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11/06/2016 20:45 EDT | Actualisé 12/06/2017 01:12 EDT

Pérou : dans la famille Fujimori, maintenant le petit frère, Kenji

Keiko, fille de l'ex-président péruvien Alberto Fujimori (1990-2000), vient de perdre l'élection présidentielle, mais tout n'est pas fini pour ce clan d'origine japonaise : son petit frère Kenji, 36 ans, se positionne déjà pour 2021.

"Seulement dans le cas où Keiko ne gagnerait pas la présidentielle, je serais candidat en 2021", écrivait-il sur Twitter le 25 avril dernier, donnant des sueurs froides à sa soeur, candidate de droite qui tentait justement de nier toute intention de créer une dynastie Fujimori à la tête du Pérou.

Petit garçon, c'est à ses gardes du corps qu'il donnait de fortes émotions, se cachant dans les recoins du palais du gouvernement quand son père était chef de l'Etat.

Kenji Fujimori a longtemps eu l'image d'un enfant gâté au Pérou, où la population le connaît depuis toujours, mais désormais il est une personnalité politique de premier plan après avoir récolté, pour la deuxième fois consécutive, le plus grand nombre de voix aux élections législatives.

Après le deuxième échec de sa soeur à un scrutin présidentiel, il pourrait s'affirmer comme le grand leader d'opposition face au président élu de centre-droit, Pedro Pablo Kuczynski, en s'appuyant sur un Parlement où le fujimorisme détient la majorité absolue avec 73 sièges sur 130.

"Keiko aura du mal à maintenir son leadership face aux prétentions de son frère Kenji", observe l'historien Antonio Zapata.

"Pour la deuxième fois, la victoire n'a pas été atteinte, ce qui introduit le doute sur le fait que Keiko soit la bonne personne pour arriver au pouvoir" au sein du fujimorisme, renchérit l'analyste politique Carlos Basombrio.

Pressenti pour prendre la présidence du Parlement, Kenji a dit non, visant plus haut : celle du Pérou.

Mais le cadet de la fratrie Fujimori, directeur d'une entreprise de sécurité, "manque encore de maturité politique", observe Luis Benavente, directeur de l'institut de sondages Vox Populi.

"En tant que député, il n'a pas présenté de lois d'importance majeure pour le pays et il n'a même pas exercé comme porte-parole de son groupe parlementaire", critique-t-il.

Dans les cinq prochaines années, "Kenji doit prouver aux Péruviens qu'il a la capacité pour être candidat, au-delà de ses intentions".

- Virage radical -

Longtemps chouchouté par son père, il en est aujourd'hui le plus fervent défenseur. S'il arrive au pouvoir, il n'hésitera pas à gracier l'ex-chef de l'Etat, qui purge 25 ans de prison pour corruption et crime contre l'humanité.

Représentant de l'aile dure et conservatrice du fujimorisme (à l'inverse de Keiko qui incarne la branche modérée), Kenji a toujours clamé l'innocence de son père et plaidé l'annulation de son procès pour irrégularités.

Alors que Keiko Fujimori a pris soigneusement ses distances avec son père pendant la campagne, Kenji illustre un virage radical avec cette posture. Son souhait de se présenter en 2021 révèle "une crise interne au sein du fujimorisme", estime la députée de gauche Marisa Glave.

Difficile pourtant pour Kenji Fujimori ne pas vouloir viser la présidence, son destin étant lié à la politique depuis ses dix ans, quand son père avait été élu, à la surprise générale, face à l'écrivain Mario Vargas Llosa.

Quand Alberto Fujimori réalisait des activités officielles, Kenji, souvent, l'accompagnait.

Quand il allait distribuer des vêtements, des vélos et des ustensiles de cuisine aux plus démunis, Kenji aussi venait.

Reprenant les mêmes recettes populistes, il a rendu visite, lors de sa campagne aux législatives, aux quartiers les plus pauvres.

Après s'être débarrassé de son image d'enfant privilégié - il avait l'habitude de promener ses amis dans les hélicoptères de l'armée lorsque son père dirigeait le pays - Kenji est entré en politique à 26 ans, avant de devenir député en 2011.

D'abord dans l'ombre de sa grande soeur, il s'en est peu à peu détaché. En décembre dernier, il n'a pas hésité à la critiquer pour avoir retiré de la liste de candidats pour le Parlement des fujimoristes historiques.

Le jour du second tour à la présidentielle, il n'est tout simplement pas allé voter.

Et dès l'annonce de la défaite de Keiko, sur les murs de quartiers pauvres de Lima, un message peint a fait son apparition : "Kenji 2021".

rc/ka/we

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