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17/06/2016 12:21 EDT | Actualisé 18/06/2017 01:12 EDT

Euro-2016 - La Croatie, les fumigènes et les "terroristes du sport"

L'Euro rêvait de tourner la page "hooligan" et de parler enfin football? Raté. Des supporters croates ont lancé vendredi des fumigènes et un pétard qui a explosé aux pieds d'un stadier sur la pelouse de République tchèque-Croatie (2-2), ce qui pourrait coûter cher à leur équipe.

"Ce ne sont pas des supporters, mais des terroristes du sport", a enragé le sélectionneur croate Ante Cacic à la fin du match à Saint-Étienne (centre-est).

Avant l'interruption de 4 minutes provoquée par ces incidents, son équipe menait 2-1 et était qualifiée pour les 8e de finale. Mais juste après la reprise, elle a concédé un penalty qui a permis l'égalisation tchèque.

Ses encombrants fans peuvent donc se prévaloir d'un triplé peu glorieux: ils ont coûté à leur équipe sa qualification en 8e de finale, au moins pour l'instant, la placent sous la menace d'une sanction disciplinaire et relancent du même coup le débat sur la sécurité dans les stades de l'Euro, dont l'image est décidément ternie.

86e minute: des fumigènes sont lancés sur la pelouse d'une tribune de fans croates. L'arbitre stoppe la rencontre. Les joueurs de la Croatie, qui mènent 2 à 1, tentent de calmer leurs fans. Un pétard explose alors tout près d'un stadier, d'abord étourdi par la détonation, qui s'éloigne en courant, soutenu par d'autres stewards.

Des échauffourées sont éteintes en tribune. Le match reprend quatre minutes plus tard. Avec dans la foulée le penalty et l'égalisation des Tchèques.

La Croatie risque maintenant des sanctions de l'UEFA, qui a ouvert une procédure disciplinaire. L'instance de tutelle du tournoi va-t-elle suspendre avec sursis l'équipe croate? C'est la peine infligée à la Russie pour les incidents au Vélodrome à la fin du match contre l'Angleterre (1-1).

- "Des gens qui font peur" -

Le milieu de terrain Ivan Rakitic (Barcelone), buteur lors de la rencontre, a présenté "ses excuses" pour ces incidents.

Car les fans croates sont des récidivistes. Lors des qualifications de l'Euro, la Croatie avait déjà été sanctionnée d'un retrait d'un point, de deux matches à huis clos et d'une amende de 100.000 euros, pour une croix gammée tracée sur le terrain du match à Split contre l'Italie en juin 2015.

Cacic ne décolère pas: "Je les appelle des hooligans, ce ne sont pas des supporters. Ils ne devraient pas se trouver dans les stades. Mais une partie des médias croates n'a pas été contente de mon opinion (sur le sujet)". Le coach avait dénoncé ces supporters indésirables avant le tournoi.

"On parle de 5 à 10 individus, j'espère qu'on pourra les appréhender et que la Fédération croate va tout faire pour les arrêter, a souhaité Cacic. Ce sont des gens qui font peur, c'est pour ça qu'on les appelle les hooligans".

La journée de vendredi aura donc à nouveau été phagocytée par la question des hooligans, un mot que l'Euro espérait oublier, six jours après les graves violences provoquées par des Russes à Marseille.

A la mi-journée, tout en condamnant les hooligans, Vladimir Poutine avait ironisé depuis le Forum économique de Saint-Pétersbourg: "Comment 200 supporters russes ont pu passer à tabac plusieurs milliers d'Anglais?"

Les autorités françaises continuent de traiter le cas des Russes impliqués dans les affrontements sur le Vieux-Port, qui avaient fait 35 blessés, majoritairement anglais, dont deux toujours très gravement atteints.

- Nouveau match à risques -

Au total, 43 Russes avaient été interpellés mardi dans leur car à Mandelieu-la-Napoule (sud de la France). 20 vont être expulsés samedi, 20 ont été relâchés et trois ont été condamnés jeudi à 12, 18 et 24 mois de prison ferme pour avoir participé à la "chasse" aux Anglais à Marseille, selon les termes de la justice.

Parmi les futurs expulsés figure le sulfureux président de l'association des supporters russes, l'ultranationaliste Alexandre Chpryguine, qui a tweeté depuis son centre de rétention: "Nous ne lâcherons pas nos gars. Nous sommes choqués par la justice française!".

L'Euro reste sous haute surveillance. La rencontre entre la Russie et le pays de Galles, prévue lundi à Toulouse, a d'ailleurs rejoint la liste des matches classés à risques, a annoncé vendredi la préfecture de Haute-Garonne (sud-ouest).

"Maintenant nous avons haussé le niveau de sécurité en faisant appel à davantage de stewards dans les stades, ce n'est pas si facile parce que le marché de la sécurité privée est asséché en France", avait indiqué dans la matinée Martin Kallen, directeur général de l'Euro-2016, chargé de la gestion des évènements à l'UEFA. Un dispositif insuffisant à Saint-Étienne, semble-t-il.

Et le football alors? L'Italie s'est qualifiée en 8e de finale en battant 1 à 0 la Suède de Zlatan Ibrahimovic. Mais le mot "hooligans" risque de planer encore sur cet Euro.

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