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Gazon maudit

BILLET - Pour ceux qui suivent assidument l'Euro, il y a quelques questions qui se posent. Non pas sur le tir de pénalité raté de Ronaldo contre l'Autriche, le match nul entre les Français et les Suisses ou la victoire historique de l'Albanie.

Un texte de Robert Frosi

Non, la question qui est sur toutes les lèvres des passionnés de ballon rond : Mais que se passe- t-il avec les pelouses de certains stades qui accueillent les compétitions de l'Euro? Et la réponse c'est que, contrairement au proverbe, l'herbe n'est pas toujours plus verte chez le voisin.

Depuis le début de la compétition, les joueurs, et comble de malchance, les joueurs de l'équipe de France courent sur des terrains qui sont qualifiés de « champs de patates ». Les joueurs glissent, tombent, ratent leurs contrôles de balles et tout cela à cause de l'état pitoyable de la pelouse.

Alors comment en est-on arrivé là? J'en ai parlé avec Jean-Marc Lecourt, le président de la société française des gazons, qui est franchement en colère, car tout le monde met le blâme sur les jardiniers français, alors qu'ils n'y sont pour rien.

Le gazon vient de Slovaquie, par l'intermédiaire d'une compagnie autrichienne, et, franchement, ce n'était pas le meilleur gazon.

Quand on lui demande pourquoi ne pas avoir fait appel au gazon français, il me dit à demi-mot que, finalement, c'est sans doute une histoire d'argent.

Il m'a également parlé de la dangerosité de jouer sur de tels terrains. Il n'hésite pas à dire que les jardiniers français ne sont « aucunement responsables de l'incompétence et du sabotage de mercenaires mandatés pour l'occasion ».

L'AFP écrivait récemment : « En prévision des matchs de l'Euro 2016, l'UEFA a exigé le changement de la pelouse du stade Pierre-Mauroy à Lille, aux frais d'Elisa, une société autrichienne, malgré les différents rapports de l'expert missionné par Elisa démontrant que la pelouse existante offrait une bonne couverture végétale. »

Jean-Marc Lecourt visiblement en colère en rajoute : « Le consultant mandaté par l'UEFA a cru bon devoir intervenir, en particulier en faisant replaquer du gazon non compatible (enracinement du gazon) en provenance de la société Elisa sur les stades de Marseille, Lille, Nice, et ce, en dépit de l'avis hautement défavorable des spécialistes français tenus à l'écart du système UEFA. »

Le jardinier en chef du Château de Versailles en rajoute. Et il ne la trouve pas drôle. Pour Alain Baraton, c'est aussi le savoir-faire français qui est en accusation, alors qu'il n'est pas responsable.

Le gazon installé n'était pas adéquat pour nos climats. Selon lui, on n'a pas laissé le temps à la nature de faire les choses. Le gazon pour s'enraciner a besoin d'un traitement particulier et le planter trois semaines avant le début des compétitions, c'était un non-sens.

« Et dire que dans certains stades où les pelouses sont transformées en champs de patates, certains n'ont pas hésité à peindre en vert certains morceaux de pelouse qui étaient gelés et qui contrastaient avec les autres. Alors va-t-on assister encore au festival des joueurs qui glissent, aux festivals des mauvaises passes, qui sait, à des blessures graves? »

Pour le jardinier en chef du Château de Versailles, il n'est pas trop tard pour agir! En attendant dans un pays où la contestation est érigée en mode de vie, on n'a pas fini de parler de ce gazon que certains n'hésitent pas à qualifier de gazon maudit!

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