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16/06/2016 10:27 EDT

Grande-Bretagne: meurtre d'une députée pro-UE, la campagne du référendum tourne au drame

Handout . / Reuters
Batley and Spen MP Jo Cox is seen in Westminster May 12, 2015. Yui Mok/Press Association/Handout via REUTERS ATTENTION EDITORS - FOR EDITORIAL USE ONLY. NOT FOR SALE FOR MARKETING OR ADVERTISING CAMPAIGNS THIS IMAGE HAS BEEN SUPPLIED BY A THIRD PARTY. IT IS DISTRIBUTED EXACTLY AS RECEIVED BY REUTERS AS A SERVICE TO CLIENTS. NO RESALES. NO ARCHIVE.

Le meurtre de Jo Cox, une députée travailliste pro-UE de 41 ans tuée par balles jeudi à Birstall (dans le nord de l'Angleterre), a fait basculer la campagne du référendum sur l'appartenance à l'Union européenne dans le drame, à une semaine du vote.

La police, qui a annoncé que son décès remontait à 12h48 heure locale, a interpellé un suspect âgé de 52 ans décrit par ses voisins comme un "solitaire". Elle a précisé qu'un "grand nombre de témoins" avaient été entendus et que le motif du meurtre devait encore être déterminé.

Après l'annonce en début d'après-midi de l'agression contre la députée, le camp militant pour le maintien du Royaume-Uni dans l'UE a annoncé la suspension de sa campagne pour la journée et celle de vendredi.

L'ancien maire de Londres et chef de file du camp pro-sortie de l'UE Boris Johnson a également annoncé qu'il cessait de faire campagne pour la journée tandis que David Cameron a annoncé qu'il annulait un meeting pro-UE à Gibraltar où il est arrivé dans l'après-midi.

"La mort de Jo Cox est une tragédie. Elle était une députée engagée et bienveillante. Mes pensées vont à son mari Brendan et à ses deux jeunes enfants", a-t-il écrit sur Twitter.

A Gibraltar, le Premier ministre a salué dans un discours une femme "au grand coeur" qui a "un bilan impressionnant en matière d'aide aux réfugiés".

Alors que la campagne pour le référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE battait son plein à sept jours du scrutin, l'agresseur aurait crié "Britain first", soit "Le Royaume-Uni d'abord", selon un témoin cité par les médias.

"La famille du Labour et l'ensemble du pays sont sous le choc et éprouvent de la tristesse après le meurtre horrible de Jo Cox", a réagi sur Twitter le chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn.

Le Brexit en tête dans les sondages

"Très attristé d'apprendre que Jo Cox est morte. Sincères condoléances à sa famille", a quant à lui tweeté Nigel Farage, le chef du parti europhobe Ukip.

Ce meurtre intervient alors que deux nouveaux sondages ont donné gagnant jeudi un Brexit (ou British Exit), renforçant l'inquiétude à Bruxelles et dans les milieux économiques.

Ces deux enquêtes, réalisées par téléphone, étaient très attendues puisque les précédentes pointaient jusque-là nettement en faveur d'un maintien dans l'UE.

Elles ont renforcé l'inquiétude, que ce soit dans les salles de marché de la City de Londres ou dans les couloirs de Bruxelles, même si le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a estimé que l'Union européenne ne sera pas "en danger de mort" si le Brexit l'emporte.

A Londres, la livre sterling a atteint un plus bas en dix semaines face au dollar, à 1,4013 dollar à 14h35 heure locale.

La Banque d'Angleterre a rappelé qu'elle considérait le référendum comme le "plus gros risque immédiat" pour les marchés financiers britanniques et mondiaux. Son gouverneur, Mark Carney, a annoncé qu'il annulait le discours qu'il devait prononcer jeudi soir, en raison du meurtre de Jo Cox.

Nombre de responsables européens parmi lesquels les Premiers ministres belge, luxembourgeois, danois et finlandais ainsi que la ministre des Affaires étrangères suédoise, ont présenté leurs condoléances.

