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10/06/2016 23:47 EDT | Actualisé 11/06/2017 01:12 EDT

Euro-2016: gros enjeu pour Hollande mais peu de bénéfice à espérer

Rien à gagner et tout à perdre? L'Euro-2016 de football en France, sur fond de vaste pagaille sociale, constitue pour François Hollande un enjeu majeur, mais le président français ne devrait pas en retirer de bénéfice pour la présidentielle de 2017, selon des experts.

Cette compétition est le dernier grand événement organisé dans le pays avant l'élection du printemps 2017. Elle s'est ouverte dans un climat de tension, entre la hantise d'attentats et une contestation sociale et des grèves qui s'éternisent.

Grand amateur de ballon rond, le président socialiste l'aborde avec une popularité au plus bas dans l'opinion.

Peut-on imaginer de le voir rebondir de façon crédible en tirant profit d'un Euro qui serait finalement épargné par la crise sociale, voire d'une victoire ou d'un bon parcours de l'équipe de France? La plupart des experts en doutent.

"Non, évidemment non, bien sûr que non! On a un président qui est extrêmement impopulaire. Il ne peut pas y avoir de bénéfice substantiel pour François Hollande", résume le politologue Gaël Sliman, de l'institut de sondages Odoxa. "Il ne changera pas de dimension avec l'Euro. En revanche, il y a un enjeu très fort pour lui, c'est qu'il ne s'effondre pas littéralement à cause de l'Euro", estime-t-il.

"Si les mouvements sociaux, les difficultés diverses, le terrorisme continuent, la France aura beau gagner l'Euro, ça aura des effets minimes pour François Hollande", abonde Paul Diestchy, un historien spécialiste du sport. "Il y aura liesse mais c'est une émotion assez éphémère, comme les cerises et le printemps. Les Français sont suffisamment intelligents pour faire la différence entre ce temps court et la vie quotidienne", juge-t-il.

Huit mois après les attaques jihadistes du 13 novembre 2015 à Paris (130 morts, des centaines de blessés), le scénario cauchemar d'un nouvel attentat pendant l'Euro hante les esprits.

Mais le risque que la fronde sociale contre une réforme du droit du travail, émaillée de violences depuis mars, ou les grèves et actions coup de poing multiples des dernières semaines se poursuivent durant tout l'Euro apparaît le plus ravageur.

- 'Fête gâchée' -

"Il ne sera pas pardonné à François Hollande de gâcher la fête en laissant les poubelles déborder dans les rues, les trains bloqués", explique Gaël Sliman.

Selon plusieurs sondages récents, une majorité de Français (54%) désapprouvent la poursuite des grèves et manifestations, mais près de six sur dix jugent François Hollande et son Premier ministre Manuel Valls responsables de la situation.

Le président a prévu d'assister à tous les matchs de l'équipe de France de la phase de poules.

L'image de l'ancien président de droite Jacques Chirac, maillot des Bleus sur les épaules durant la Coupe du monde 1998, est restée. En période de cohabitation, la victoire de la France à domicile avait coïncidé avec un regain de popularité de l'ex-chef d'Etat, comme de son Premier ministre socialiste Lionel Jospin.

Les experts rappellent toutefois que la cote de l'exécutif avait alors engagé une remontée avant le début de la compétition, au bénéfice d'une conjoncture économique favorable.

Rendant visite il y a une semaine aux joueurs de l'équipe de France, François Hollande a fait allusion à la présidentielle de 2017. Dans une compétition, "rien n'est joué d'avance", a-t-il souligné, faisant valoir que les "outsiders" sont souvent préférés aux "favoris".

Il garde sans doute en tête le sobriquet qui lui collait à la peau un an avant son élection: "Monsieur 3%", référence au score que lui prêtaient les sondages pour la primaire socialiste, à l'époque dominés par l'ancien patron du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn.

Le président français devrait en tous cas se passer des "propositions de service" de l'ex-joueur de foot de l'équipe du Paris-Saint-Germain, Zlatan Ibrahimovic, a ironisé mercredi le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll. Dans un entretien au journal Le Monde, la vedette suédoise, familier des sorties provocatrices, avait assuré avoir la capacité de "rendre populaire" le chef de l'Etat.

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