NOUVELLES
18/06/2016 09:28 EDT | Actualisé 19/06/2017 01:12 EDT

Au bout d'une semaine, l'Euro broie du noir

Scènes de guérilla urbaine entre hooligans dans les rues, fumigènes lancés sur la pelouse, incidents en tribune qui posent la question de la sécurité dans les stades... Une semaine après son coup d'envoi, le bilan est amer pour l'Euro-2016.

. Quand la violence est un sport

Cela restera peut-être l'image de cet Euro. Celle d'un Vieux-Port de Marseille (sud) jonché de bouteilles de bière, fumant comme un champ de bataille. Celle de supporters, le torse ensanglanté, se frappant à coups de chaises ou de barres de fer dans des scènes de guérilla urbaine.

Classé à risque, le choc Angleterre-Russie samedi dernier a tenu toutes ses sombres promesses dans les rues et au Vélodrome.

"On a retrouvé quatre Anglais cachés dans notre cuisine! Gazés, recroquevillés. Les Russes étaient en habits de free fight, portaient des T-shirts de combats en cage, des gants et des cagoules, ils n'avaient pas du tout bu, vu comme ils couraient et se battaient", témoigne pour l'AFP Karim Ledun, 24 ans, serveur à la Pizzeria Au Sud.

Les supporters de la Russie, qui organise le prochain Mondial en 2018, sont au centre des accusations. Ce qui a causé quelques tensions diplomatiques entre Moscou et Paris.

Au total, selon le ministère de l'Intérieur, plus de 323 personnes ont été interpellées, 8 condamnés à de la prison ferme et 24 ont fait l'objet d'un arrêté de reconduite à la frontière dont 20 des 43 supporters russes soupçonnés d'avoir participé aux violences à Marseille. Lourd bilan.

. Sécurité dans les rues...

Mais comment un risque aussi prévisible que celui du hooliganisme a-t-il pu provoquer tant de débordements?

Hors des stades, c'est le problème des autorités. Elles ont été critiquées, notamment en Angleterre, pour leur action en marge d'Angleterre-Russie à Marseille.

D'abord pour avoir laissé échapper sur le moment les hooligans russes les plus violents. Puis, côté anglais, pour l'intervention jugée sans discernement des forces de l'ordre et l'usage massif des gaz lacrymogènes.

"Si on prend toutes les compétitions européennes et mondiales qui se sont déroulées en Europe depuis 1996, quels sont les principaux incidents? Ceux en marge d'Angleterre - Tunisie (lors du Mondial-1998, NDLR), le gendarme Nivel (agressé par des hooligans allemands lors du Mondial-1998, NDLR) et Angleterre - Russie (samedi dernier). A chaque fois en France, ça devrait nous interpeller", explique à l'AFP Nicolas Hourcade, sociologue français spécialiste des supporters.

. ... et dans les stades

A l'intérieur, la sécurité est de la responsabilité de l'organisateur, l'UEFA et son extension en France, la SASP Euro-2016. Après les Russes et les Anglais, supporters croates et turcs vendredi puis hongrois samedi ont à leur tour causé des incidents.

Le personnel de sécurité était "nettement insuffisant" pour le match entre la Croatie et la République tchèque, interrompu vendredi soir à Saint-Étienne (centre-est) par des jets de fumigènes et de pétards, a estimé samedi le préfet Evence Richard.

Interrogé samedi par l'AFP, il a jugé qu'"il manquait à l'UEFA 150 à 200 personnes, en agents de sécurité, agents de palpation et stadiers".

Comment des supporters ont-ils pu pénétrer dans les enceintes avec des fumigènes ou des pétards, alors que la sécurité a été érigée en priorité numéro un en raison de la crainte d'attentats?

La solution trouvée par un Français d'origine albanaise est peut-être un début de réponse. Mercredi, il est entré dans la fan zone de Nice pour regarder France - Albanie avec un fumigène de 18 cm de long dissimulé... dans son rectum. C'est ainsi que procèderaient certains supporters pour faire entrer un fumigène dans le stade, après l'avoir glissé dans un préservatif.

Sollicité par l'AFP samedi pour réagir aux différents incidents, le Comité d'organisation français n'a pas répondu.

. Le spectacle déçoit

Contrairement au Mondial-2014 au Brésil qui avait offert un festival offensif et des scores fleuves, dont un mémorable 5-1 des Pays-Bas face aux champions en titre espagnols, l'Euro-2016 a commencé piano pour les buteurs, avec peu de spectacle et beaucoup de scores étriqués.

Les stars annoncées n'ont pas (encore) été au rendez-vous, comme le Portugais Cristiano Ronaldo, le Français Paul Pogba ou le Suédois Zlatan Ibrahimovic. Autre déception: l'état de certaines pelouses.

Deux exceptions, collective et individuelle, qui en réalité n'en font qu'une: l'Espagne et Andres Iniesta, qui illumine le tournoi. Pour une troisième couronne européenne consécutive inédite?

. Des raisons d'espérer?

Le football est le sport-roi, universel, et l'Euro intéresse, envers et contre tout.

Les télévisions européennes ont vu leurs audiences boostées par le tournoi. Ainsi, la télévision publique allemande ARD a réuni la moyenne titanesque de 26,6 millions de téléspectateurs (7 sur 10!) pour le premier match des champions du monde, contre l'Ukraine le 12 juin.

En France, malgré la peur des attentats, les dix stades sont remplis. En revanche, les fan zones -ces vastes espaces réservés aux supporters dans les dix villes hôtes- ne font pas le plein. Depuis des mois, plane la crainte qu'elles soient la cible d'un attentat.

Autre motif de satisfaction pour des organisateurs qui en ont bien besoin: même si tout n'a pas commencé sous les meilleurs auspices -poubelles débordant dans les rues de Paris et trains à l'arrêt-, les conflits sociaux qui touchent la France n'ont pas eu d'impact sur l'Euro. C'était l'une des plus grandes craintes des organisateurs et du gouvernement, qui voulait que le tournoi soit une "belle vitrine de la France".

bur-mg/pr/tba