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08/06/2016 12:03 EDT | Actualisé 09/06/2017 01:12 EDT

RDC : l'opposant Tshisekedi prêt à un "dialogue national" sous conditions

L'opposant historique en République démocratique du Congo (RDC) Etienne Tshisekedi a lancé mercredi depuis la Belgique un appel à l'unité pour "renvoyer" le président Joseph Kabila, se disant à nouveau favorable à un "dialogue" sous l'égide de la communauté internationale.

M. Tshisekedi, président de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), 83 ans, est apparu en début de soirée dans la grande salle d'un hôtel de luxe de Genval, à une vingtaine de kilomètres de la capitale belge, où s'étaient réunis à son invitation depuis le début de la matinée une centaine de représentants de partis d'oppositions et de la société civile congolaises.

Casquette vissée sur la tête, le patriarche de la politique congolaise a salué un à un les délégués, avant d'ouvrir officiellement la conférence, baptisée le "conclave de Bruxelles-Genval".

"Ensemble, en organisant cette conférence, nous avons voulu que les forces politiques et sociales du Congo se retrouvent en patriotes pour échanger sur la crise grave qui frappe notre pays", a déclaré Etienne Tshisekedi lors d'un discours d'une douzaine de minutes.

"Plus que jamais, nous devons nous unir pour chasser qui vous savez", a-t-il ajouté, en référence au président Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001 et dont le mandat s'achève en décembre.

Mais pour l'opposant, il faut "ménager" l'actuel dirigeant, qui selon la Constitution congolaise n'a pas le droit de se représenter, pour le "renvoyer très doucement" et "ne pas exposer le peuple aux balles".

Etienne Tshisekedi prône donc une participation de l'opposition à un "dialogue", mais il a posé ses conditions: respect de la Constitution, "libération de tous les prisonniers politiques" et rôle déterminant de la communauté internationale -- ONU, UE, Etats-Unis et Organisation internationale de la francophonie--, pour rendre contraignantes les décisions qui seront prises.

M. Tshisekedi avait rencontré plus tôt dans la journée à Genval l'envoyé spécial des Etats-Unis pour la région des Grands Lacs Thomas Perriello.

Les travaux du conclave devraient s'achever jeudi vers 16H00 (14H00 GMT).

- 'Mettre les ego de côté' -

L'ancien gouverneur de l'ex-Katanga Moïse Katumbi, candidat à la présidentielle censée se tenir en novembre, mais devenue improbable, ne s'est pas présenté à la réunion mais il était représenté par ses plus proches conseillers.

Ex-allié de poids du président Kabila, M. Katumbi est inculpé d'atteinte à la sécurité de l'Etat. Fin mai, il a quitté la RDC pour l'Afrique du Sud, officiellement pour s'y faire soigner. Il a ensuite rejoint Londres.

Le Mouvement de libération du Congo (MLC) de l'ex-vice-président congolais Jean-Pierre Bemba, en attente du verdict de la Cour pénale internationale (CPI), n'est en revanche pas représenté.

L'Union pour la nation congolaise (UNC), la troisième grande force de l'opposition à l'Assemblée nationale (derrière l'UDPS et le MLC), a décidé de bouder la réunion, mais son secrétaire-général Jean-Bertrand Ewanga y participe. "A titre personnel", a précisé un porte-parole du parti.

Malgré ces absents, "le conclave marque la volonté d'un large rassemblement autour du doyen de l'opposition Etienne Tshisekedi", a déclaré à l'AFP l'ancien ministre Olivier Kamitatu, porte-parole du G7, groupe de sept partis passés à l'opposition en septembre et qui soutient la candidature à la présidentielle de Moïse Katumbi.

M. Kamitatu a salué le discours d'Etienne Tshisekedi et exhorté l'opposition à "mettre les ego de côté". Les participants devraient adopter un "plan d'action" censé conduire aux élections, qui "restent possibles", a-t-il estimé.

M. Kabila a proposé la tenue d'un "dialogue national" auquel la majeure partie de l'opposition refuse jusqu'ici de participer, y voyant un piège destiné à permettre au président de s'éterniser à la tête du pays.

Pour M. Kamitatu, ce dialogue peut avoir pour objet "la question de l'indépendance de la Ceni" (Commission électorale nationale indépendante), "le calendrier et le financement des élections" ou encore la mise à jour des fichiers d'électeurs.

Pour l'UNC au contraire, le dialogue est un "piège" tendu par le pouvoir. "L'UNC a une divergence de taille avec l'UDPS. Parler du dialogue comme eux, à ce stade, revient à violer la Constitution" a déclaré à l'AFP le député Jean Baudouin Mayo, resté à Kinshasa, pour expliquer la position de son parti.

bur-siu/agr/de