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17/06/2016 10:22 EDT | Actualisé 18/06/2016 01:39 EDT

Pitbulls et SPCA: «Ce n'est pas qu'une question animale, c'est aussi une question humaine» (VIDÉO)

La Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) de Montréal refuse de porter une étiquette pro-pitbulls et assure travailler autant pour la sécurité des citoyens que pour le bien-être des animaux. Le dossier a fait couler beaucoup d’encre et le débat est souvent mordant. Consciente qu’il faille s’attaquer au problème des chiens dangereux, la SPCA rejette toujours l’idée du bannissement d’un type de chien et menace même de retirer son service de refuge à Montréal si la Ville en venait à interdire les pitbulls sur son territoire. [Mise à jour: Ce samedi 18 juin, Denis Coderre a annoncé que le pitbull et d'autres chiens dangereux seraient interdits à Montréal d'ici septembre.]

Nous nous sommes entretenus avec Alanna Devine, directrice de la défense des animaux à la SPCA Montréal et spécialiste du droit animal.

La question des pitbulls polarise les Québécois. C’est comme si l’on devait se positionner pour les animaux ou pour les humains…

Les deux vont pourtant ensemble. Quand on regarde les études, on voit que le problème est plus souvent la personne qui tient la laisse que l’animal lui-même. Ce n’est donc pas qu’une question animale, mais aussi humaine. Avoir un animal, ce n’est pas un droit, c’est un privilège. Nous voulons tous prévenir les morsures, encadrer la question des chiens dangereux. Il faut regarder le problème à sa base, renforcer la prévention avec de l’éducation, mais aussi des lois et des règlements pour s’attaquer aux maîtres irresponsables, aux problèmes de reproduction et de vente, des chiens enchaînés…

Un pitbull fait quand même plus de dommage qu’un chien saucisse…

C’est sûr qu’une morsure de husky est plus sérieuse qu’une morsure de shih tzu. Mais le facteur le plus important dans la dangerosité, c’est la taille du chien, pas la race.

Peut-on parler de racisme canin?

On ne veut pas faire trop d’anthropomorphisme [l’attribution de caractéristiques humaines à des animaux], mais de dire qu’on va juger un animal par ses caractéristiques physiques, ça ressemble quand même à des paroles inquiétantes et basées sur la peur qu’on entend aux États-Unis, où l’on attaque X, Y ou Z à cause de son apparence. C’est sûr que le débat n’est pas le même quand on parle d’humains ou d’animaux. C’est pourquoi on se base surtout sur la science, qui dit qu’on ne peut pas regarder un chien et dire qu’il est dangereux à cause de sa race.

À Québec, plusieurs membres du gouvernement soulignent l’urgence d’agir. Avez-vous peur qu’on agisse trop rapidement, sous le coup de l’émotion?

Nous sommes contents de voir que le gouvernement étudiera la question. Je comprends que les politiciens souhaitent rassurer la population. On espère qu’ils iront au-delà de l’émotion et consulteront des experts pour adopter des lois sévères. On espère aussi participer au comité d’experts qui sera vraisemblablement mis sur pied par Québec.

Est-ce à Québec de légiférer ou aux municipalités?

C’est une très bonne question. Je pense que ça peut tomber d’un côté comme de l’autre. Le problème actuellement, c’est que les règlements sont différents d’une municipalité à l’autre. Même sur l’île de Montréal, ça varie énormément. Ce serait intéressant d’avoir quelque chose d’uniforme dans la province plutôt que d’avoir une municipalité qui dit une chose différente du voisin.

Alanna Devine

Vous dites que la solution ne passe pas par le bannissement d’une race. Que faut-il faire, selon vous?

Un des problèmes, c’est la reproduction. Présentement, n’importe qui peut reproduire un animal sans n’avoir aucune connaissance sur la santé ou le comportement des animaux. Nous aimerions voir un système d’enregistrement pour quiconque veut reproduire un animal, avec un certificat de vétérinaire et une attestation que le comportement a été étudié. Ensuite, il serait intéressant d’avoir un processus de sélection pour quiconque achète d’un éleveur, d’un refuge. Il faut aussi rendre la stérilisation obligatoire, sauf si on a un permis pour l’élevage et s’assurer qu’il y ait un fonds pour ceux qui n’ont pas d’argent pour l’opération. Tout ça va prévenir les morsures, prévenir les chiens dangereux.

Ce sont des actions louables, mais qui semblent difficiles à faire appliquer, qui impliquent un suivi ardu.

C’est vrai. On peut avoir la meilleure législation dans les livres, mais il faut avoir des gens pour l’appliquer. Ça va prendre un budget pour renforcer la loi et des gens bien formés sur le terrain.

Que pensez-vous du travail des médias dans ce «pitbullgate»?

Aux États-Unis, une étude a comparé la couverture médiatique de morsures graves de labrador et de morsures aussi graves de pitbulls. Celles impliquant le pitbull étaient beaucoup plus médiatisées. Certains médias – pas tous – basent leurs choix sur ce qui fait vendre. Certains font donc des reportages biaisés, sans savoir, par exemple, quel type de chien est réellement impliqué dans une attaque. La question n’est pas d’être pour ou contre les pitbulls, mais de s’attaquer au problème des chiens dangereux.

Si un arrondissement ou la Ville de Montréal décidait de bannir les pitbulls de son territoire, cesseriez-vous de leur offrir vos services de refuge?

C’est très possible. Mais nous sommes loin de là. Nous souhaitons travailler avec les municipalités afin de régler le problème des chiens dangereux. Ce que nous voulons, c’est leur offrir du support, pas les punir.

Dans le but que les pitbulls ne soient pas bannis…

Dans le but de s’attaquer au problème des chiens dangereux. Et nous savons que de bannir un animal à cause de ses caractéristiques physiques n’est pas la solution.

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