NOUVELLES
11/06/2016 20:45 EDT | Actualisé 12/06/2017 01:12 EDT

La photographe Cindy Sherman met Hollywood face à ses clichés sur les femmes

Des blondes hitchkockiennes dans des ruelles sombres, des "bimbos" au maquillage outrancier... "Imitation of Life", première rétrospective de la photographe américaine Cindy Sherman à Los Angeles en vingt ans met Hollywood face à ses clichés sur les femmes.

"Depuis plus de quarante ans, elle a produit certaines des oeuvres les plus importantes de notre époque", constate Philipp Kaiser, le conservateur de l'exposition, dévoilée au grand public samedi au Broad Museum, dans la capitale américaine du cinéma.

L'une des artistes contemporaines les plus acclamées au monde, dont les oeuvres valent des millions de dollars et battent des records aux enchères, Cindy Sherman est connue pour ses autoportraits à la mise en scène élaborée, qui jouent avec l'imagerie du cinéma.

Tous les genres y passent: les classiques en noir et blanc de l'âge d'or hollywoodien, les séries B, les films d'horreur et même le porno avec des photos de femmes nues jambes écartées avec des prothèses en latex guise de seins et sexe.

L'exposition, qui dure jusqu'au mois d'octobre, "montre la manière dont Sherman interagit avec le cinéma populaire du XXe siècle, la célébrité (...), l'identité et les stéréotypes", explique Joanne Heyler, directrice du Broad, lors d'une présentation à la presse.

Pour cette première exposition du musée The Broad depuis son ouverture en septembre, 120 pièces issues de toute la carrière de l'artiste sexagénaire sont présentées.

Elles proviennent pour l'essentiel de la collection d'Eli Broad, magnat de l'immobilier et philanthrope.

Il a conçu ce musée pour y abriter et dévoiler sa vaste collection d'art contemporain, celle qui compte le plus d'oeuvres de Cindy Sherman au monde.

- Soumission et regard mâle -

"Cindy tient une place spéciale dans notre collection depuis longtemps", a admis le riche homme d'affaires, se souvenant avoir été "ébloui" en découvrant son travail au début des années 80.

A l'heure où les critiques pleuvent à Hollywood sur le manque de place donnée aux femmes devant comme derrière la caméra, et "au moment où pour la première fois aux Etats-Unis une femme, Hillary Clinton, est la candidate d'un grand parti à la présidentielle, le moment est particulièrement opportun pour une exposition sur l'identité féminine", juge Joanne Heyler.

Chaque photographie de Sherman "ressemble à un petit film" silencieux, ajoute-t-elle.

Le conservateur de l'exposition Philipp Kaiser souligne que Mme Sherman y joue tous les rôles: "photographe, réalisatrice, maquilleuse et modèle".

Elle puise parfois dans les techniques du vieil Hollywood comme pour sa série de photos en couleur, "projections en plan arrière", reproduites sur des murs entiers du Broad Museum qui ressemblent ainsi à des écrans de cinéma figés.

L'artiste y prend des poses et des expressions apeurées, interloquées, comme en pleine scène de film.

Dans ses photos, Cindy Sherman est souvent prostrée dans des poses de soumission, renvoyant à l'archétype cinématographique de la "demoiselle en détresse".

Sur une autre photo, Sherman prend le parti opposé et adopte le "regard mâle", qui fixe intensément pour exprimer le désir.

L'univers de cette New-yorkaise interroge non seulement l'image des femmes véhiculée par le cinéma mais aussi d'autres médias, comme les magazines de mode.

Dans une série de photos de mode satiriques, publiées dans des magazines pendant les années 80, elle pose en tenue de créateurs chics, mais avec un maquillage plâtreux, coulant, des poses avachie, les cheveux gras, etc.

- Miroir sur son vieillissement -

Elle caricature aussi le style de beauté californien avec une série sur les "Valley Girl" aux cheveux trop blonds, trop bronzées et peinturlurées.

"Puisqu'elle est son propre modèle, ses sujets vieillissent en même temps qu'elle", remarque Joanne Heyler, interrogée par l'AFP.

Une série de 2008 fait la satire des vieilles dames de la haute société américaine, toutes en paillettes et brushings.

Les photos les plus récentes, tout juste exposées à New York, la représentent en avatar de stars des années 20 façon Garbo ou Dietrich, avec leurs sourcils exagérément hauts, leurs poses théâtrales et leurs turbans.

Toujours dans la satire sociale, "Imitation of Life" projette aussi le seul vrai long-métrage de l'artiste, "Office Killer": l'histoire d'une employée qui prend des mesures un peu trop sanglantes pour mener à bien des liquidations de postes...

ved/sha/mf