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14/06/2016 11:23 EDT | Actualisé 15/06/2017 01:12 EDT

Comment traiter les troubles alimentaires d’un athlète de pointe?

François Imbeau-Dulac a trouvé des ressources pour traiter ses troubles alimentaires après les Jeux olympiques de Londres, où il souffrait d'anorexie. Une équipe interdisciplinaire l'a aidé à changer son rapport à l'alimentation. La nutritionniste Alexia de Macar en faisait partie.

Nutritionniste spécialisée en sports de performance, Alexia de Macar a commencé à travailler avec l'équipe canadienne de plongeon après les Jeux de Pékin en 2008. Elle ne peut parler spécifiquement du cas de François Imbeau-Dulac, parce qu'elle est tenue au secret professionnel. Mais elle apporte un éclairage intéressant sur le contexte dans lequel des athlètes comme lui sont pris en charge.

La littérature scientifique démontre une plus grande prévalence de troubles alimentaires « dans les sports de nature esthétique, les sports jugés ou les sports où le poids a un rôle, comme avec des catégories de poids », indique-t-elle.

Le plongeon fait partie de ces sports et la nutritionniste comprend comment des athlètes qui le pratiquent peuvent voir la nutrition uniquement comme un facteur de contrôle du poids. Son travail est de changer leurs perceptions.

« C'est important que les athlètes comprennent que la nutrition n'est pas seulement reliée au poids, mais aussi à une performance, à un carburant, à la récupération, explique-t-elle. Il faut prendre du recul et voir les aspects positifs sur les performances et pas seulement une façon d'atteindre un poids spécifique. »

Alexia de Macar n'aime pas le mot « diète » et ne l'utilise jamais, à cause de sa connotation négative. Elle insiste pour que la notion de plaisir reste au cœur de l'alimentation de ses athlètes, même dans un cas où l'objectif est une perte de poids, et y voit un moyen de prévenir et traiter des troubles.

« Ma mission première est que les athlètes maintiennent une bonne relation avec la nutrition, qu'ils prennent plaisir à manger et cuisiner. Même si on cherche à diminuer un poids, ça ne passe pas nécessairement par un régime ou des restrictions », dit-elle.

« La nutrition n'est que le symptôme »

Alexia de Macar veut casser l'idée reçue selon laquelle les troubles alimentaires ne concernent que la nutrition. « La nutrition n'est que le symptôme », fait-elle valoir. Les traiter nécessite un travail d'équipe interdisciplinaire, ajoute-t-elle, avec des ressources psychologiques, très spécialisées en ce qui concerne des athlètes de pointe.

« À la base, il faut qu'un psychologue soit impliqué et pas n'importe quel psychologue, un psychologue qui est outillé et habitué à travailler avec des gens qui sont atteints de troubles alimentaires et, idéalement, un psychologue qui connaît la réalité des athlètes de haut niveau », insiste-t-elle.

Le poids, une mesure incomplète

Des athlètes de haute performance peuvent être obsédés par leur poids, mais le poids lui-même est une mesure incomplète pour les suivre dans le temps, précise Alexia de Macar. Elle insiste sur l'importance d'un suivi anthropométrique du corps des athlètes, par la mesure de leur masse maigre, de leur masse grasse et de leur masse musculaire, entre autres.

« Le poids peut fluctuer pour mille et une raisons, à cause des hormones notamment, dit-elle. On peut prendre cinq livres en une semaine et les perdre tout de suite après. [...] La valeur unique du poids n'est pas très utile. Dans un contexte de haute performance, on va regarder tous les paramètres impliqués. Avec le temps, on peut cibler un intervalle de valeurs dans lequel un athlète sait qu'il performe bien et se sent bien. »

Les hommes et les troubles alimentaires

Les troubles alimentaires ont longtemps été associés exclusivement aux femmes et les études démontrent qu'ils touchent encore plus largement les femmes que les hommes, note Alexia de Macar. Dans ce contexte, la nutritionniste comprend l'incompréhension d'un jeune garçon, athlète ou pas, qui se demande « s'il a le droit de souffrir d'un trouble alimentaire ».

Mais l'anorexie et les autres troubles alimentaires sont mieux documentés qu'avant chez les hommes, qui sont mieux ciblés par des mesures de soutien et de prévention dans les écoles, se réjouit la spécialiste. En partageant son histoire, François Imbeau-Dulac peut faire tomber d'autres barrières, pense-t-elle.

(Avec les informations de Jacinthe Taillon)