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14/06/2016 08:45 EDT | Actualisé 15/06/2017 01:12 EDT

France : nouvelle démonstration de force émaillée de violences contre une réforme sociale

La France a connu mardi une nouvelle démonstration de force contre une réforme sociale avec des manifestations de masse émaillées de violences, alors que les forces de l'ordre sont mises sous pression par l'Euro-2016 et un nouvel attentat jihadiste.

Les syndicats qui s'opposent à une réforme du droit du travail ont revendiqué 1,3 million de manifestants dans toute la France, la police estimant qu'ils étaient 75.000 à 80.000 à Paris.

La manifestation parisienne a une nouvelle fois tourné à l'affrontement. Selon un bilan encore provisoire, 42 personnes ont été interpellées et au moins 29 policiers et 11 manifestants ont été blessés.

"Plusieurs centaines de personnes encagoulées" ont pris à partie les policiers peu après le départ de cette manifestation, la neuvième organisée sur ce thème par les syndicats contestataires depuis mars.

Les violences se sont traduites ici par des jets de pavés, là par des poubelles en feu ou des dégradations faites à des commerces. La police a eu recours à un canon à eau, ont constaté des journalistes de l'AFP. Les vitres d'un hôpital pédiatrique, Necker-enfants malades, ont été cassées.

Depuis trois mois, les policiers sont régulièrement visés dans les cortèges. Ils restent par ailleurs sous la menace d'attaques jihadistes comme l'illustre le meurtre lundi d'un policier et de sa compagne près de Paris. Depuis le 9 mars, plusieurs défilés avaient déjà donné lieu à des scènes de guérilla urbaine, faisant des centaines de blessés dans les deux camps.

"J'ai participé à toutes les manifs depuis mars, parce que je veux vivre dignement et pas survivre. Je veux le retrait pur et dur (de la réforme). Ca s'arrêtera seulement quand il y aura le retrait", assure Aurélien Boukelmoune, 26 ans, technicien dans le secteur de l'énergie.

Les syndicats, CGT en tête, voulaient faire de cette journée une démonstration de force pour contraindre l'exécutif, au comble de l'impopularité, à reculer concernant la révision du code du travail.

Cette centrale contestataire, qui a affrété plus de 600 cars dans toute la France pour rejoindre Paris, voulait dépasser la participation du 31 mars : près de 390.000 personnes dans 250 villes, selon les autorités, 1,2 million selon les organisateurs.

Pour le pouvoir, cette neuvième journée d'action est plutôt le baroud d'honneur d'un mouvement social inédit sous la gauche depuis 1981. Sa réforme est actuellement examinée au Sénat, après avoir été votée à l'Assemblée nationale.

Des manifestations ont aussi été organisées dans une cinquantaine de villes de province.

"Les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère, cette société-là on n'en veut pas", ont scandé les manifestants à Lyon (centre-est).

Des barrages filtrants ont été signalés à Brest (Bretagne, ouest) et des grèves au port de Marseille (sud). Le secteur de l'énergie était aussi touché, avec des baisses de production et des lignes haute tension coupées en région parisienne, selon la CGT.

- Grèves persistantes -

A Paris, la Tour Eiffel a été fermée en raison de la grève d'une partie du personnel.

Dans les chemins de fer, après 14 jours de mouvement, le taux de grévistes est remonté mardi à 7,3%, toutes catégories confondues, contre 4,6% la veille.

Deux autres journées de grèves et de manifestations partout en France sont déjà prévues pour les 23 et 28 juin.

"C'est loin d'être la dernière manif. Dans l'intérêt du gouvernement, mieux vaut qu'il retire sa loi sinon on bloquera l'économie", menace Aurélien Boukelmoune.

Un entretien est toutefois prévu pour vendredi entre le dirigeant de la CGT et la ministre du Travail, Myriam El Khomri.

A moins d'un an de l'élection présidentielle, cette dernière grande réforme du quinquennat de François Hollande vise, selon le gouvernement, à apporter de la flexibilité aux entreprises pour lutter contre un chômage endémique (près de 10%). Elle inclut notamment un assouplissement de la législation sur le temps de travail en favorisant les accords d'entreprises.

Pour ses détracteurs, le texte risque d'accentuer la précarisation des salariés.

Le mouvement social s'était durci il y a trois semaines avec le blocage de ports, de raffineries et de dépôts de carburant, poussant la France à puiser dans ses réserves stratégiques de pétrole.

A l'approche de l'Euro, ces actions ont nui à l'image de la France et au tourisme, secteur déjà plombé par les attentats de 2015.

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