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14/06/2016 02:40 EDT | Actualisé 15/06/2017 01:12 EDT

Bangladesh: fatwa de dignitaires musulmans contre les meurtres de laïcs et de membres d'autres religions

Plus de 100.000 dignitaires musulmans ont signé une fatwa contre les meurtres de membres de minorités religieuses et de défenseurs de la laïcité au Bangladesh, pays à 90% musulman, a annoncé mardi une organisation représentative.

Près de 50 personnes ont été tuées depuis trois ans par des islamistes extrémistes, une série de meurtres ayant en particulier visé des hindous, des chrétiens, des musulmans soufis et des intellectuels.

"Cette fatwa dit explicitement que ces meurtres de non musulmans, de minorités, de défenseurs de la laïcité sont interdits par l'islam", a déclaré à l'AFP Farid Uddin Masuod, qui dirige le Council of Bangladesh Clerics.

"Nous avons dit que ces meurtres sont illégaux et constituent des crimes contre l'humanité", a-t-il dit

Cette fatwa a été signée par 100.000 représentants musulmans et sera rendue publique le 18 juin, a précisé Farid Uddin Masuod.

Cette annonce intervient après une vague d'arrestations de plus de 11.000 personnes en quatre jours, dont 3.115 au cours des 24 dernières heures, pour endiguer ces violences.

Le gouvernement est soumis à une pression croissante de la communauté internationale, la Premier ministre Sheikh Hasina ayant promis samedi d'arrêter "chaque assassin.

Elle a accusé le principal parti d'opposition, le Bangladesh Nationalist Party (BNP) et son allié islamiste, le Jamaat-e-Islami, d'avoir organisé ces meurtres pour déstabiliser le pays.

Le BNP assure au contraire que 2.100 de ses sympathisants ont été arrêtés et que le gouvernement profite de cette vague de répression pour faire taire toute voix discordante.

Nombre de personnes interpellées sont des personnes soupçonnées de faits de droit commun, sans lien avec des groupes jihadistes.

Un haut responsable de la police, A.K.M Shahidur Rahman, a dit à l'AFP que 145 seulement étaient membres de groupes extrémistes islamistes.

De son côté, Masuod a souligné que la fatwa émise allait discréditer tout groupe islamiste essayant de justifier ses crimes.

"La fatwa dit clairement que ces meurtres ne s'inscrivent pas de façon juste dans le jihad mais sont de purs actes de terrorisme", a-t-il poursuivi.

Outre des membres de minorités religieuses et des intellectuels, les meurtres ont visé des blogueurs défenseurs de la libre pensée, deux étrangers et deux militants LGBT.

Le Jamayetul Mujahideen Bangladesh (JMB) est l'un des deux groupes accusés par les autorités de la plupart des meurtres. Le gouvernement rejette les revendications de ces meurtres émises par l'organisation Etat islamique (EI) ou par la branche d'Al-Qaïda en Asie du Sud.

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