NOUVELLES
08/06/2016 11:01 EDT | Actualisé 09/06/2017 01:12 EDT

Hillary Clinton et "la carte de la femme"

Son adversaire Donald Trump a tenté d'en faire un argument pour dresser son procès en incompétence. Elle a fait le choix tactique de le revendiquer: dans la course à la Maison Blanche, Hillary Clinton joue "la carte de la femme".

"Si l'Amérique veut être en tête, nous devons apprendre des femmes du monde qui ont défriché de nouvelles voies". Dès la vidéo d'introduction avant son discours de victoire dans la primaire démocrate mardi soir à Brooklyn, le ton était donné.

Une façon pour "HRC" de placer l'histoire au coeur de sa campagne: 96 ans après le droit de vote pour les femmes aux Etats-Unis, elle est devenue la première femme à remporter l'investiture d'un grand parti. Et espère devenir, dans cinq mois, la première à être élue à présidence.

Une nouvelle fois, elle a évoqué le "plafond de verre" (glass ceiling en anglais), terminologie imagée qui désigne les barrières invisibles qui entravent la carrière des femmes et dont la conséquence est la rareté de leur présence au sommet des entreprises, des organisations ou des institutions publiques.

Lors de sa première campagne, perdue en 2008 face à Barack Obama, l'ex-Première dame, ex-sénatrice et ex-secrétaire d'Etat avait parfois semblé hésiter sur son positionnement. Mais la donne a changé, son adversaire aussi.

"Rarement un candidat à la présidentielle n'a eu autant recours à une rhétorique sexiste", souligne Jennifer Lawless, spécialiste des femmes en politique à l'American University. "Les déclarations de Trump sont tellement inhabituelles -- et excessives -- qu'elles ouvrent un espace à Hillary Clinton".

La candidate démocrate sait que son adversaire républicain est en très mauvaise posture sur cet électorat, et veut pousser son avantage, martelant son message qu'il ne faut pas "laisser quelqu'un avec un tel dédain des droits des femmes s'approcher de la Maison Blanche".

- 'Même présidente des Etats-Unis' -

"Quand Donald Trump (...) traite les femmes de +truies+, cela va à l'encontre de toutes nos valeurs. Nous voulons une Amérique où tout le monde est traité avec respect", a-t-elle lancé mardi soir devant une foule enthousiaste.

Selon un récent sondage Gallup, 70% des Américaines ont une opinion défavorable de Donald Trump, une proportion qui -- fait notable -- n'a cessé de croître au cours des neuf derniers mois.

Or, depuis 1980, sans discontinuer, les femmes américaines votent proportionnellement plus que les hommes lors des élections présidentielles. Lors du scrutin de 2012, elles représentaient 53% des votants.

L'ancienne First Lady a des arguments à faire valoir. D'après un sondage annuel Gallup, elle a été, à 20 reprises (dont la première fois en 1993), la femme que les Américains admirent le plus, un record absolu.

Certains à Washington évoquent désormais la possibilité pour "Hillary" de choisir une femme comme co-listière. Mais l'Amérique est-elle prête pour une présidente et une vice-présidente ? "Je pense qu'elle le sera à un moment donné. Peut-être cette fois-ci, peut-être plus tard", a répondu, plutôt évasive, la candidate sur ABC.

Reste que la candidate démocrate doit encore trouver les moyens d'attirer l'électorat qui s'est enthousiasmé pour son rival Bernie Sanders, en particulier les jeunes. Ces derniers, nés bien après les luttes auxquelles la vidéo de la campagne Clinton faisait référence, pourraient bien ne pas accorder la même importance la présence d'une femme dans la course à la présidence.

Pour David Axelrod, ancien stratège de Barack Obama, "le fait que nombre de jeune femmes trouvent que la nomination d'une femme n'a rien d'extraordinaire est la preuve même des progrès que nous avons accompli en tant que pays".

La candidate, elle, martèle sa conviction que l'impact que son accession à la Maison Blanche résonnerait en profondeur, bien au-delà de sa seule dimension politique.

"Je suis convaincue que cela fera une grande différence pour un père ou une mère d'être capable de regarder leur fille dans les yeux, comme ils peuvent le faire avec leur fils, et dire +Tu peux devenir qui tu veux, même présidente des Etats-Unis".

jca/vog