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08/06/2016 07:12 EDT | Actualisé 09/06/2017 01:12 EDT

Pérou/présidentielle : Kuczynski se rapproche lentement d'une victoire

L'ex-banquier de Wall Street Pedro Pablo Kuczynski se rapprochait peu à peu mercredi d'une victoire à la présidentielle au Pérou, son camp jugeant que son avance, même infime, ne peut désormais plus être rattrapée par Keiko Fujimori.

Trois jours après le second tour, seule une poignée de voix - 43.914, sur un pays de 31 millions d'habitants - séparait les deux candidats.

Avec 99,5% des bulletins dépouillés, M. Kuczynski, candidat de centre-droit de 77 ans, obtenait 50,13% des votes, contre 49,87% pour sa rivale de droite de 41 ans, fille de l'ancien président péruvien Alberto Fujimori, actuellement emprisonné pour crime contre l'humanité.

"Nous sommes sereins face aux résultats obtenus car la tendance est claire", a assuré sur Twitter la candidate à la seconde vice-présidence au côté de "PPK" - comme il est surnommé -, Mercedes Araoz.

Mais aucun des candidats ne se risquait encore à crier victoire ou reconnaître sa défaite.

Car même quand les autorités électorales auront dépouillé 100% des bulletins, sans doute jeudi, il n'y aura probablement pas de vainqueur certain, environ 1% des bulletins ayant fait l'objet de recours qui devront être examinés par un tribunal électoral.

Mathématiquement, Keiko Fujimori peut encore rattraper son retard, mais pour certains analystes, cela tiendrait du miracle.

"Je crois que nous pouvons dire que la victoire de PPK est définitive", a déclaré au journal El Comercio le directeur de l'institut de sondages Ipsos au Pérou, Alfredo Torres.

Pour repasser devant, Mme Fujimori "devrait obtenir plus de 70% des voix sur la quasi-totalité des bulletins restant à valider". C'est "matériellement impossible", selon M. Torres.

Dans le camp de la candidate, qui aspire à devenir la première femme présidente du Pérou, seule une voix a admis implicitement la défaite : "Le rêve du fujimorisme n'est pas terminé, il est juste remis à plus tard", a déclaré le député Hector Becerril.

- Le Parlement contrôlé par Fujimori -

Ses autres partisans gardent leur optimisme.

"Les deux candidats se rapprochent (...) Nous avons bon espoir, nous sommes optimistes et nous allons améliorer notre performance", a affirmé Pedro Spadaro, l'un des porte-parole de Mme Fujimori.

M. Spadaro, également député, a assuré qu'il manquait encore les bulletins du VRAEM, la vallée de la forêt centrale du Pérou, où sévissent les narcotrafiquants et qui sert de refuge aux derniers membres de la guérilla communiste du Sentier lumineux, que le père de Keiko Fujimori avait combattus dans les années 1990. Selon M. Spadaro, le camp Fujimori a largement gagné dans cette région.

Selon les autorités électorales, des problèmes de sécurité et géographiques compliquent le transport des procès-verbaux depuis cette zone et beaucoup de bulletins doivent voyager par bateau. L'enregistrement des votes de l'étranger est lui prévu entre mercredi et jeudi.

Si Keiko Fujimori est battue, ce serait son deuxième échec à une élection présidentielle après celui de 2011 face à l'actuel président de gauche, Ollanta Humala.

Pour PPK, vétéran de la politique péruvienne après avoir été notamment Premier ministre, s'ouvrirait alors une délicate période de cohabitation avec un Parlement où le parti fujimoriste Fuerza Popular contrôle 73 des 130 sièges, contre seulement 18 pour sa formation, Peruanos por el Kambio.

"Une fois terminé ce processus électoral, nous devrons nous concerter, pour le bien-être du Pérou et malgré les différences politiques", a reconnu Mercedes Araoz, dans le camp PPK.

"Nous chercherons les meilleurs Péruviens, indépendamment de leur orientation politique, pour construire un meilleur Pérou", a-t-elle affirmé.

La probable victoire du candidat de centre-droit, qui n'avait pourtant récolté que 21% des suffrages au premier tour contre 39% pour Keiko Fujimori, révèle l'ampleur du mouvement anti-Fujimori, déterminé à ne pas revoir au pouvoir le clan d'origine japonaise.

Le père de la candidate, Alberto Fujimori, a en effet laissé un goût amer chez une partie des habitants, qui se souviennent de son style populiste et autoritaire.

Au pouvoir de 1990 à 2000, il avait fini son mandat piteusement, démissionnant par fax après une rocambolesque fuite au Japon. Il a été condamné en 2009 à 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l'humanité.

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