POLITIQUE
23/06/2016 05:37 EDT

Les frais et taxes imposés aux aéroports nuisent aux voyageurs canadiens, selon l'IEDM

Martin Barraud via Getty Images
Airport lounge

La chute des prix du pétrole devrait tirer vers le bas le prix des billets d'avion à travers le monde en 2016. Mais les consommateurs canadiens n'en profiteront pas au maximum, en raison des taxes et tarifs imposés aux aéroports du pays par les différents paliers de gouvernement.

Dans une note publiée jeudi par l'Institut économique de Montréal (IEDM), l'analyste en politiques publiques Alexandre Moreau déplore que ces obligations financières nuisent à la compétitivité du secteur aérien canadien. Et, ultimement, ce sont les consommateurs qui écopent, souligne l'IEDM. Selon les données du Conference Board du Canada, les frais aéroportuaires représenteraient «25% de l'écart de prix entre les tarifs aériens au Canada et aux États-Unis».

En plus de payer plus cher, les consommateurs canadiens disposent de moins de choix de destinations directes. «Les prix plus élevés au Canada ont pour effet de diminuer la demande pour les vols en sol canadien, puisque certains voyageurs traversent la frontière pour économiser alors que d'autres choisissent tout simplement de ne pas voyager», écrit Alexandre Moreau. Avec une demande plus faible, le marché canadien est moins attirant pour les compagnies aériennes.

Loyers exorbitants

Pourquoi les frais aéroportuaires sont-ils si élevés au Canada? En deux mots: les loyers. Depuis que le gouvernement canadien a cédé la gestion des aéroports à des sociétés privées sans but lucratif, en 1992, il réclame aux administrations un loyer pouvant représenter jusqu'à 12% de leurs revenus.

En 2014-2015, par exemple, l'administration de Aéroports de Montréal (ADM) a remis quelque 47,7 millions $ aux autorités fédérales. En tout, ce sont 313 millions $ qui ont été payés en loyer par les 26 aéroports du Réseau national d'aéroports pour la même période.

«Pour illustrer la différence, imaginons une décision d’investissement impliquant un revenu supplémentaire anticipé de 1 million $ par année et un coût annuel de 900 000 $. À un taux de 12 % appliqué aux revenus bruts, l’aéroport se trouverait à verser un loyer supplémentaire de 120 000 $, soit une perte nette de 20 000 $. Mais s’il était privatisé, l’aéroport payerait un taux combiné fédéral et provincial approximatif de 35 % uniquement sur le profit de 100 000 $, ce qui laisserait un surplus net de 65 000 $.» — Alexandre Moreau, analyste en politiques publiques à l'IEDM.

Déjà en 2012, le président-directeur général d'ADM James C. Cherry estimait que ce loyer était beaucoup trop important et nuisait à la compétitivité des aéroports canadiens. «Nous ne perdons pas espoir qu’un jour le gouvernement l’abaissera ou l’éliminera», avait-il déclaré dans une allocution devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

À ces coûts s'ajoutent les montants versés aux municipalités via le programme de Paiement en remplacement d'impôts. Sans nier l'importance d'une contribution financière des aéroports aux municipalités où ils se trouvent, l'auteur de la note de l'IEDM souligne que cette pratique désavantage Aéroports de Montréal, puisque l'impôt foncier de la métropole est l'un des plus élevés au pays.

Des solutions

Comme James C. Cherry, l'analyste Alexandre Moreau prône aussi l'abolition des loyers des aéroports. «[Le gouvernement fédéral] devrait abolir le système des loyers et privatiser entièrement les aéroports dans l'intérêt des consommateurs et de toute l'industrie aérienne canadienne».

Mais cette proposition ne semble pas être dans les cartes pour le moment. En juin 2012, un rapport sénatorial recommandant précisément cette mesure était vite tombé dans l'oubli.

En attendant, l'auteur de la note interpelle le maire de Montréal Denis Coderre, l'invitant à «faire des efforts additionnels pour réduire le fardeau fiscal d'ADM».

Contactée par le Huffington Post Québec, la Ville de Montréal n'était pas en mesure de commenter au moment de publier cet article.

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