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18/06/2016 08:05 EDT | Actualisé 19/06/2017 01:12 EDT

Euro-2016 - Italie: Eder les a tous fait taire

Il a envoyé l'Italie en 8e de finale de l'Euro-2016 d'un beau but contre la Suède (1-0). Le sélectionneur Antonio Conte a bien fait d'insister avec Eder, même s'il restait sur six mois catastrophiques à l'Inter, même s'il n'est pas de la trempe des grands buteurs du passé "azzurro", même si certains en Italie le boudent car il est d'origine brésilienne.

Bref, il partait de loin. Arrivé à l'Inter au mercato d'hiver, il n'a mis qu'un but en une demi-saison de Serie A, et connu trois maigres titularisations. Mais la compatibilité avec Graziano Pellè, l'autre attaquant, primait plus que tout pour le stratège Conte, le grand devant, Eder tournant autour.

Les deux ont d'ailleurs déjà joué ensemble, en 2011-2012 en Serie B (2e division italienne), à la Sampdoria Gênes. Ils n'avaient signé que 4 buts chacun, mais la Samp était remontée en Serie A aux barrages (4 buts chacun).

Curiosité: Simone Zaza, leur remplaçant à l'Euro, appartenait aussi au club génois, mais il été prêté cette saison-là à la Juve Stabia (près de Naples).

- "Oriundi" -

Cette anecdote rappelle les origines modestes, footballistiquement, de l'homme qui a mystifié la Suède, un but marqué au milieu de trois défenseurs vikings, tout de même. Son parcours jusqu'à son jour de gloire a été tortueux.

"C'est un joueur qui me plaît beaucoup. Il n'a pas réussi un grand match, mais il a marqué un très beau but, c'est ce qui compte", confie à l'AFP Roberto Donadoni, ancien joueur de l'AC Milan et ancien sélectionneur.

Jusqu'ici il n'avait marqué en sélection qu'à Sofia et à Bakou, pas des scènes aussi prestigieuses qu'un Euro. Mais les buts d'Eder sont décisifs à chaque fois.

Le 28 mars 2015, il avait dès sa première sélection signé l'égalisation (2-2), déjà à quelques minutes de la fin (84). Il avait aussi lancé l'Italie en ouvrant le score contre l'Azerbaïdjan lors du match qui a officialisé sa qualification pour l'Euro.

Plusieurs fois sauveur de la patrie (12 sélections, 3 buts), il fait tout pour s'intégrer.

Car Eder Citadin Martins ne plaît pas à tout le monde. "L'équipe nationale d'Italie doit être italienne", avait regretté Roberto Mancini, son coach à l'Inter, au moment de la première convocation du buteur, relançant la polémique sur les "oriundi", les joueurs naturalisés, comme le Parisien Thiago Motta, lui aussi né Brésilien.

- "Bêtises" -

Le jeune député européen Matteo Salvini, chef de file de la Ligue du Nord, parti anti-euro et anti-immigrés, avait aussi demandé: "Que des Italiens en +azzurro+".

Eder n'a pas attisé le feu après son but contre la Suède. "C'est une polémique infinie. Moi je vais de l'avant et je ne pense qu'au but, que je dédie à tout le groupe", a-t-il sobrement commenté.

A l'époque, en mars 2015, Eder lui-même avait qualifié de "bêtises" ces critiques et les "a priori contre les oriundi" lors de sa première convocation. Il avait cité le champion du monde 2006 Mauro Camoranesi, d'origine argentine, et son but dès son premier match avait bien aidé à étouffer la polémique.

Rien n'a jamais été simple pour lui. Né il y a 29 ans à Lauro Muller, ville du sud du Brésil colonisée au 19e siècle par les Italiens, Eder débute à Criciùma, le meilleur club de la région, puis tente sa chance en Europe à seulement 17 ans, comme de nombreux jeunes brésiliens.

Arrivé en Italie, il a longtemps tourné dans les petits clubs de la péninsule. Les débuts à Empoli sont difficiles, Eder ne s'impose pas. Il se relance dans le petit club de Frosinone. Retour à Emploi: il y devient meilleur buteur de Serie B en 2010 (27 buts). C'est l'ascension, jusqu'à son explosion à la Sampdoria Gênes, où Conte est allé le chercher pour l'emmener en Nazionale. C'était une bonne idée.

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