DIVERTISSEMENT
24/06/2016 05:47 EDT

«Tout écartillé» : le Cirque du Soleil rencontre l'œuvre de Robert Charlebois

Paméla Lajeunesse

L’an dernier, c’était Le monde est fou, qui se consacrait à l’œuvre de Beau Dommage, et cette année, ce sera Tout écartillé, qui célébrera le répertoire de Robert Charlebois. Le Cirque du Soleil s’installera à nouveau à l’Amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières, du 13 juillet au 13 août, avec le deuxième spectacle de sa série-hommage, pilotée par sa filiale 45 Degrees.

Vous ne jurez que par Charlebois et sa musique, ou alors vous ne ratez sous aucun prétexte une production du Cirque du Soleil? Faites vite, car il ne reste plus beaucoup de billets pour Tout écartillé. L’équipe de conception, formée du directeur exécutif de création Daniel Fortin, du directeur musical Jean-Phi Goncalves et du metteur en scène Jean-Guy Legault, ainsi que Robert Charlebois lui-même, se sont offert une journée de promotion, début mai, au nouvel Hôtel Renaissance, rue Robert-Bourassa, à Montréal, pour parler de cette grande aventure.

La première question s’imposait d’emblée, bien que la réponse allait quasiment de soi. Pourquoi avoir opté pour Robert Charlebois pour ce deuxième coup de chapeau du Cirque du Soleil à un grand nom de notre culture?

«Tout le monde souhaitait que ça soit Robert Charlebois, a expliqué Daniel Fortin. C’a été automatique. Après Beau Dommage, on a toujours eu Robert Charlebois dans la tête. On souhaitait juste que Robert veuille.»

«Et Robert a voulu, a renchéri le principal intéressé, en éclatant de rire. Il faudrait absolument être un imbécile pour dire non à ça. Surtout que Robert est fan du Cirque, depuis que ses enfants ont 5 ou 6 ans, depuis la première mouture du Cirque à Saint-Sauveur, avec le chapiteau jaune et bleu. J’étais là, et mes enfants étaient, évidemment, émerveillés. À l’époque, c’était nouveau. Ils ont toujours fait de belles histoires pour toute la famille. Robert était donc bien content. D’autant plus qu’ils ont pu se pratiquer, l’an dernier, avec Beau Dommage... (rires)»

Pas nostalgique

Tout écartillé sera une fresque, un «opéra à ciel ouvert», dit-on, destinée au grand public, qui ne reposera pas sur une succession saccadée de numéros, mais bien sur des atmosphères se fondant les unes aux autres, avec une «chimie» dans les transitions. La danse contemporaine, dont Jean-Guy Legault est mordu, s’amalgamera aux acrobaties. Ils seront 25 à s’activer sous les projecteurs – l’équipe de production entière du spectacle compte une soixantaine de personnes.

On y entendra entre 12 et 14 pièces emblématiques de Charlebois, ainsi que des airs instrumentaux. Lindberg y sera, évidemment («Ce serait impossible de ne pas mettre Lindberg», a reconnu Daniel Fortin), Ordinaire, Tout écartillé et quelques titres moins connus.

«Si des gens sortent du spectacle et ont envie de redécouvrir l’œuvre de Robert Charlebois, on va avoir gagné notre pari», a concédé Daniel Fortin.

Daniel Fortin et Jean-Guy Legault taisent soigneusement les surprises visuelles qu’ils réservent aux spectateurs, mais consentent à dévoiler les grandes lignes de l’histoire de Tout écartillé.

«Ce n’est pas une musicographie, on n’est pas dans la nostalgie, a enchaîné Jean-Guy Legault. On part du personnage de Lindberg comme tel, à la sauce contemporaine. C’est quelqu’un qui avait la naïveté enfantine de vouloir voyager, cette naïveté d’un gars qui a voulu traverser l’Atlantique à une époque où l’aviation en était à ses premiers balbutiements, sans savoir s’il avait assez de gaz pour se rendre de l’autre bord. Il fallait quand même avoir une folie, une confiance, un désir de vaincre. C’était un rebelle de son époque, à sa façon. Comme Robert l’a été! Il a repoussé des limites, et c’est aussi une partie intrinsèque du Cirque de le faire. Être un artiste, c’est une façon de résister. Ça colle bien à l’univers qu’on voulait construire. Jusqu’où va aller ce voyageur-là? On verra bien.»

«Il faut qu’une œuvre artistique suscite un imaginaire qui colle au Cirque du Soleil et ait une résonnance québécoise, a continué Jean-Guy Legault. Dans les chansons de Robert Charlebois, ce qui nous rejoint, c’est la notion de voyage. À travers son œuvre, on voyage à travers le temps, car c’est un artiste qui dure depuis plusieurs années, qui est encore sur scène et encore artistiquement présent. Ce n’est même pas une œuvre d’archives, c’est une œuvre de présence, qui est encore là aujourd’hui. Robert est encore là et il est ouvert à ce que son œuvre soit réinventée, à ce qu’on plonge dedans et qu’on aille y chercher une essence contemporaine. L’idée du voyage est très présente dans le spectacle, comme si le voyage était plus important que la destination. C’est mon leitmotiv.»

«Ce n’est pas un tour de chant, non plus, a précisé Robert Charlebois. Eux peuvent faire des choses que moi, je ne pourrais jamais faire dans un concert, à cause de l’attirail visuel. On va être désarçonnés complètement. On marche juste à l’émotion, au poil sur les bras.»

«Moi, je suis le dernier à dire mon mot, là-dedans. C’est comme regarder une bonne photo de moi et me trouver beau! (rires) J’ai pleine confiance en l’équipe. Je m’abandonne complètement. Et on a décrété qu’il valait mieux que j’aie une surprise, comme un enfant, le soir de la première. Le 13 juillet, je vais développer mon cadeau, assis au troisième ou au sixième rang», a ajouté le chanteur, sourire aux lèvres.

Nouveaux enregistrements

Les gens auront en outre droit, grâce à Tout écartillé, à la voix du Robert Charlebois d’aujourd’hui, car ce dernier a récemment réenregistré toutes les chansons qu’on entendra dans les tableaux.

«On ne retrouvait pas les voix originales, et je trouve que c’est une bénédiction du ciel, a-t-il blagué en éclatant de son grand rire. Parce que je les chante un peu mieux que les premières fois! Toutes mes chansons, sans exception, je les fais mieux que quand je les avais créées en studio. Et Jean-Phi (Goncalves) va décrisser ça (rires), comme il dit lui-même, allonger des introductions, ajouter des volets instrumentaux… Parce que c’est une histoire, qu’ils racontent.»

«Ça nous donnait une plus grande liberté, de pouvoir repartir de zéro avec les enregistrements, plutôt que de partir d’une bande qui nous aurait peut-être un peu limités, a signalé Jean-Phi Goncalves. On a eu deux sessions de trois heures en studio pour enregistrer 12 chansons, on les a faites deux fois chacune et, chaque fois, la deuxième fois était quasiment inutile. Toutes les prises de voix sont très bonnes. On peut construire vraiment joliment.»

«Il ne faut pas que ça soit parfait, non plus, a conclu Robert Charlebois. Cocteau disait : «Gardez vos gros défauts, c’est pour ça que les gens vous aiment». Et moi, puisque j’en ai beaucoup, des défauts…(rires)»

Pour des billets pour le spectacle Tout écartillé, on consulte le site web du Cirque du Soleil, ici : https://www.cirquedusoleil.com/fr

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