la scène et qui laissent croire que l’union fait réellement la force, qu’ensemble, on pourrait accomplir de grandes choses. La mer mouvante paraît impressionnante dans les écrans de télévision, mais l’est bien davantage sur place. Vivez-le au moins une fois dans votre vie, c’est connu, mais c’est marquant.

C’était donc spectacle de la Fête nationale, à Montréal, jeudi soir. L’édition montréalaise de l’événement se tient le 23 juin depuis deux ans et, cette année, ô bonheur, la veille de congé férié tombait un jeudi. Quoi de mieux que de se réunir sur la Place des Festivals en masse, entre amis, cannette de bière à la main, effluves d’herbes controversées dans le vent, pour finir la semaine en beauté, en entonnant les classiques de la chanson québécoise? Bien peu de choses. Quand, de surcroît, le ciel est parfaitement clair, qu’un frisson nous parcourt à peine le corps tant la température est douce, que le son et les images (de dynamiques projections) sont parfaitement au point, il n’y a rien à espérer de plus.

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Maxime Laporte, président général de la Société Saint-Jean-Baptiste et président du Comité de la Fête nationale de la Saint-Jean, a déclaré les festivités ouvertes vers 21h, avec un discours grandiloquent portant sur les rêves d’un Québec qui voit grand. C’est rapidement devenu moins poétique, juste après, quand le premier ministre Philippe Couillard est apparu sur les écrans pour souhaiter à tous une excellente Fête nationale, et qu’il a été copieusement hué tout au long de son message. Le défoulement collectif était un peu dommage, dans ce contexte festif, mais venait tellement du cœur qu’on ne le blâmera pas.

1994, année charnière

Terre promise avait été choisie en guise de chanson d’ouverture. Éric Lapointe, Yann Perreau, Brigitte Boisjoli et les Soeurs Boulay s’y sont époumonés, après quoi Louis-José Houde y est allé de son monologue d’ouverture, excellent, à sa hauteur.

L’animateur a notamment précisé que, sur 182 Fêtes nationales, sûrement qu’environ 177 avaient été ternies par la pluie, a supposé que René Angélil veillait sûrement sur ses camarades et lui du haut du ciel en ce moment important, a glissé un mot sur Ludger Duvernay, fondateur de la Saint-Jean-Baptiste («Je ne connais pas un autre Ludger qui a eu une telle influence!»), est parvenu à repérer Éric Salvail dans la foule et a même adressé des clins d’œil à une publicité de poutine sur l’autoroute 15 et aux traditionnels gars malades à la Saint-Jean.

Plus tard, il est revenu expliquer à quel point l’année 1994 avait été importante pour sa génération, comme l’a été 1969 pour les baby-boomers, en évoquant la nomination de Jacques Parizeau à la tête du Parti québécois, la meilleure saison des Expos et la découverte d’Éric Lapointe par les Québécois. Il s’est fait plus engagé alors que le spectacle avançait, levant son chapeau à la tolérance des Québécois et à leurs gentilles différences.

Puis, on a plongé dans ce répertoire réconfortant, parce qu’on peut le fredonner de mémoire, de titres bien de chez nous, des sommets de palmarès qu’on connaît à peu près tous, sans exception.

Thème et slogan de la soirée, Beau comme on s’aime de Yann Perreau avait sans conteste sa raison d’être. Brigitte Boisjoli et les Sœurs Boulay ont été magnifiques sur Souvenirs retrouvés ; qui aurait cru que Francine Raymond irait si bien à notre Patsy Cline québécoise et aux frangines Boulay!

L’indémodable Les Boys d’Éric Lapointe a été efficace, mais on entendait bien peu QW4RTZ qui formait un chœur derrière – le quatuor avait de toute façon pu briller en première partie, on vous en reparle plus loin. On aurait pu se passer du Boys Blues Band, évidemment poussée aussi par Lapointe, mais on était dans le ton. Toujours frappant de constater à quel point Éric Lapointe chante toujours en donnant l’impression que sa vie en dépend. On a toujours su que le rockeur était chez lui sur une scène, mais son «investissement» se remarque chaque fois. Juste après, il y est allé de l’emblématique Bobépine, dont Plume a été dépossédé aux yeux des jeunes générations.

