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08/06/2016 06:41 EDT | Actualisé 09/06/2017 01:12 EDT

L'Arabie veut s'ouvrir aux arts et aux médias pour contrer les "stéréotypes"

L'Arabie saoudite, pays ultraconservateur du Golfe où il n'y a ni théâtre ni cinéma et où la presse est sous surveillance, a annoncé son intention d'ouvrir un Complexe royal des arts et une Cité des médias pour contrer les "stéréotypes" et améliorer son image.

Ces initiatives sans précédent, annoncées mardi soir, font partie du Programme de transformation nationale (PTN), un plan d'action sur cinq ans visant à diversifier une économie saoudienne trop dépendante du pétrole et à créer 450.000 emplois dans le secteur privé d'ici 2020.

"L'intention est aussi de transformer la société", a déclaré à la presse le ministre de la Culture et de l'Information Adel al-Turaifi en marge d'une présentation à Jeddah (ouest de l'Arabie) du PTN qui a été approuvé lundi soir par le Conseil des ministres.

L'Arabie saoudite est une monarchie absolue, régie par une version très stricte de l'islam qui interdit de représenter des figures humaines.

Le royaume wahhabite fait régulièrement l'objet de critiques en Occident à propos des exécutions capitales, des opposants emprisonnés ou des restrictions imposées aux femmes qui n'ont pas le droit de conduire.

Selon les objectifs du PTN, un Complexe royal des arts et une Cité des médias vont être développés. L'annonce a été accueillie positivement par des artistes, bien que l'Arabie saoudite parte de "zéro", a aussitôt noté le poète Ahmed Almulla.

Le royaume n'a pas su fournir à certains de ses artistes, pourtant exposés et reconnus à l'étranger, "une plateforme et un espace pour les soutenir" dans leur propre pays, a reconnu le ministre Turaifi.

Le Complexe royal des arts permettra de changer la situation en "aidant à véhiculer une image de l'Arabie saoudite au monde", a-t-il affirmé.

"Nous voulons créer des institutions qui puissent montrer le travail de ces artistes, les soutenir et leur fournir des subventions pour réaliser leurs rêves de création artistique", a encore déclaré le ministre saoudien.

Bien que les salles de cinéma soient interdites dans ce pays ultraconservateur, le long métrage "Wadjda", réalisé par la Saoudienne Haifaa Al-Mansour, avait été acclamé par la critique internationale et largement récompensé dans des festivals en 2013.

Outre le Complexe royal des arts, Ryad veut aussi créer une Cité des médias pour promouvoir notamment la production audiovisuelle locale et atteindre un niveau de 16.100 emplois dans le secteur des médias en cinq ans (contre 10.000 actuellement).

Certaines monarchies du Golfe sont jalouses de Dubaï qui a créé il y a 15 ans une Cité des médias, en zone franche, et réussi à attirer quelque 2.000 médias régionaux et internationaux, dont la grande chaîne de télévision Al-Arabiya à capitaux saoudiens.

- 'Coffre-fort' -

Interrogé au téléphone par l'AFP depuis Dammam (est de l'Arabie), Ahmed Almulla a rappelé que jusqu'ici, les artistes saoudiens n'avaient pu travailler qu'à temps partiel.

Le secteur a besoin d'infrastructure, y compris d'une base dans les institutions d'enseignement, a-t-il dit, ajoutant que les artistes sont "comme une pièce rare interdite de circulation".

"Mon pays est un coffre-fort de talents artistiques", a déclaré M. Almulla, soulignant que le processus "nécessitait du travail" pour venir à bout de l'héritage d'"intimidation" des conservateurs.

Plus de la moitié de la population saoudienne a moins de 25 ans et les jeunes sont avides des réseaux sociaux et des vidéos en ligne.

Dans ses déclarations à la presse, le ministre de la Culture et de l'Information a clairement mis en avant la volonté de l'Arabie saoudite d'améliorer l'image du royaume et de promouvoir sa culture, alors que le pays a fait l'objet, "ces dernières décennies, d'accusations et de stéréotypes".

Interrogé pour savoir si le niveau de liberté d'expression était suffisant pour faire prospérer la création artistique et les médias, M. Turaifi a jugé que les journaux critiquent déjà "tous les jours" les programmes du gouvernement.

L'Arabie saoudite est au 165e rang sur 180 pays dans le classement de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse.

Le pays a été vivement critiqué en Occident pour avoir condamné à dix ans de prison et 1.000 coups de fouet le blogueur Raef Badaoui.

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