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12/06/2016 12:23 EDT | Actualisé 13/06/2017 01:12 EDT

Une banque "visée" par une explosion à Beyrouth

Un attentat a "visé" dimanche soir une importante banque à Beyrouth sans faire de victimes, une première contre le secteur bancaire qui constitue le pilier de l'économie libanaise.

Un dirigeant libanais a lié l'attentat aux récentes tensions à propos d'une loi américaine sanctionnant toute banque traitant avec le Hezbollah, un groupe armé considéré comme "terroriste" par Washington.

La puissante explosion s'est produite près du siège de la Banque du Liban et d'Outre-mer (Blom Bank), une des plus importantes du pays, près du quartier commerçant de Verdun.

Le ministre de l'Intérieur Nouhad al-Machnouk a affirmé à l'AFP que "la bombe a été placée devant la façade arrière de la Blom Bank", ajoutant qu'il était "clair" que la banque était visée.

La charge de la bombe était "de trois ou quatre kg", a-t-il indiqué.

Toute la façade en verre de la banque a été soufflée et des débris recouvraient le sol, selon la correspondante de l'AFP qui a vu plusieurs voitures endommagées.

Un responsable de la Défense civile a affirmé qu'une personne a été légèrement blessée.

Le dernier attentat au Liban remonte au 12 novembre dernier. Il avait fait 44 morts dans la banlieue sud de Beyrouth et avait été revendiqué par le groupe jihadiste Etat islamique (EI).

Le Liban a connu une série d'assassinats et d'attentats imputés soit au régime syrien soit aux jihadistes combattant en Syrie voisine, mais c'est la première fois qu'une banque est ainsi visée.

- Un style d'attentat 'différent' -

"Cette explosion n'a rien à voir avec les précédents attentats" des dernières années, a affirmé le ministre Machnouk à la chaîne locale LBCI, soulignant que le style était "différent" et qu'il n'y avait "pas de victimes".

Interrogé par la presse, le directeur général de la Blom Bank, Saad al-Azhari, a nié avoir reçu des menaces.

Le dirigeant druze Walid Joumblatt a fait le lien entre cet attentat et la question des sanctions adoptées le 17 décembre par le Congrès américain concernant les banques finançant sciemment le Hezbollah.

"Nous sommes entrés dans un cycle d'attentats", a-t-il dit à la chaîne LBC, appelant à mettre "une feuille de route entre le Hezbollah et les banques" pour calmer la situation.

L'explosion de dimanche est "un coup adressé à l'économie et au système bancaire", a-t-il encore dit au quotidien local An-Nahar.

"J'ai appelé à un dialogue calme au sujet des sanctions américaines (...) certains ne veulent pas dialoguer ... mais il faut préserver le système bancaire", a-t-il ajouté, sans formuler d'accusation.

Les banques sont considérées comme le secteur le plus solide et un facteur de stabilité au Liban, pays paralysé par une crise institutionnelle depuis deux ans.

Ce petit pays méditerranéen, aux infrastructures bancales, a accueilli plus d'un million de réfugiés syriens, soit le quart de la population.

Le texte de loi américain (Hezbollah International Financing Prevention Act of 2015) ordonnerait au président américain de prescrire des réglementations afin de sanctionner les institutions financières étrangères qui feraient des transactions avec le Hezbollah ou blanchiraient des fonds pour l'organisation.

Une circulaire de la Banque du Liban (Banque centrale) publiée le 3 mai demande aux banques et institutions financières "d'opérer en conformité avec la loi américaine".

Cette circulaire avait provoqué l'ire du Hezbollah.

Le 13 mai, il accusait le gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé, de "se plier" aux demandes de Washington.

Ceci "risque d'aggraver davantage la crise monétaire et pousser le pays à la faillite", avait averti le bloc parlementaire du Hezbollah.

Il avait appelé M. Salamé à "réviser ses circulaires afin qu'elles soient conformes à la souveraineté nationale" et le gouvernement à "prendre les mesures appropriées pour éviter leurs répercussions négatives".

Les Etats-Unis ont imposé ces dernières années des sanctions contre plusieurs responsables du Hezbollah, qui combat les rebelles et les jihadistes en Syrie aux côtés du régime de Bachar al-Assad.

ram/feb