NOUVELLES
14/06/2016 07:20 EDT | Actualisé 15/06/2017 01:12 EDT

Bahreïn: le pouvoir suspend les activités du principal groupe d'opposition

Le pouvoir à Bahreïn est resté sur une ligne dure mardi en suspendant les activités du principal mouvement d'opposition chiite, ignorant les inquiétudes exprimées par l'allié américain après l'arrestation d'un célèbre dissident.

Les deux mesures, prises en 24 heures, ne laissent aucun doute sur les intentions du royaume dirigé par une dynastie sunnite qui, avec la suspension des activités du mouvement Al-Wefaq, fait planer la menace d'une interdiction pure et simple de l'opposition.

Le sort d'Al-Wefaq (L'Entente) est maintenant suspendu à une décision de justice qui l'accuse de violer les lois de ce petit pays du Golfe, secoué par des troubles récurrents depuis 2011.

Al-Wefaq anime un mouvement de protestation de la majorité chiite contre le pouvoir des Al-Khalifa et réclame une véritable monarchie constitutionnelle.

Il s'est toujours dit opposé à la violence mais les manifestations, qui se poursuivent de manière sporadique, donnent lieu à des affrontements avec la police et le pays a connu quelques attentats contre les forces de l'ordre.

Le chef d'Al-Wefaq, Ali Salmane, purge une lourde peine de prison pour complot contre le régime et incitation à la désobéissance et à la haine confessionnelle.

Le pouvoir à Bahreïn, siège de la Ve Flotte américaine, nie toute discrimination envers les chiites et accuse régulièrement l'Iran chiite de "tentatives de déstabilisation", ce que Téhéran dément.

Selon l'agence officielle BNA, le tribunal administratif a ordonné la suspension des activités d'Al-Wefaq à la suite d'un recours du ministère de la Justice qui a demandé la "dissolution" du mouvement.

- 'Eliminer l'opposition' -

Le ministère accuse Al-Wefak de ne pas respecter la loi et de "favoriser le terrorisme et l'extrémisme", ainsi que les "ingérences étrangères", dans une claire allusion à l'Iran.

Le tribunal a également ordonné la fermeture des locaux du groupe et le gel de ses fonds. Il a fixé sa prochaine audience au 6 octobre pour se prononcer sur la demande de dissolution.

L'organisation Human Rights First, basée aux Etats-Unis, a vivement réagi à la suspension d'Al-Wefaq, affirmant que cette mesure "dangereuse" vise à "éliminer ce qui reste de l'opposition".

Cheikh Ali Salmane, détenu depuis décembre 2014, a été condamné en juin 2015 à quatre ans de prison, et sa peine a été alourdie en mai en appel à neuf ans de réclusion.

Les autorités avaient déjà suspendu pendant trois mois en 2014 les activités d'Al-Wefaq, alors accusé par le ministère de la Justice de violer la loi sur les associations en tenant des assemblées générales sans quorum et de manquer de transparence comme l'exige la règlementation.

Les partis politiques étant interdits à Bahreïn, Al-Wefaq a un statut d'association. Et les associations dépendent du ministère de la Justice.

La justice a par ailleurs décidé de maintenir en détention pendant dix jours l'opposant et militant chiite Nabil Rajab, 51 ans, arrêté lundi, selon son avocat Mohammed al-Jishi.

- Washington inquiet -

Bénéficiant d'une grâce royale pour "raisons de santé", M. Rajab avait été libéré en juillet 2015 alors qu'il purgeait une peine de six mois de prison pour "atteinte aux institutions de l'Etat".

"Il a été placé en détention pendant dix jours pour interrogatoire sous l'accusation d'avoir publié de fausses informations de nature à porter atteinte au prestige de l'Etat", a écrit Me Jishi sur Twitter.

Le département d'Etat américain a fait part de sa "profonde inquiétude" après la nouvelle arrestation de M. Rajab, précisant que la question avait été "soulevée auprès du gouvernement bahreïni".

Washington a des relations compliquées avec Manama et garde un oeil sur le dossier ultrasensible des droits de l'Homme.

Pour James Lynch, directeur adjoint d'Amnesty International pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, la nouvelle arrestation de M. Rajab "semble être un nouvel exemple alarmant de la tolérance zéro de Bahreïn vis-à-vis d'une opposition pacifique".

L'organisation a révélé que cinq dissidents dont un ex-prisonnier de conscience avaient été empêchés de quitter Bahreïn dimanche alors qu'ils devaient assister à une session du Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève.

La justice de Bahreïn a multiplié ces dernières semaines les procès de dissidents, condamnant à de lourdes peines de prison des dizaines d'entre eux dont certains ont été déchus de la nationalité.

bur/mh/ras/tp