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17/06/2016 13:59 EDT | Actualisé 18/06/2017 01:12 EDT

Copa America - Soutenir la Vinotinto, un luxe pour les Vénézuéliens

Dans un Venezuela en plein chaos économique, les récentes victoires en Copa America de la Vinotinto, la sélection nationale, mettent du baume au coeur des habitants, qui n'ont toutefois plus les moyens de vivre pleinement leur passion.

"C'est difficile", confie à l'AFP Eleazar Martinez, 25 ans : "Avant on pouvait sortir voir les matches dans la rue, aller prendre des bières, mais maintenant ça coûte trop cher".

Le Venezuela, pourtant lanterne rouge des qualifications sud-américaines pour le Mondial-2018 en Russie, a créé la surprise à la Copa America 2016, en battant la Jamaïque (1-0) et surtout l'Uruguay (1-0), avant d'arracher le match nul face au Mexique (1-1).

Samedi, la Vinotinto (vin rouge, en espagnol) affrontera en quarts de finale l'Argentine.

Son parcours est d'ores et déjà "incroyable", s'enthousiasme Eleazar, qui suit les exploits de la sélection à la télévision, au côté de sa famille, dans leur maison de El Paraiso (ouest de Caracas).

Vêtu d'un vieux modèle du maillot officiel, il avoue que, pour lui, en acheter un nouveau est "une utopie".

- Trois fois le salaire minimum -

Son prix en boutique officielle, 54.000 bolivars (89 dollars au taux officiel, 49 dollars au marché noir), correspond à plus de trois fois le salaire minimum au Venezuela (15.051 bolivars).

Mais, dans ce pays pourtant plus porté sur le base-ball, il se trouve encore quelques habitants pour l'acheter malgré tout.

Depuis le début de la Copa America, les ventes ont grimpé de 30%, raconte Carla Pereira, gérante de Mundo Vinotinto, boutique officielle de la sélection à Caracas. "Dans un autre contexte économique, nous aurions la queue devant la porte !", souligne-t-elle.

L'équipe, menée par l'ex-gardien Rafael Dudamel, "nous apporte de bonnes nouvelles à un moment où on en a le plus besoin", estime Carla.

Mais difficile de se permettre un tel luxe, quand le maillot, de couleur bordeaux, coûte jusqu'à 61.500 bolivars dans certains magasins.

"Il y a des gens qui viennent, qui demandent (le prix) et puis s'en vont. Ils veulent l'acheter mais ils ne peuvent pas. On le voit sur leur visage", confie une vendeuse sous couvert d'anonymat.

C'est le cas d'Ana de Pablos, avocate âgée de 45 ans, venue pour offrir un maillot à son frère Tulio, qui l'accompagne. Elle entre dans la boutique, se renseigne sur le prix et ressort immédiatement.

"Il faut y réfléchir à deux fois, car il y a beaucoup d'autres priorités" et "la nourriture est de plus en plus chère", déplore-t-elle, déçue.

- Déconnexion passagère -

Le Venezuela affiche un triste record : en 2015, son inflation a été la plus élevée au monde, à 180,9% sur un an. Selon le Fonds monétaire international (FMI), elle va exploser cette année, à 700%.

Même suivre les matches à la maison, comme le fait Eleazar, peut revenir très cher : en buvant deux bières et en grignotant de la banane frite, très populaire dans le pays, on en arrive très facilement à dépenser un sixième du salaire minimum.

Encore faut-il trouver de la bière, un produit qui n'a pas échappé aux graves pénuries frappant le Venezuela depuis plusieurs années.

Le principal producteur, Polar, avait dû paralyser sa production mi-avril, faute de pouvoir acheter de la matière première. Il compte la reprendre le mois prochain, après avoir obtenu un prêt bancaire de 35 millions de dollars à l'étranger.

Le pays sud-américain est tiraillé par l'agitation sociale et la guerre politique que se livrent le gouvernement socialiste du président Nicolas Maduro et l'opposition, qui contrôle le Parlement et veut provoquer le départ anticipé du chef de l'Etat via un référendum.

"On déconnecte avec la Vinotinto, on est heureux, mais le match se termine et on revient à la réalité", soupire Eleazar.

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