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08/06/2016 07:12 EDT | Actualisé 09/06/2017 01:12 EDT

Interdiction de manifester au Kenya: l'opposition dénonce un "état d'urgence"

L'opposition kényane a qualifié mercredi d'"état d'urgence" l'interdiction par le gouvernement de toute "manifestation non autorisée" après des affrontements meurtriers entre policiers et manifestants dans l'ouest du pays.

Depuis le 25 avril, l'opposition et des organisations de la société civile ont déjà organisé plusieurs manifestations à travers le Kenya contre la commission électorale (IEBC), qu'elles jugent favorable au camp du président Uhuru Kenyatta en vue des élections d'août 2017.

Lundi, deux personnes ont été tuées par balle à Kisumu, ville acquise à l'opposition, lorsque la police a dispersé l'une de ces manifestations. Le 23 mai, trois manifestants avaient été tués dans l'ouest: deux avaient été abattus par les forces anti-émeute à Siaya, le troisième étant décédé après avoir chuté en fuyant les gaz lacrymogènes à Kisumu.

"Afin d'éviter d'autres violences, la destruction de propriétés et la perte de vies, le gouvernement interdit à partir d'aujourd'hui toute manifestation non autorisée dans le pays", a annoncé mardi le ministre de l'Intérieur, Joseph Nkaissery, évoquant les manifestations de l'opposition.

Cette dernière a qualifié d'"inconstitutionnelle" et d'"illégale" la décision du gouvernement kényan, soutenant qu'elle continuerait à manifester et qu'elle contesterait l'interdiction devant la Cour suprême.

"Dans les faits, le président Kenyatta a décrété l'état d'urgence au Kenya", a accusé l'opposition dans un communiqué, rappelant que la Haute Cour kényane avait demandé lundi à la police de respecter le droit des opposants à manifester, tout en garantissant l'ordre public.

M. Kenyatta a pour sa part proposé mercredi la création d'une commission parlementaire mixte, composé à parts égales de membres des deux camps, afin de résoudre le différent sur l'IEBC.

L'annonce a été qualifiée de "bienvenue" par le leader de l'opposition Raila Odinga, qui a toutefois indiqué qu'il devait l'étudier et consulter son camp avant de se prononcer définitivement.

Selon des sources proches du dossier, MM. Kenyatta et Odinga s'étaient déjà mis d'accord le 1er juin sur la formation d'une telle commission. La présidence n'avait toutefois jamais confirmé officiellement cet accord.

L'opposition s'était empressée de choisir cinq représentants mais, face à l'absence de réaction similaire de la coalition gouvernementale, avait fini par exprimer mardi son "manque de confiance dans la voie parlementaire" en vue de réformer l'IEBC.

La coalition d'opposition emmenée par Raila Odinga, 71 ans, et plusieurs organisations de la société civile réclament la dissolution de l'actuelle IEBC, qui avait organisé la présidentielle de 2013 remportée par Uhuru Kenyatta, 54 ans.

Le résultat avait été contesté par M. Odinga, ancien Premier ministre dans le gouvernement d'unité nationale formé après les violences post-électorales de 2007-2008 qui avaient fait plus de 1.100 morts.

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