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17/06/2016 18:00 EDT | Actualisé 18/06/2017 01:12 EDT

Euro-2016 - A l'ombre des hooligans

La star de l'Euro-2016 en France aurait dû être Cristiano Ronaldo, par exemple, triple Ballon d'or du Portugal. Mais c'est un anonyme, au look passe-partout, qui fait les gros titres: le hooligan, qu'il soit russe, anglais, croate ou turc, celui qui sème la violence dans les rues ou interrompt les matches.

Après les jets de fumigènes sur le terrain à Saint-Etienne (centre-est) et dans les tribunes à Nice (sud) vendredi soir, l'UEFA devrait préciser samedi les charges qui pèsent sur la Croatie et la Turquie, dont les supporters se sont tristement illustrés.

D'autres, russes cette fois, vont être expulsés samedi, depuis Nice.

Ils sont 20 et sont impliqués dans les graves affrontements de samedi dernier à Marseille (sud), qui avaient fait 35 blessés, majoritairement anglais, dont deux toujours très gravement atteints. Parmi eux, le sulfureux président de l'association des supporters russes, l'ultranationaliste Alexandre Chpryguine.

Trois autres ont été condamnés jeudi à 12, 18 et 24 mois de prison ferme pour avoir participé à la "chasse" aux Anglais à Marseille, selon les termes de la justice.

Quelle que soit leur nationalité, ces supporters violents font courir à leur équipe le risque de sanctions de l'UEFA pour les débordements à l'intérieur des stades (l'extérieur est de la compétence des autorités).

"Des ennemis du pays", a enragé le présidente de la Croatie Kolinda Grabar-Kitarovic. "Ce ne sont pas des supporters, mais des terroristes du sport", a renchéri le sélectionneur croate Ante Cacic.

- La Croatie risque gros -

République tchèque-Croatie avait tout pour redonner sa place au football dans un tournoi parasité par les violences des hooligans à Marseille le week-end dernier et les débordements en milieu de semaine à Lille (nord).

Mais les artistes sur le terrain - Modric et Rakitic, cracks croates du Real Madrid et Barcelone - ont été éclipsés par des fauteurs de troubles, censés les supporter, dans les travées.

En quatre minutes, le match a basculé: fumigènes lancés sur la pelouse, pétard qui explose aux pieds d'un stadier visiblement choqué, bagarres entre fans croates dans les travées. La Croatie menait 2 à 1, et était alors qualifiée pour les 8e de finale, avant l'interruption du match pour quatre minutes. A la reprise, les Tchèques ont égalisé (2-2), privant les Croates, destabilisés par les événements, d'un billet pour le tour suivant, qui reste toutefois possible.

Plus tard dans la soirée, les fans turcs à Nice ont allumé des fumigènes dans les tribunes et lancé des pétards sur la pelouse après la défaite de la Turquie contre l'Espagne (3-0). Ces incidents-là sont mineurs mais noircissent le tableau et posent la question des fouilles à l'entrée des stades et de la sécurité.

Au moins 16 personnes ont été placées en garde à vue, dont 4 Français supporters de l'équipe turque en possession de fumigènes à l'entrée et à l'intérieur du stade, ont indiqué les autorités locales. Onze "ultras" espagnols ont par ailleurs été interpellés quelques heures avant la rencontre et également placés en garde à vue.

La Croatie pourrait perdre gros. L'UEFA a ouvert une procédure disciplinaire. L'équipe à damier sera-t-elle suspendue avec sursis comme l'a été la Russie en raison des incidents au Vélodrome à la fin du match contre l'Angleterre samedi dernier ?

Les fans croates sont des récidivistes. Lors des qualifications de l'Euro, la Croatie avait déjà été sanctionnée d'un retrait d'un point et deux matches à huis clos pour une croix gammée tracée sur le terrain du match à Split contre l'Italie en juin 2015.

- 'Des gens qui font peur' -

"Ce ne sont pas des supporters. Ils ne devraient pas se trouver dans les stades", enrage Cacic, qui en les dénonçant dans le passé assure avoir froissé "une partie des médias croates".

"On parle de 5 à 10 individus, j'espère qu'on pourra les appréhender et que la Fédération croate va tout faire pour les arrêter, a souhaité le sélectionneur. Ce sont des gens qui font peur, c'est pour ça qu'on les appelle les hooligans".

La journée de vendredi aurait dû faire la place au football. Celui, séduisant, d'une Espagne, double tenante du titre retrouvée, qui a régalé 3 à 0 contre la Turquie pour aller en 8e de finale. Celui d'une Italie qu'on dit éternelle, qui passe au tour suivant grâce à son succès étriqué, maison, 1 à 0 contre la Suède de Zlatan Ibrahimovic.

Mais la question des hooligans a été sur toutes les lèvres et l'Euro reste sous haute surveillance. La rencontre entre la Russie et le pays de Galles, prévue lundi à Toulouse (sud-ouest), a d'ailleurs rejoint la liste des matches classés à risques.

"Nous avons haussé le niveau de sécurité en faisant appel à davantage de stewards dans les stades, ce n'est pas si facile parce que le marché de la sécurité privée est asséché en France", avait indiqué Martin Kallen, directeur général de l'Euro-2016, chargé de la gestion des évènements à l'UEFA. Un dispositif encore insuffisant.

Samedi, les caméras seront braquées dans les tribunes, à la recherche du hooligan, anti-star de l'Euro, pour Belgique-Eire à Bordeaux (sud-ouest), Islande-Hongrie à Marseille et Portugal-Autriche à Paris.

pgr/pr/mf