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14/06/2016 08:04 EDT | Actualisé 15/06/2017 01:12 EDT

France/attentat : l'enquête se concentre sur le passé du tueur

Quels liens avec la mouvance radicale ? Comment l'attaque a-t-elle été préparée ? Les enquêteurs tentent de reconstituer l'assassinat d'un policier et de sa compagne près de Paris par un homme de 25 ans déjà condamné pour ses liens avec une filière jihadiste et se revendiquant du groupe Etat islamique (EI).

-- UNE ATTAQUE INEDITE DANS UN DOMICILE

Les enquêteurs font face à une attaque jihadiste à la mise en scène inédite en France, perpétrée dans la sphère d'un domicile pour frapper des cibles individuelles.

"Un cap dans l'horreur a été franchi", a commenté le Premier ministre français Manuel Valls : "c'est le domicile, l'intimité même d'une famille, d'un couple de fonctionnaires de police qui ont été prises pour cible".

Lundi peu après 20H00 (18H00 GMT), Larossi Abballa poignarde à mort un policier en civil devant chez lui avant de s'engouffrer dans la maison et d'égorger la compagne du fonctionnaire. Leur fils de trois ans en réchappe, indemne mais profondément choqué.

Avant d'être abattu, l'assaillant, calme et souriant, s'est mis en scène dans une vidéo filmée en direct à l'intérieur de la maison, et diffusée sur Facebook. Il appelle à attaquer des policiers, des gardiens de prison, des journalistes, des rappeurs et autres personnalités publiques, et promet d'autres "surprises" pendant l'Euro de football, dans cette séquence visionnée par l'AFP.

Une liste de cibles, mentionnant des personnalités ou des professions, est retrouvée au domicile des victimes ainsi que trois téléphones et trois couteaux, dont un ensanglanté.

Puis vient la revendication par le canal de l'agence de presse Amaq liée au groupe jihadiste, affirmant qu'un "combattant de l'Etat islamique" (EI) a tué le couple.

Le 24 novembre 2015, le service de presse de l'EI dans la province d'Al-Raqqa avait diffusé une vidéo dans laquelle des combattants francophones de l'EI menaçaient les Français de nouvelles attaques contre leurs maisons, leurs écoles, dans les rues, les hôpitaux et les autres lieux publics.

-- QUELS LIENS AVEC LA SPHERE JIHADISTE ?

Larossi Abballa entretenait depuis plusieurs années des liens avec la mouvance jihadiste

Originaire de Mantes-la-Jolie, à l'ouest de Paris, le jeune homme, qui a lancé début 2016 son entreprise de livraison de sandwiches halal à domicile, est déjà connu des services antiterroristes : il avait été jugé avec sept autres prévenus et condamné en 2013 à trois ans de prison, dont six mois avec sursis, pour participation à une filière d'envoi au Pakistan de candidats au jihad.

Au moment de son arrestation en mai 2011 pour ses liens avec Mohamed Niaz Abdul Rassed, un ressortissant indien considéré comme l'inspirateur de la filière, les policiers retrouvent au cours d'une perquisition au domicile de ses parents un agenda avec une liste de commissariats, de mosquées et de lieux touristiques dans son département des Yvelines. "Des cibles potentielles", souligne alors une source proche de l'enquête.

-- LA QUESTION DU SUIVI

Il a été libéré à l'issue sa condamnation en 2013, ayant effectué l'intégralité de sa peine en détention provisoire. Depuis peu, son nom était apparu dans une information judiciaire sur une filière de départs pour le jihad en Syrie, selon des sources concordantes : son rôle exact n'a toutefois pas été précisé.

Une trentaine de lignes téléphoniques avaient été mises sur écoutes, "dont plusieurs attribuées à Larossi Abballa", selon le procureur de la République de Paris, François Molins, mais cela n'a "pas permis à ce jour de déceler le moindre élément" sur "la préparation et un passage à l'acte violent".

Alors qu'il s'est retranché lundi soir au domicile de ses victimes, Larossi Abballa affirme aux policiers "avoir prêté allégeance trois semaines plus tôt au commandeur des croyants de l'Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi", a dit le procureur. L'assaillant, qui savait que sa victime était un policier, a expliqué avoir répondu à un appel du chef de l'EI "demandant de +tuer des mécréants, chez eux, avec leur famille+", a ajouté François Molins.

-- QUELLES COMPLICITES ?

Les enquêteurs cherchent à déterminer si l'homme a pu bénéficier de complicités dans la préparation du meurtre dont la cible - un policier - ne semble pas avoir été choisie au hasard. Pour le moment, trois personnes, dans l'entourage du tueur, âgées respectivement de 27, 29 et 44 ans, ont été placées en garde à vue mardi. Deux des trois hommes figurent parmi les huit membres de la filière jihadiste condamnés en 2013. Aucune arme, ni explosif n'ont été retrouvés au domicile de l'assaillant.

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