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18/06/2016 07:36 EDT | Actualisé 19/06/2017 01:12 EDT

Euro-2016 - La politique du pire des fans croates

Pourquoi des fans croates ont-ils interrompu le match de leur sélection à l'Euro-2016 à coups de fumigènes? "Rien à voir avec le hooliganisme russe, où on voit des mecs venus pour se bastonner, là ils se disent que la honte et l'échec sera la solution pour que la fédération croate soit nettoyée" expose un expert à l'AFP.

. Préméditation

Ces sont des "terroristes du sport" pour le sélectionneur croate Ante Cacic. Leur action - jeter des fumigènes sur la pelouse pour interrompre République tchèque-Croatie (2-2) vendredi à Saint-Étienne - était en tout cas programmée. "Honteuse attaque contre notre équipe, des sauvages ont mis leurs menaces à exécution", écrit ainsi le quotidien croate Sportske Novosti. Un responsable de la sécurité au sein de la fédération croate, Miroslav Markovic, a même confié qu'il avait appris par un "tuyau" avant le match que des incidents auraient lieu à la 85e minute. Le match a été arrêté à la 86e...

Peu avant cette minute fatidique, des gendarmes mobiles français se sont déployés au pied de la tribune où se trouvaient les supporters croates, a d'ailleurs constaté un photographe de l'AFP présent à proximité. "Les membres des deux principaux groupes de supporters 'ultras' en Croatie, les Bad Blue Boys et la Torcida, avaient annoncé leur intention d'arrêter le match", abonde auprès de l'AFP Damien Feuillie, du site spécialisé dans le football des pays de l'Est 'Footballski'. "C'était prémédité", estime-t-il.

. Liés au Dinamo Zagreb et Hajduk Split

Le phénomène "hooligan" est vieux de plus de 30 ans en Croatie, mais a pris de l'ampleur dans la dernière décennie. Les groupes de supporters radicaux sont principalement liés à deux clubs rivaux, le Dinamo Zagreb -- les Bad Blue Boys -- et le Hajduk Split -- la Torcida. Les deux escouades sont composées d'un millier de personnes environ, mais seuls 500 de ces 2.000 fans composent le "noyau dur" du hooliganisme croate.

Au niveau de la sélection, le phénomène a pris du relief depuis l'arrivée à la tête de la fédération croate (HNS) de la star nationale Davor Suker, ancien buteur de classe mondiale, que certains supporters accusent d'être trop proche du très controversé Zdravko Mamic. Cet ancien président du Dinamo Zagreb a longtemps été considéré comme l'homme fort du football croate, mais a été inculpé en avril dernier dans une affaire de corruption et de transferts frauduleux, des malversations qui porteraient sur des millions d'euros.

Mamic a réussi à réunir contre lui les deux groupes d'ultras pourtant ennemis: les Bad Blue Boys le combattent depuis qu'il a, à leurs yeux "dénaturé" leur club de coeur, et la Torcida estime que les joueurs du Dinamo sont avantagés dans la course à la sélection nationale.

"Certains supporters croates n'en peuvent vraiment plus de ce qui se passe dans le football croate, de voir tous ces mecs qui utilisent l'équipe nationale en fonction de leurs intérêts personnels", confirme Damien Feuillie.

. Honte et échec, armes par destination

"Cela n'a rien à voir avec le hooliganisme russe, où on voit des mecs venus pour se bastonner avec des protège-dents, poursuit le spécialiste du foot de l'Est. Là, ce n'est pas un problème de hooliganisme, mais de dégoût du foot croate".

Les fans radicaux "veulent attirer l'attention internationale, en se disant que la honte et l'échec sera la seule solution pour que la fédération croate soit nettoyée. Ils ont pour espoir qu'une fédération différente se mette en place, même si évidemment les méthodes ne sont pas bonnes", poursuit Damien Feuillie.

Ces débordements ne sont en effet que le dernier épisode en date d'une longue litanie. En juillet dernier, un point avait ainsi été retiré à la sélection lors des qualifications pour l'Euro-2016, après qu'une croix gammée eut été tracée sur la pelouse lors d'un match contre l'Italie à Split. Et cette rencontre se jouait à huis clos en guise de sanction contre d'autres incidents.

Les hooligans croates sont souvent des ultra-nationalistes, qui chantent régulièrement des slogans pro-Nazi, mais n'ont pas d'affiliation à un parti politique. Leur profil correspond en outre à celui de fans d'autres pays eu Europe, selon la police, celui d'ados ou de jeunes d'une vingtaine d'années, qui consomment alcool et drogue.

. Failles dans le filtrage

L'influent media croate Jutarnji List a souligné que le dispositif de fouille du stade à Saint-Étienne n'a pas empêché de faire entrer les pétards et fumigènes.

Avant la compétition, le ministère de l'Intérieur croate a envoyé aux autorités françaises une liste de 326 hooligans considérés comme potentiellement dangereux, parmi lesquels 183 sont interdits de stade en Croatie.

Aucun n'était cependant interdit d'entrée sur le territoire français ou d'assister à un match de l'Euro. Seuls 16 supporters étaient interdits de stade lors de la compétition, à la suite d'incidents lors d'un match de qualifications pour l'Euro-2016 encore disputé face à l'Italie, mais cette fois à Milan, en novembre 2014.

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