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14/06/2016 02:25 EDT | Actualisé 15/06/2017 01:12 EDT

Espagne: Ada Colau, un an à gérer Barcelone à contre-courant de l'austérité

La militante du droit au logement en Espagne Ada Colau fête un an de gestion de la mairie de Barcelone, à contre-courant des politiques d'austérité en Europe, avec une fermeté qui agace les milieux économiques et parfois son propre camp.

Dans un pays souffrant d'un chômage record, des inégalités et de la corruption, des activistes et des partis de gauche sans expérience politique ont pris le pouvoir le 13 juin 2015 dans des villes comme Madrid, Valence et Barcelone.

"Nos opposants pensaient que nous allions échouer mais nous avons démontré que nous pouvons gouverner mieux qu'eux", assurait samedi la maire de la capitale de la Catalogne, en campagne pour la coalition anti-austérité Podemos, avant les législatives du 26 juin.

Ada Colau, 42 ans, dont 52% des Barcelonais se disent satisfaits selon une enquête d'opinion municipale, est devenue la meilleure tête d'affiche de Podemos, selon le chef du parti Pablo Iglesias.

Cette fondatrice d'une plateforme luttant contre l'expulsion de particuliers surendettés est aux commandes d'une riche ville d'1,6 million d'habitants.

Saturée de touristes, Barcelone compte aussi quelque 100.000 chômeurs et de nombreux travailleurs précaires, pour qui la candidate a promis "une ville plus juste et plus démocratique".

Ada Colau a réduit les salaires de son équipe, consacré 100 millions d'euros d'excédent budgétaire à des mesures sociales et évité 640 expulsions de logements.

Les impôts n'ont été augmentés que pour les 2% les plus riches. Les fonds consacrés à l'aide aux réfugiés et aux immigrants ont été multipliés par cinq.

Le tout en réduisant la dette de la ville de 138 millions d'euros et sans effrayer les investisseurs, qui considèrent que Barcelone est la cinquième ville la plus attrayante en Europe, selon le cabinet de conseil Ernst & Young.

"Nous sommes en train de démontrer qu'il existe des alternatives économiques à l'austérité et que l'on peut faire preuve de rigueur budgétaire tout en redistribuant", déclare à l'AFP Gerardo Pissarello, numéro deux de la mairie.

- 'Assez rationnelle' -

Toutefois le secteur du tourisme, fondamental pour l'économie de Barcelone, s'inquiète. Surtout depuis qu'Ada Colau a annoncé qu'elle voulait interdire la construction de nouveaux hôtels dans le centre ville et taxer les grands navires de croisière, qui feraient escale dans son port.

"Susciter l'incertitude sur l'activité touristique est une erreur", estime Roger Pallarols, directeur général de l'organisme représentant les restaurateurs de Barcelone, dénonçant le manque de contacts entre la mairie et les entrepreneurs.

"S'ils continuent à tourner le dos à ces secteurs, la dynamique économique va s'essouffler", se plaint aussi Joaquim Forn, porte-parole du parti conservateur CDC, aux commandes à Barcelone de 2011 à 2015.

A gauche aussi Ada Colau essuie des attaques. Son équipe "a promis de profonds changements et tout reste à l'identique, affirme le conseiller municipal Alfred Bosch du parti indépendantiste ERC (gauche républicaine de Catalogne). Mêmes expulsions de logements, davantage de SDF, et beaucoup d'inégalités".

Elle a encore ravivé les critiques quand, à la recherche d'une majorité stable, elle a fait entrer au conseil municipal les socialistes, accusés d'avoir imposé pendant leurs 32 ans de gestion le modèle d'urbanisme qu'elle décrie.

La déception a même gagné des milieux qui lui sont en théorie proches, comme les syndicats du métro, qui ont déjà convoqué plusieurs grèves et dénoncent la rigidité de la mairie lors des négociations salariales.

Même l'association anti-expulsions PAH, qu'elle a fondée, se plaint: "il y a des avancées, mais elles sont lentes. Il faudrait accélérer, nous sommes encore très loin de nos objectifs", déplore son porte-parole Carlos Macías.

"Ada Colau incarne une nouvelle manière de faire de la politique en Europe", estime en revanche Jordi Alberich, directeur du Cercle d'Economie, un puissant lobby des entrepreneurs de Barcelone.

Ces critiques démontrent qu'elle se montre "assez rationnelle", poursuit-il. Son défi, comme celui des autres mairies "de changement", est d'être "capable de refermer la fracture sociale, sans mettre des battons dans les roues aux entrepreneurs".

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