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16/06/2016 21:41 EDT | Actualisé 17/06/2017 01:12 EDT

Japon: des mères endeuillées dénoncent les lacunes de crèches non agréées

Des mères japonaises dont l'enfant est décédé dans des crèches non agréées, faute de place ailleurs, ont exigé jeudi des mesures strictes envers ce type d'établissements dont le gouvernement encourage la création afin de pousser les femmes à travailler.

Reçues jeudi pendant près de deux heures par des représentants du gouvernement, une délégation de mères a remis un cahier de doléances pour renforcer les mesures de prévention de nouveaux accidents mortels.

Quelque 82 enfants de 0 à 3 ans sont décédés en l'espace de cinq ans dans des crèches au Japon, des nourrissons notamment et le plus souvent durant la sieste, selon des statistiques officielles.

"Dans plus de 70% des cas, ces accidents se sont produits dans des lieux qui n'étaient pas agréés, lesquels accueillent pourtant dix fois moins d'enfants que les crèches agréées, ce qui signifie que les accident mortels sont près de 30 fois plus nombreux dans les crèches non agréées", a expliqué l'avocate Toko Teramachi lors d'un point de presse.

"Les parents qui n'obtiennent pas de place pour leur enfant dans un établissement agréé n'ont pas le choix", a renchéri une des représentantes des mères, Tomaki Fujii.

Ils se tournent malgré eux vers des crèches qui ne sont pas conformes aux normes en termes de nombre de personnes encadrantes, de surface, d'équipements, de formation des équipes.

"Les établissements de ce type cherchent à réduire les coûts autant que possible et cela se traduit par une dégradation des conditions de sécurité", insiste l'avocate Teramachi.

En cas d'accident dans une crèche non agréée, les parents endeuillés se plaignent de ne pas pouvoir accéder à la vérité sur les circonstances du décès de leur enfant, faute d'obligation de rapport circonstancié et d'enquête poussée puisque la raison invoquée est souvent "la mort subite du nourrisson" qui déculpabilise le personnel de crèche.

"Pour nous, c'est certes trop tard, mais il ne faut pas que d'autres endurent de telles souffrances, c'est pour cela que nous voulons agir", dit une maman, Yuki Kai.

Si le problème n'est pas nouveau, l'action de ces mères intervient maintenant car le gouvernement de droite de Shinzo Abe a décidé de prendre des "mesures d'urgence" pour accélérer la création de places d'accueil des tout petits, en favorisant notamment l'ouverture de crèches d'entreprises gérées par le secteur privé.

"Cela va à l'encontre des garanties de sécurité que recherchent les jeunes mères pour accepter de reprendre un travail comme les y pousse le même gouvernement", souligne l'essayiste Hiroko Inokuma, qui accompagne aussi ce mouvement.

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