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17/06/2016 08:41 EDT | Actualisé 18/06/2017 01:12 EDT

Stephen Curry, la mégastar de la NBA, vu par ses anciens coéquipiers québécois

BILLET - Il est comment Stephen Curry?

Un texte de Martin Leclerc

Au cours des trois dernières années, le petit joueur des Warriors de Golden State (il ne fait que 1,91 m/6  pi 3 po) est devenu la plus grande superstar de l'univers sportif nord-américain. 

Depuis 2014, Stephen Curry a notamment abaissé trois fois le record du plus grand nombre de tirs de trois points réussis en une saison dans la NBA. Durant cette période, Curry a fait bondir le record de 272 tirs de trois points à... 402! Et cette saison (après avoir remporté le titre en 2015), les Warriors ont battu un record de la NBA en se façonnant une hallucinante fiche de 73-9 et Curry est devenu le premier joueur de l'histoire de la NBA à être proclamé joueur par excellence à l'unanimité.

Pour le meilleur tireur de l'histoire de la NBA, il s'agissait d'un deuxième titre consécutif de joueur par excellence.

Sur la scène nord-américaine, tous les yeux sont maintenant rivés sur la rivalité opposant Stephen Curry à LeBron James.

La passionnante finale de la NBA prend une tournure inattendue. Jeudi soir, les Cavaliers de Cleveland de James sont parvenus à surmonter un déficit de 1-3 et à créer l'égalité 3-3 dans la série qui les oppose aux Warriors. Pendant que James brillait de tous ses feux, Curry a été expulsé de la rencontre. Il s'agissait d'une première au cours de sa carrière.

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Quel genre de gars est Stephen Curry?

Maxime Paulhus-Gosselin et William Archambault le savent, parce qu'il est un de leurs amis. À compter de la saison 2005, les deux Québécois ont joué avec Curry à Davidon College (une toute petite maison d'enseignement qui ne compte que 1800 étudiants), en Caroline du Nord.

Encore aujourd'hui, beaucoup de gens se demandent comment la plus grande vedette de la NBA a pu être ignorée par tous les grands programmes de basketball et se retrouver dans une petite université comme Davidson.

« C'est difficile de projeter dans le temps le potentiel d'un athlète. Les entraîneurs des grands programmes ont dû se dire que Curry était bon, mais qu'il était petit et que ce n'était pas grave de le laisser passer à travers les mailles du filet. Notre entraîneur à Davidson, Bob McKillop, est encore louangé pour avoir perçu son talent. Personnellement, j'en jouis encore! », lance Maxime Paulhus-Gosselin, qui sera analyste à Radio-Canada durant le tournoi de basketball des Jeux de Rio.

« C'est incroyable que Curry n'ait reçu qu'une seule offre de bourse d'études pour jouer dans la NCAA », renchérit William Archambault.

« Curry rêvait de jouer à Virginia Tech où sa mère (Sonya Adams) avait été une vedette de l'équipe de volleyball et où son père (Dell, un ex-joueur de la NBA) a été l'un des meilleurs marqueurs de l'histoire de l'université. Mais l'entraîneur de Virginia Tech a offert à Steph de postuler comme tous les autres étudiants pour être admis à VT, et il l'a invité à se présenter à un camp d'essai pour tenter de se tailler une place au sein de l'équipe. »

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Tous deux formés par l'entraîneur John DeAngelis au cégep Champlain Saint-Lambert, Paulhus-Gosselin et Archambault ne savaient pas trop à quoi s'attendre lorsqu'ils ont rencontré Curry pour la première fois sur le campus de Davidson College.

« La première fois que je l'ai rencontré, je me suis dit : "Ah bon, c'est un petit joueur de basket". Steph mesurait 6 pieds 3 pouces et il était extrêmement maigre. Je me disais qu'il devait être un bon tireur parce que les petits joueurs ont souvent cette qualité. D'autant plus que son père était un bon tireur dans la NBA », raconte William Archambault.

« Dès nos premières séances d'entraînement, il était toutefois clair qu'il avait quelque chose de spécial. Il affichait une confiance qu'on n'avait pas l'habitude de voir chez les joueurs de première année. Il driblait le ballon avec confiance et n'avait pas peur de tirer à nouveau après avoir raté le panier lors de sa tentative précédente.

