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17/06/2016 01:37 EDT | Actualisé 18/06/2017 01:12 EDT

Avec son nouveau terminal LNG, la Pologne bouscule la domination de Gazprom en Europe centrale

Avec le premier méthanier arrivé vendredi à son tout nouveau terminal LNG, la Pologne lance un défi sans précédent à la Russie: elle veut se rendre indépendante de Gazprom et devenir un important joueur régional en matière de gaz, de quoi donner des sueurs froides à Moscou.

Affrété par Qatargas, le méthanier Al-Nuaman a apporté dans ses réservoirs 206.000 m3 de LNG, soit 126 millions de m3 de gaz non liquéfié, le premier chargement commercial arrivé à Swinoujscie (nord-ouest), destiné au gazier polonais PGNiG.

"Pour la Pologne, c'est être ou ne pas être inondée par le gaz russe", déclare à l'AFP Jacek Cwiek-Karpowicz, expert en énergie de l'Institut Polonais des Affaires étrangères PISM, "C'est aussi un peu montrer du muscle, montrer qu'on a des alternatives".

Selon lui, "la Pologne a une chance de devenir à terme la porte de l'Europe centrale" pour le gaz.

Le terminal de Swinoujscie est un élément parmi d'autres du puzzle énergétique que met en place Varsovie pour s'affranchir des livraisons russes, projets nommés "Porte du nord" et "Couloir du nord".

"Le nouveau terminal constitue le bien le plus précieux dans l'infrastructure gazière de la Pologne et qui est libre de toute interférence russe". Il "change la donne dans la région", selon un rapport du centre d'études et d'analyses américain CEPA consacré à la stratégie énergétique de la Pologne.

Construit pour 720 millions d'euros, le terminal aura une capacité annuelle initiale de transbordement de cinq milliards de m3, qui pourra être portée ensuite à 7,5 milliards de m3, soit la moitié du gaz consommé par la Pologne.

Actuellement, un tiers du gaz en Pologne provient de ses propres ressources, environ 40% est importé de Russie et 20% d'Asie.

- Gazoducs et réservoirs -

Soucieux de son indépendance énergétique, le pays a fortement modernisé son système gazier au cours des dernières années, construisant des centaines de kilomètres de gazoducs et d'importants réservoirs souterrains, ainsi que des interconnections avec les pays voisins.

D'autres projets sont dans les cartons. Le gouvernement envisage de construire un deuxième terminal LNG, cette fois-ci flottant, près de Gdansk (nord), comparable à celui qui fonctionne en Lituanie, ou un gazoduc, Baltic Pipe, reliant la Pologne au Danemark, qui lui permettrait de recevoir du gaz norvégien. En avril, Varsovie et Copenhague ont annoncé la relance de ce projet.

A terme, la Pologne veut importer par "la Porte du Nord" jusqu'à 18 milliards de m3 de gaz. La moitié serait réexportée vers d'autres pays d'Europe centrale.

Fin mai, Varsovie a déjà annoncé la couleur à la Russie.

"Je ne pense pas que l'on prolonge le contrat gazier à long terme +Iamal+ (du nom du gisement russe), après 2022. Nous allons chercher d'autres solutions et contrats", a alors déclaré Piotr Naimski, le responsable gouvernemental aux infrastructures énergétiques, rappelant que le prix que la Pologne payait pour le gaz russe était le plus élevé en Europe. L'annonce a provoqué des déclarations acides du président russe Vladimir Poutine.

"Cela nous est égal. Ce gaz de toute façon trouvera un acquéreur. Si on n'en trouve pas en Europe on cherchera sur d'autres marchés", a dit M. Poutine.

"La déclaration de M. Naimski est destinée à forcer la Russie à revoir ses prix et de les mettre au niveau mondial", dit à l'AFP Piotr Maciazek, expert du portail spécialisé Energetyka24.com.

Selon lui, "le terminal LNG et d'autres initiatives en cette matière permettent de contrebalancer la position de Gazprom dans la région".

"Aujourd'hui, la Slovaquie, la République tchèque et la Hongrie ne disposent d'aucune alternative à Gazprom. Prague a d'ores et déjà exprimé son intérêt pour les futures livraisons via la Pologne", a-t-il encore précisé.

Et l'Ukraine a annoncé mercredi la construction, dès 2017, d'un gazoduc la reliant à la Pologne, d'une capacité de 5 milliards de m3, qui pourrait être portée à terme à 8 mds m3.

Loin des capacités du Nord Stream 1 (55 mds m3) et du projet Nord Stream 2 (55 mds m3), ce dernier destiné à l'Europe centrale et du sud, le Couloir du Nord, une fois achevé par la Pologne pourrait néanmoins donner un grand mal de tête aux responsables à Moscou.

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