Les Sœurs Boulay ont peut-être gagné de nouveaux adeptes en incarnant leur extrait Fais-moi un show de boucane. Brigitte Boisjoli a rejoint Éric Lapointe sur N’importe quoi ; ils ont récolté l’une des plus chaudes réactions depuis le début du concert. «Elle a une sale voix», s’est exclamée une journaliste dans l’estrade de presse, en parlant de Boisjoli.

Le bruit des bottes, de Yann Perreau, a été rehaussé par l’arrivée de Koriass, qui a saccadé le rythme de la mélodie, avant de s’unir aux Sœurs Boulay sur Black Lights. La foule ne semblait pas entichée du rappeur, mais on se réjouit de la multiplicité de vitrines dont ce dernier bénéficie depuis quelque temps, du coup d’envoi des FrancoFolies jusqu’au très médiatisé happening de la Fête nationale.

Éloges et hommages

Juste après, l’entrée de Jean-Pierre Ferland a généré un drôle de mélanges de sons dans l’assistance, mais n’est décidément pas passée inaperçue. «J’ai envie de vous faire une déclaration d’amour», a déclamé celui qui célèbre son anniversaire le 24 juin. Il s’est extasié, l’air hagard, sur sa propre naissance («Mon père a dit : ça va être un boxeur. Ma mère a répondu : De la façon dont il pleure, ça va être un chanteur!»), avant de saluer son peuple. «Au fond, ce qui fait notre valeur, c’est notre différence. On est comme des chansons, on a un petit air en commun…»

Y’a pas deux chansons pareilles (Ferland avec une chorale d’enfants), Qu’est-ce que ça peut ben faire (Ferland et Lapointe), Sans regret (Boisjoli) et Pour que tu m’aimes encore (les Sœurs Boulay), ont mené à un mot-hommage de Louis-José Houde au défunt Roger Tabra. Loadé comme un gun, de Lapointe, lui a été dédiée.

Il a fallu attendre 22h35 pour voir se pointer Samian et son Enfant de la terre. Quelle attachante bête de scène. Ce n’est pas tout le monde qui a levé les bras avec lui, mais l’effort était plus que senti. Premières Nations, «tiers-monde du Québec», Samian a été le plus virulent dans ses propos. «Appelez-moi Samian de Champlain», a-t-il craché, avant de lancer la proposition à Philippe Couillard de s’accorder avec les Premières Nations. Des cris d’approbation l’ont appuyé, avant que Florent Vollant ne vienne le supporter sur Tshinanu. Natasha Kanapé-Fontaine est ensuite venue donner une leçon de charisme en règle sur Ekuen Pua.

On est ensuite revenus dans le giron des valeurs sûres, quand Éric Lapointe, les Sœurs Boulay et l’époustouflante Kim Richardson se sont émus sur Mon ange. Brigitte Boisjoli a été amusante en entonnant les «J’aurais dû, ben dû, donc dû» du Chant du Bum, de Richard Desjardins. Jolie idée que de confier le pot-pourri Picbois, Julie, Illégal, Journée d’Amérique à QW4RTZ.

Au moment d’écrire ces lignes, on attendait toujours des incontournables de la trempe du Petit Roi, Les fesses, Frog Song, l’inévitable Gens du pays ainsi que Un peu plus haut, un peu plus loin. Bref, en termes de classiques, on avait gardé le meilleur pour la fin.

QW4RTZ, un bel amuse-gueule

À 20h, alors que le soleil brillait encore et que l’air commençait tout juste à se rafraîchir, la formation QW4RTZ est venue apporter sa contribution pour garder les troupes alertes avant le début du «programme principal». Les champions de l’a capella ont été aussi éblouissants que lors de leur rentrée montréalaise, en novembre 2014, où on les avait adorés (https://quebec.huffingtonpost.ca/2014/11/20/qw4rtz-theatre-st-denis-symphonie-a-capella_n_6191764.html). Un an et demi plus tard, le groupe a actualisé son répertoire, ce qui a ajouté au plaisir de le retrouver. Avec leurs seules voix, les mecs de QW4RTZ ont donc poussé leurs toutes spéciales versions de L’amour, de Karim Ouellet, d’On leur a fait croire, d’Alex Nevsky, de C’est moi, de Marie-Mai, de Papaoutai, de Stromae, et même de Si les bateaux, de Gilles Vigneault, et bien d’autres, pendant une quarantaine de minutes. Un ensemble à découvrir, si ce n’est déjà fait.

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