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08/06/2016 08:14 EDT | Actualisé 09/06/2017 01:12 EDT

La justice française ordonne la remise à la Roumanie d'un gourou controversé

La justice française a ordonné mercredi la remise à la Roumanie d'un maître yogi, Gregorian Bivolaru, arrêté en février à Paris et condamné dans son pays pour des relations sexuelles avec une mineure, qu'il nie.

Ses avocats français et roumains ont immédiatement formé un pourvoi devant la Cour de cassation, qui a 40 jours pour confirmer ou non le transfert de Bivolaru dans son pays. En attendant, le gourou de 64 ans reste en prison.

Théoricien du complot et fondateur du Misa (Mouvement d'intégration spirituelle dans l'absolu), présenté comme une organisation d'écoles de yoga, mais dépeint comme une secte selon ses détracteurs, Bivolaru revendique des dizaines de milliers d'élèves dans le monde. Dans le collimateur des autorités roumaines depuis les années Ceaucescu, il avait été inculpé en 2004 dans son pays pour "rapports sexuels avec une mineure" et "perversions sexuelles".

En fuite, il avait été interpellé en Suède en 2005. Stockholm avait refusé de l'extrader et lui avait offert en 2006 le statut de réfugié politique. En 2013, la justice roumaine l'avait finalement condamné en son absence à six ans de prison pour relations sexuelles avec une mineure, ce qu'il conteste.

Mercredi, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a estimé que son statut de réfugié politique accordé par la Suède, à une date, en 2006, où la Roumanie n'était pas encore dans l'Union européenne, n'a "pas pour effet d'imposer (...) de refuser" son transfert dans ce pays, où il se dit victime de persécutions politiques depuis plus de quarante ans.

Aux yeux de la cour d'appel, la preuve de sa condamnation "en raison de ses opinions politiques" n'est pas apportée et il n'est donc "pas établi qu'il pourrait être porté atteinte à sa situation en Roumanie pour cette même raison".

"Son statut de réfugié est piétiné, c'est une décision choquante, contraire à la jurisprudence", a réagi l'une de ses avocates, Me Elodie Journeau. Son confrère Me Dominique Tricaud a évoqué "une décision délirante qui détourne la France de ses obligations vis-à-vis de la convention de Genève", relative au statut des réfugiés, et "un manque de respect vis-à-vis de la Suède".

La cour d'appel précise aussi qu'un refus de remettre Bivolaru à Bucarest porterait "atteinte aux principes de confiance (...) mutuelle" entre Paris et Bucarest.

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