POLITIQUE
17/06/2016 07:09 EDT | Actualisé 17/06/2016 07:12 EDT

Des institutions financières canadiennes financeraient des fabricants d'armes à sous-munitions

ASSOCIATED PRESS
** FILE ** In this Nov. 9, 2006 file picture, Mines Advisory Group (MAG) Technical Field Manager Nick Guest inspects a Cluster Bomb Unit in the southern village of Ouazaiyeh, Lebanon. International diplomats from more than 100 nations reached agreement on a treaty that would ban current designs of cluster bombs and require the destruction of stockpiles within eight years. The breakthrough Wednesday May 28, 2008 capped more than a year of negotiations that began in Norway and concluded over the past 10 days in Dublin, but Israel, U.S. Russia, China, India and Pakistan did not participate in the treaty. (AP Photo/Mohammed Zaatari)

Quatre institutions financières canadiennes ont investi 565 millions $ dans des compagnies qui fabriquent des bombes à sous-munitions, indique un rapport rendu public jeudi, bien que le recours à cette arme soit interdit par un traité des Nations unies ratifié par le Canada.

Le rapport a été dévoilé à Ottawa par une organisation néerlandaise pour la paix, PAX, qui fait partie d'une coalition internationale luttant contre l'utilisation d'armes généralement liées à la mort de civils.

Les compagnies canadiennes sont parmi les 158 qui, à l'échelle mondiale, auraient investi un total de 28 milliards $ dans des entreprises liées à ces armes entre juin 2012 et avril 2016, selon le rapport.

Le directeur général de Mines Action Canada, Paul Hannon, a demandé au gouvernement Trudeau d'élaborer des lignes directrices pour interdire de tels investissements par des institutions canadiennes.

Le Canada a ratifié la Convention sur les armes à sous-munitions des Nations unies, mais celle-ci n'interdit pas explicitement les investissements. Or, selon Paul Hannon, le financement de l'industrie qui produit ces bombes peut être une forme de soutien.

La Banque royale du Canada (RBC), la Financière Manuvie, la Financière Sun Life et CI Financial figurent parmi les institutions financières énumérées dans le rapport. CI Financial soutient ne plus détenir aucune action dans la compagnie américaine Textron mentionnée par le groupe PAX.

La RBC aurait investi 132 millions $ et la Financière Manuvie, 48 millions $ dans cette firme américaine. Textron est un des plus grands fabricants de bombes à sous-munitions, une arme qui a été notamment reliée à de récentes attaques dans l'actuel conflit au Yémen.

La RBC a dit dans une déclaration qu'elle s'efforce de contrôler les opérations pour lesquelles elle verse de l'argent et qu'elle prend les mesures nécessaires pour élargir ses politiques au-delà des investissements.

La Financière Manuvie et la Financière Sun Life n'ont pour leur part pas répondu aux demandes d'entrevue de La Presse canadienne.

Les groupes de défense des droits de la personne Amnistie Internationale et Human Rights Watch ont répertorié des cas où le recours aux bombes à sous-munitions par la coalition menée par l'Arabie saoudite a blessé ou tué des civils yéménites parmi lesquels se trouvaient des enfants.

La plupart des institutions nommées dans le rapport, soit 138 sur 158, proviennent de pays qui n'ont pas ratifié la convention des Nations unies, comme les États-Unis, la Chine et la Corée du Sud.