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17/06/2016 11:32 EDT

L'athlétisme russe banni de Rio... mais pas forcément ses athlètes

Richard Heathcote via Getty Images
SOCHI, RUSSIA - FEBRUARY 19: Snow collects on the Olympic Rings during day 12 of the 2014 Sochi Winter Olympics at Laura Cross-country Ski & Biathlon Center on February 19, 2014 in Sochi, Russia. (Photo by Richard Heathcote/Getty Images)

L'athlétisme russe ne verra pas Rio, mais quelques-uns de ses athlètes propres peut-être: la Fédération internationale d'athlétisme a confirmé vendredi la suspension de la Fédération russe, tout en laissant la porte ouverte à ceux qui prouveront leur bonne foi, à six semaines des JO (5-21 août).

L'athlétisme russe est donc suspendu... mais Yelena Isinbayeva, le visage de l'athlétisme russe, peut continuer à rêver. La Tsarine de la perche, comme les autres stars russes du tartan, devront montrer patte blanche et écarter les soupçons de dopage.

La situation est, en effet, complexe: "Ce n'est pas ouvert à tout le monde, simplement aux athlètes qui ont vécu en dehors du système russe suffisamment d'années", souligne Jean Gracia, secrétaire général de l'IAAF.

Ces athlètes devront "postuler auprès de l'IAAF et le +Doping Revue Board+ étudiera chacune des candidatures. C'est l'exception", souligne-t-il. Selon certains échos, cela pourrait même ne concerner que trois à quatre athlètes russes...

Isinbayeva, la double championne olympique (2004-2008), qui a vécu par le passé en Italie et à Monaco, avait réagi la première au maintien de la suspension de sa Fédération (ARAF): "C'est une violation des droits de l'Homme. Je ne peux pas me taire,(...) je vais m'adresser à une cour des droits de l'Homme".

Une colère qui répond à l'ambiguïté de la décision prise vendredi par le Conseil de l'IAAF, le gouvernement de l'instance.

Le président russe a lui aussi exprimé son incompréhension. "Bien sûr que c'est injuste", a déclaré Vladimir Poutine, lors d'une rencontre avec des journalistes à Saint-Pétersbourg. "Je pars du principe que nous aurons une discussion avec nos collègues de l'Agence antidopage et j'espère une réaction du Comité international olympique", a-t-il ajouté.

Les faits eux sont clairs: la Russie, via ses instances sportives et antidopage, a organisé et couvert le dopage dans "son" athlétisme, en rackettant ses propres athlètes et en allant jusqu'à corrompre l'ancien président de l'IAAF, Lamine Diack (1999-2015). Avec l'affaire russe, l'athlétisme mondial a plongé dans la plus grave crise de son histoire.

«C'est l'IAAF qui décide»

La Russie a triché donc: c'est pourquoi le Conseil a voté vendredi la prolongation de la suspension de l'ARAF, prononcée en novembre.

"La décision a été prise à l'unanimité", a souligné le Britannique Sebastian Coe, président de l'IAAF, pour enfoncer le clou.

Mais les athlètes russes propres ne doivent pas pâtir de la faute des autres. C'est en ce sens qu'il faut analyser l'autre décision prise par ce même Conseil: autoriser les athlètes russes non contrôlés positif qui prouveront "qu'ils n'ont pas fait partie du système de dopage" à participer à Rio, sous des modalités qu'il reviendra au Comité international olympique (CIO) de préciser.

Or, le CIO a justement prévu de se réunir mardi, à Lausanne (Suisse).

En fait, l'IAAF ne voulait pas de rôles trop marqués: le bâton pour l'IAAF avec une suspension totale (celle de la Fédération et de tous les athlètes russes), et la carotte pour le CIO, qui aurait alors pu proposer de repêcher aux Jeux les athlètes russes non dopés, sous une autre bannière.

De facto, l'IAAF propose déjà cette solution de repli. "C'est l'IAAF qui décide de qui peut courir aux JO ou non", a ainsi sèchement tranché M. Coe vendredi.

Suite au vote de l'IAAF, le CIO a fait savoir que son comité exécutif tiendrait une conférence téléphonique dès samedi.

- Porte étroite -

Dans cette décision, il faut voir la patte personnelle de Sebastian Coe, ancien athlète de haut niveau.

Le double champion olympique du 1500 m (en 1980 et 1984) a toujours affiché son soutien aux athlètes propres, en souvenir des efforts d'une vie dédiée à une qualification olympique. Il a lui-même vécu le boycott des Etats-Unis à Moscou-1980, puis celui des Russes et pays satellites en 1984 à Los Angeles. "Empêcher de courir des athlètes qui n'ont jamais été contrôlés positif est pour lui un crève-coeur", assure un proche du président.

Concrètement, "il sera possible à des athlètes qui ne sont pas impliqués dans le système russe mais qui font partie d'un programme extérieur à la Russie et efficace contre le dopage de faire une demande spéciale. L'IAAF étudiera ces cas et fera ses recommandations", a développé M. Coe.

Rune Andersen, président de la Commission de l'IAAF qui supervise les efforts de la Russie dans l'antidopage, a toutefois précisé que ces demandes ne devraient pas être nombreuses: "L'ouverture de porte est très étroite, il n'y a pas beaucoup d'athlètes qui pourront faire appel de cette possibilité".

La mesure devrait d'abord permettre la présence à Rio de Yulia Stepanova, coureuse de 800 m et lanceuse d'alerte à l'origine de la suspension de son pays.

"Je ne sais pas si elle sera à Rio, mais la commission a émis un avis favorable à l'étude de son dossier par l'IAAF si elle en fait la demande", a développé M. Andersen.

L'Agence mondiale antidopage a en tout cas "applaudi" la décision de l'IAAF, et apporté son "soutien total" à l'idée de repêcher Yulia Stepanova. Avant de lâcher aussitôt une nouvelle bombe, via son conseiller scientifique indépendant Richard McLaren.

Pour lui, le ministère russe des Sports aurait en effet ordonné au laboratoire antidopage russe de "ne pas publier des résultats de contrôles antidopage positifs, lors des Mondiaux d'athlétisme 2013" de Moscou, a-t-il accusé.

Alexandre Joukov, le président du Comité olympique russe, a, lui, comme le président Poutine, mis la pression sur le CIO, en répétant que "la responsabilité doit être personnelle": la décision de l'IAAF "est contraire à l'esprit du mouvement olympique", a-t-il insisté.