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14/06/2016 08:48 EDT | Actualisé 15/06/2017 01:12 EDT

Face à un possible Brexit, le taux de référence de la dette allemande devient négatif

A l'approche du référendum au Royaume-Uni, la perspective d'un Brexit inquiète les marchés financiers qui se replient vers les valeurs refuges comme la dette de l'Allemagne dont le taux à 10 ans, le "Bund", est devenu négatif mardi.

"Le cap est symbolique, même si nous le voyions se profiler depuis longtemps déjà, toutefois nous ne l'attendions pas aussi tôt", résume auprès de l'AFP Patrick Jacq, un spécialiste de la dette de BNP Paribas.

Le taux allemand a atteint -0,033% au plus bas de la séance sur le marché où s'échange la dette déjà émise par les Etats, avant de clôturer à -0,004%.

Ces créances sur l'Etat allemand servent d'étalon aux dettes des Etats et des entreprises européens. Ce taux négatif signifie concrètement que les investisseurs qui achètent aujourd'hui de la dette allemande à dix ans s'engagent à verser au pays une somme d'argent s'ils conservent le titre jusqu'à son échéance.

"Un investisseur qui a acheté aujourd'hui un titre de dette allemande à 105 euros se verra rembourser 100 euros dans 10 ans s'il le garde jusqu'à la fin", explique M. Jacq.

- "Une nouvelle ère" -

La tendance de fond était déjà présente avec des échéances plus courtes aux taux déjà négatifs, mais "l'arrivée du navire amiral" fait "rentrer le marché dans une nouvelle ère d'un point de vue psychologique" en confirmant le changement de dimension, complète-t-il.

Cette glissade est surtout la conséquence de la générosité des banques centrales, Banque centrale européenne (BCE) en tête et, à plus court terme, d'un environnement économique et politique incertain, avec en particulier le vote dans neuf jours sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne.

"D'un côté, il y a le Brexit, avec une incertitude telle que tout le monde opte pour des valeurs refuge en attendant que cela passe et de l'autre il y a la Banque centrale européenne" qui achète aussi massivement des titres de dette des États, souligne René Defossez, un expert de la dette de Natixis basé à Londres.

Dans un climat mouvant, les investisseurs se réfugient en effet toujours vers les actifs les plus solides.

Ils ont tendance à délaisser les actifs jugés plus risqués dont les actions, comme l'illustre depuis quelques jours le fort recul des places boursières européennes, qui ont encore perdu autour de 2% mardi (-2,01% à Londres) et la dépréciation de la livre britannique, tombée lundi à un plus bas en deux mois face à l'euro.

A l'inverse, en dehors de la dette allemande, le yen, le franc suisse et l'or faisaient office de valeurs refuge.

Si l'Allemagne a été précédée sur ce terrain négatif par la Suisse et le Japon, la portée symbolique est cependant d'une ampleur différente parce que sa dette à 10 ans sert de point de comparaison aux autres actifs obligataires. Plus l'écart (ou "spread") entre un titre de dette et le Bund sera faible, plus le titre sera considéré comme sûr et inversement.

S'y ajoute en outre le poids économique du pays, première puissance européenne.

"L'Allemagne est l'un des rares pays 9A (doté d'un triple A dans les trois principales agences de notation, ndlr) qui reste au monde", relève M. Defossez.

- Aubaine budgétaire -

"L'installation des rendements en dessous de zéro montre une fois encore les défis immenses auxquels font face actuellement les marchés financiers", souligne Ulrich Kater, chef économiste chez DekaBank.

Cette situation "n'est pas dans la logique normale du marché" où les investisseurs sont censés gagner de l'argent en prêtant, poursuit M. Jacq, "mais c'est logique dans l'état actuel des choses" où la plupart des actifs financiers sont très malmenés.

Le Bund reste donc le placement le plus sûr et, dans un tel environnement, cette sûreté a un prix que les investisseurs sont prêts à payer.

Du côté de l'emprunteur, en particulier dans le contexte économique poussif de la zone euro ces dernières années, payer moins d'intérêts offre en revanche de belles marges de manoeuvres budgétaires.

La faiblesse des taux allemands ces dernières années a ainsi permis à l'Allemagne de réduire sa charge d'intérêts d'environ 20 milliards d'euros par an entre 2008 (plus de 40 mds) et 2015 (21 mds).

Elle a été un facteur essentiel dans la présentation par Wolfgang Schäuble, dès 2014, un an avant l'échéance prévue, d'un budget fédéral à l'équilibre, pour la première fois depuis 1969.

Ce qui n'empêche pas le ministre allemand des Finances, de pointer en même temps les dangers de cet environnement de taux très bas, qui complique la vie de ses compatriotes friands d'épargne.

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