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08/06/2016 08:06 EDT | Actualisé 09/06/2017 01:12 EDT

L'extrême droite autrichienne veut faire annuler le résultat de la présidentielle

L'extrême droite autrichienne espère obtenir en justice l'annulation de l'élection présidentielle qu'elle a perdue de peu en mai, arguant "d'irrégularités épouvantables" pour contester ce scrutin à seulement un mois de l'entrée en fonction du nouveau chef d'Etat.

Pour le parti des Verts autrichiens, cette contestation n'est qu'un faux suspense qui vise à présenter le Parti de la liberté (FPÖ) en "victime".

Norbert Hofer, un cadre du FPÖ souvent décrit comme le visage rassurant de cette formation, avait recueilli 49,7% des voix contre 50,3% à Alexander Van der Bellen, ancien patron des écologistes qui se présentait en candidat indépendant.

"Nous ne sommes pas de mauvais perdants. Il en va des fondements de la démocratie et de l'Etat de droit", a justifié Heinz-Christian Strache, le chef du FPÖ, en annonçant mercredi le dépôt d'un recours contre le scrutin du 22 mai.

Cette élection s'était jouée sur un fil, Nobert Hofer ayant failli devenir le premier président issu d'un parti d'extrême droite au sein de l'UE.

Les Verts reprochent au FPÖ de détourner "un instrument important de la démocratie", le recours judiciaire, au profit d'un "jeu de tactique partisane".

Ce sera à la Cour constitutionnelle de valider ou d'invalider l'élection. Elle dispose de quatre semaines, soit exactement le temps restant jusqu'à la prise de fonction, prévue le 8 juillet, d'Alexander Van der Bellen. Un porte-parole de la juridiction a déjà prévenu que ce délai légal serait très difficile à respecter.

"Je ne pense pas que le FPÖ fasse cette démarche en espérant gagner, je crois qu'ils le font pour rester sur le coeur de leur message anti-système consistant à dénoncer un complot visant à empêcher l'élection d'un président FPÖ", estime le politologue Thomas Hofer, interrogé par l'AFP.

Selon lui, "les cas connus (d'irrégularités) ne sont pas, à priori, suffisants pour faire basculer l'élection".

Nobert Hofer juge au contraire les chances de succès du recours "extraordinairement élevées", évoquant une "violation flagrante de la loi".

Le patron du FPÖ évoque pour sa part des irrégularités "plus qu'épouvantables" et des "dysfonctionnements" que le parti dit avoir fait analyser par un groupe de juristes.

- Réactions violentes -

Les deux candidats avaient été départagés par les votes par correspondance, décomptés le lundi 23 mai. En tête à l'issue du dépouillement des urnes le dimanche soir, M. Hofer avait finalement été devancé de 30.863 voix.

Le vote par correspondance, ouvert à tous les citoyens autrichiens et qui a représenté 16,7% des suffrages exprimés au second tour, est traditionnellement défavorable à l'extrême droite en Autriche.

Le FPÖ conteste notamment les modalités de dépouillement de ce vote, affirmant que dans certaines circonscriptions, les bulletins postaux ont été ouverts trop tôt. Il affirme également que des "non Autrichiens" et des électeurs n'ayant pas l'âge de voter ont participé au scrutin.

Après sa défaite, le FPÖ avait dû demander à ses partisans de modérer leurs propos. Beaucoup faisaient état d'une manipulation du scrutin et appelaient même à la violence contre M. Van der Bellen.

Norbert Hofer était arrivé en tête du premier tour mais M. Van der Bellen, 72 ans, avait pu refaire son retard au second tour grâce à une forte mobilisation et d'importants reports de voix.

La déroute historique au premier tour des sociaux-démocrates et des conservateurs, qui gouvernent l'Autriche depuis 2007 dans une coalition, a offert une nouvelle illustration du discrédit qui frappe les partis traditionnels en Europe.

Le FPÖ, qui caracole en tête des sondages pour les législatives depuis plusieurs mois, espère décrocher la chancellerie, le coeur exécutif du pouvoir, lors du prochain scrutin parlementaire prévu au plus tard en 2018.

En cas d'invalidation totale ou partielle du scrutin, M. Van der Belllen ne pourrait pas prendre ses fonctions et l'intérim à la tête de l'Etat serait assuré collégialement par le président et les deux vice-présidents du Conseil national, la chambre basse du parlement.

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