En Suède, ce drame a rappelé un très mauvais souvenir. Le 10 septembre 2003, à quatre jours d'un référendum sur l'adoption de l'euro par la Suède, la ministre des Affaires étrangères Anna Lindh avait été mortellement poignardée à Stockholm par un déséquilibré qui avouera, longtemps après, qu'il avait agi par "haine envers les politiciens".

Au Luxembourg, l'Eurogroupe réunissant les ministres des Finances européens a marqué une minute de silence en hommage à la députée.

Des veillées sont prévues pour lui rendre hommage jeudi soir à Londres et à Birstall

Le Fonds monétaire international (FMI) qui devait publier son rapport annuel sur l'économie britannique dans la nuit a décidé de reporter la publication de 24 heures.

Recueillement du parlement canadien

La Chambre des Communes canadienne a observé jeudi une minute de silence à la mémoire de la députée britannique Jo Cox, assassinée par balles quelques heures plus tôt.

Cet hommage s'est tenu à l'ouverture de la séance quotidienne des questions au gouvernement, tenue dans la chambre basse du parlement canadien.

Avant la minute de silence, un député de l'opposition de gauche, Nathan Cullen, a rendu un vibrant hommage à Mme Cox. "Je rends hommage à la vie de Jo Cox, mère de deux magnifiques enfants, une amie, une députée dévouée du Labour. C'est une grande défenseure des droits de l'homme au Royaume-Uni et à travers le monde qui a été assassinée aujourd'hui", a dit M. Cullen, la gorge serrée par l'émotion.

"Jo mettait sa voix au profit de ceux qui n'en n'avaient pas. Elle se dévouait pour ceux qui étaient le plus dans le besoin, et donnait son amour même à ceux qui étaient animés par la haine", a ajouté l'élu du Nouveau parti démocratique (NPD).

Réactions dans le monde

Le président français François Hollande a fait part jeudi de sa "profonde émotion" après l'assassinat de Jo Cox, le Premier ministre Manuel Valls jugeant lui qu'"à travers elle, notre idéal démocratique a été visé".

M. Hollande a exprimé sa "profonde émotion", dans un communiqué où il fait également part "au peuple britannique, choqué par cette annonce" de son "entière solidarité".

"Profonde tristesse pour Jo Cox et le peuple britannique. À travers elle, notre idéal démocratique a été visé. Ne jamais l’accepter !", a pour sa part twitté le Premier ministre.

"J'apprends l'insupportable agression d'une députée britannique Mme Jo Cox. Pensées solidaires à ses proches et sa famille. @UKLabour", a de son côté twitté, en français et en anglais, le président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone.

Les présidents de l'Assemblée, du Bundestag allemand et de la Diète polonaise, ainsi que des parlementaires des trois chambres basses du "triangle de Weimar", réunis jeudi à Paris, ont observé jeudi à Paris une minute de silence en hommage à la députée travailliste pro-UE.

"Je me joins à vous [le Premier ministre danois Lars Løkke Rasmussen] pour exprimer ma profonde peine de voir qu'une jeune parlementaire, qui manifestement était une jeune femme avec un talent immense, a été tuée dans l'exercice de ses fonctions au sein de sa circonscription", a aussi déclaré le secrétaire d'État américain John Kerry à Copenhague.

"C'est une attaque contre tous ceux pour qui la démocratie importe et qui ont foi en elle", a-t-il estimé.

Mme Cox, travailliste de 41 ans favorable au maintien de son pays dans l'Union européenne, est morte des suites de ses blessures après avoir été la cible de coups de feu jeudi à Birstall (nord de l'Angleterre). La police a interpellé un suspect, un homme de 52 ans.

M. Rasmussen avait déjà condamné l'agression. "Choqué d'apprendre l'attaque contre la députée @Jo_Cox1. Mes pensées vont à elle et à sa famille", avait-il écrit sur Twitter avant l'annonce de sa mort.

Les Britanniques doivent voter le 23 juin pour décider si le Royaume-Uni va quitter ou non l'Union européenne.

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