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17/06/2016 08:01 EDT | Actualisé 18/06/2017 01:12 EDT

Joseph Kosuth, un des pionniers de l'art conceptuel, a encore beaucoup à dire

Joseph Kosuth, un des pionniers de l'art conceptuel dans les années 1960, marche peut-être avec difficulté, mais il n'a pas pour autant l'intention de ralentir le rythme, malgré ses 71 ans.

"Je n'ai jamais été aussi occupé", a confié l'artiste américain à l'AFP au cours d'une rencontre à Art Basel, la grande foire de l'art contemporain, qui se déroule cette semaine en Suisse.

"Personne ne semble se soucier de mon âge, ce qui est bien", a-t-il poursuivi, expliquant qu'il avait encore beaucoup de choses pertinentes à dire, "mais c'est étrange lorsqu'un enfant prodige prend de l'âge", a-t-il avoué.

Joseph Kosuth s'est imposé sur la scène artistique internationale dans ses jeunes années, lorsqu'il est devenu un des chefs de file de l'art conceptuel, qu'il a lui-même défini en disant que c'est "l'art comme idée en tant qu'idée", en explorant la relation entre le langage, la philosophie et son expression artistique, avec des oeuvres utilisant les mots.

A 28 ans, il avait déjà participé à des dizaines de grandes expositions internationales, présenté ses travaux dans les grands musées tels que le Centre Pompidou à Paris, la Tate à Londres et le Guggenheim à New York, et déjà fait l'objet de plus de 120 thèses de doctorat.

Coiffé d'un chapeau noir qu'il affectionne, le regard caché par des lunettes noires, Joseph Kosuth attendait patiemment, assis sur un banc, une canne à ses côtés, pendant que les riches collectionneurs se pressaient sur le stand de la galerie Sean Kelly, qui présente plusieurs de ses pièces à la foire de Bâle.

Deux oeuvres, inspirées de l'artiste néerlandais Piet Mondrian, ont déjà trouvé preneurs, à 160.000 euros pour l'un et 180.000 euros pour l'autre. Créées cette année, elles reprennent ses lignes noires et les trois couleurs rouge, jaune et bleu de Mondrian, mais parsemées de textes et rétro-éclairées par une installation de néons.

Une autre pièce issue de sa première exposition en galerie intitulée "Nothing", qui avait eu lieu en 1968, est également présente sur la foire : dix panneaux noirs reprenant chacun en lettres blanches une définition du mot "Rien" tirées de plusieurs dictionnaires.

- L'art n'est pas comme un sac à main -

Interrogé sur la façon dont le monde de l'art contemporain a évolué depuis ses débuts, l'artiste américain s'est dit inquiet du fait que la culture du marché dans le monde de l'art ne cesse de gagner du terrain.

"Un milliardaire très occupé n'a pas le temps d'étudier l'art", a-t-il argumenté, tout en disant regretter que trop de collectionneurs achètent des pièces en fonction de leur prix plutôt que de leur véritable valeur artistique.

"Mais on ne peut pas comparer l'art à un sac à main", a-t-il tranché.

Joseph Kosuth s'en est pris au passage aux artistes qui créent "des trophées pour milliardaires", insistant sur le fait que ses oeuvres, inspirées de philosophes tels que Ludwig Wittgenstein et Friedrich Nietzsche, "n'étaient pas faites pour avoir l'air chouette au-dessus du canapé".

L'obsession pour l'argent et les plus-values à court terme, très présente dans la société actuelle, ne détruit pas seulement le monde de l'art, mais aussi celui de la politique, a-t-il déploré, évoquant la campagne présidentielle américaine.

"Mon travail a survécu à (l'ancien président) George Bush et je pensais que cela ne pouvait pas devenir pire que ça", a-t-il lancé.

Mais c'était avant que le candidat républicain présumé à la Maison Blanche, Donald Trump, ne fasse irruption sur la scène politique américaine, s'est-il lamenté.

"C'est comme un bouton qui sort quand on s'alimente mal", a-t-il estimé, tout en espérant que Donald Trump, comme un bouton, puisse "être percé et qu'on puisse avancer".

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