« Son premier match dans la NCAA a été assez difficile. Mais dès son deuxième match, il a réussi 32 points à Michigan, qui est une grosse puissance en basket. C'est là que nous avons compris que Steph Curry allait avoir une carrière assez spéciale. »

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Le reste appartient à l'histoire.

À la deuxième saison de Curry en 2007-2008, Davidson College a montré une fiche parfaite de 20-0 dans l'Association du Sud. L'équipe a par ailleurs déjoué tous les experts en brillant au tournoi du March Madness et en se rendant jusqu'au tour des Elite Eight, éliminant au passage des puissances comme Gonzaga, Georgetown et Wisconsin .

Davidson n'avait pas remporté un match dans ce tournoi depuis... 1969!

« On a vite réalisé que Steph Curry pouvait marquer des points pas mal plus efficacement que le reste de l'équipe. Alors, on a eu la chance de créer un noyau défensif et organisationnel qui permettait à Steph de prendre beaucoup de lancers et de maintenir un pourcentage de réussite complètement ahurissant », rappelle Maxime Paulhus Gosselin.

« Cela dit, il n'y a jamais eu de jalousie au sein de notre équipe. Coach McKillop nous avait fait comprendre que nous étions nettement plus forts quand on travaillait collectivement plutôt qu'individuellement, et je dois souligner que chaque lancer tenté par Steph Curry était endossé et espéré par tout le monde dans l'équipe. »

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Stephen Curry est en train de compléter sa septième saison dans la NBA. Il est devenu un monstre sacré de l'univers sportif nord-américain, il est sollicité de toutes parts. Tout le monde se l'arrache.

Mais il reste tout de même en contact avec ses vieux chums de Davidson College.

Cette saison, quand il a su que Maxime Paulhus-Gosselin et William Archambault allaient assister à l'un de ses matchs à Boston, Curry leur a procuré des billets et s'est assuré de passer un moment en leur compagnie après la rencontre. Lorsque Curry s'est marié il y a quelques années, les deux Québécois figuraient parmi les invités. Et quand Archambault est devenu père, Curry s'est assuré de lui envoyer un texto pour le féliciter.

Il est ce genre de type, Stephen Curry.

« Nous échangeons des textos de temps à autre, mais j'essaie de le faire à des moments qui sont opportuns. Steph est tellement occupé et sollicité, qu'il y a une sorte d'équilibre à rechercher. On ne peut passer son temps à écrire à quelqu'un qui se fait constamment déranger par tout le monde. C'est une fine ligne à trouver », estime Paulhus-Gosselin.

« Quand Steph est arrivé dans la NBA, on se parlait peut-être une fois par mois. Mais maintenant, il y a tellement de gens qui se l'arrachent qu'il est rendu difficile d'avoir trois minutes de son temps. Cependant, chaque fois qu'il peut faire ou participer à quelque chose, il le fait », souligne William Archambault.

« Steph Curry a toujours été un coéquipier exemplaire. Davidson est située dans un village de 5000 habitants. À part jouer au basket et étudier, il n'y avait pas grand-chose à faire. Ça nous a permis de tisser les liens solides. C'était un gars engagé, toujours prêt à participer et à encourager les autres. Il n'y a rien qui a changé chez lui », témoigne Paulhus-Gosselin.

« Il était clair que Curry avait vraiment bien été éduqué par ses parents. Il n'a jamais eu la grosse tête. Il ne s'est jamais cru au-dessus des autres, que ce soit en raison de son talent ou de son historique familial. Il était simplement l'un des boys, qui faisait des vidéos humoristiques sur Youtube avec nous. Il faisait vraiment partie de la gang », encense William Archambault.

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Âgé de 30 ans, Maxime Paulhus-Gosselin a œuvré quelques années au sein d'une entreprise familiale spécialisée dans l'importation et la distribution de fromages fins. Il est en train de lancer une petite entreprise qui aura pour vocation de faciliter les transferts intergénérationnels d'entreprises.

William Archambault, pour sa part, est directeur général d'une entreprise d'emballages en plastique. Il a auparavant œuvré dans le domaine financier chez Desjardins, puis au sein d'une compagnie privée spécialisée en redressement d'entreprises.

Dans leur carrière respective, les deux jeunes hommes d'affaires disent qu'ils appliquent encore les enseignements prodigués à Davidson College par Bob McKillop. Le seul entraîneur de basket universitaire qui ait perçu le potentiel de Stephen Curry, et qui leur a permis d'endosser le même uniforme que le meilleur joueur de la planète.