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17/06/2016 00:34 EDT | Actualisé 17/06/2017 01:12 EDT

Le gouvernement russe n'a "aucune stratégie" économique (représentant des entrepreneurs)

La Russie n'a "aucune stratégie" pour éviter "la dépression" qui menace son économie faute de réformes et de détente dans les relations avec les Occidentaux, estime Boris Titov, délégué du Kremlin pour les droits des entrepreneurs.

Pourtant membre du Conseil économique réuni par Vladimir Poutine, M. Titov se montre très critique à l'égard du gouvernement dans une interview à l'AFP lors du Forum économique de Saint-Pétersbourg.

Question: Les entrepreneurs voient-ils la fin de la crise?

Réponse: "La situation est difficile. Nous subissons les effets de la situation du marché du pétrole: les revenus du pays diminuent, et donc la demande intérieure diminue et les entreprises voient la demande pour leurs marchandises baisser.

Il est trop tôt pour parler de stabilisation, nous ne voyons même pas encore toutes les manifestations de la crise, parce qu'elle évolue en escaliers: parfois la situation se stabilise, parfois elle s'aggrave. On assiste à une réaction en chaîne liée à l'incapacité d'effectuer certains paiements. Certaines entreprises se retrouvent en situation difficile, surtout celles les plus exposées à la distribution, à la consommation. Ensuite, ce sont leurs fournisseurs qui en subissent les conséquences. On n'a donc pas vu toutes les conséquences de cette crise, des moments difficiles sont devant nous.

Si rien n'est fait, et c'est ce que nous voyons du côté du gouvernement, l'économie russe va doucement s'éteindre, glisser vers la stagnation voire la dépression."

Q: De quelles mesures les entreprises ont-elles besoin?

R: "Ce sont des changements dans le domaine fiscal, des mesures pour stimuler les investissements, des changements des tarifs de l'énergie. C'est une réforme judiciaire, aujourd'hui nécessaire pour répondre au problème du contrôle administratif, de la réglementation appliquée aux entreprises par le gouvernement. Mais c'est aussi une économie libre et une relance des relations avec les pays occidentaux, indispensable parce que les réformes nécessaires seront très difficiles autrement.

La Russie manque de crédits. L'économie russe est comme flétrie, et pour nous développer nous avons besoin de crédits bon marché et à long terme. C'est ce que permet l'assouplissement quantitatif ("QE", rachats de dette par les banques centrales, en zone euro, Etats-Unis et Japon pour maintenir des taux bas, ndlr) mais malheureusement notre gouvernement n'en veut pas.

Nous ne voyons aucune stratégie (de l'Etat russe, ndlr). Le principal problème qui inquiète tout le monde, c'est l'incertitude économique. Le gouvernement n'a présenté aucun programme ou même aucune idée. Sa seule idée consiste actuellement à maintenir une politique financière rigoureuse comme c'est le cas depuis 15 ans. Le gouvernement dit depuis des années qu'il faut des réformes institutionnelles, mais rien n'est fait.

Q: Quel serait l'effet d'une levée des sanctions?

R: Cela simplifierait bien sûr le financement des grandes entreprises. En ce qui concerne les petites et moyennes entreprises, elles ne se finançaient pas tellement dans les pays occidentaux. Mais je tiens à dire que dans l'ensemble, les sanctions occidentales n'influent pas tant que cela sur l'économie russe. Pour notre secteur (les petites entreprises, ndlr), qui devrait constituer une locomotive pour la croissance de la Russie, elles n'ont pratiquement pas de conséquences. Elles aident même un peu, si l'on prend les mesures de rétorsion (l'embargo alimentaire, ndlr) pour l'agriculture. Mais bien sûr, nous sommes favorables à une levée des sanctions au plus vite, qui permettrait de revenir à un fonctionnement habituel pour les affaires."

gmo/kat/at

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