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07/06/2016 20:45 EDT | Actualisé 08/06/2017 01:12 EDT

Grèce: réforme contestée du panorama audiovisuel privé

Une réforme du panorama audiovisuel est en cours en Grèce actuellement, visant à réduire le nombre des chaînes de télévision privées, un projet qui suscite de nombreuses critiques contre le gouvernement de gauche d'Alexis Tsipras.

Le projet a pour ambition de réduire les liens un peu trop voyants dans le pays entre médias, banques et politiciens, en attribuant des licences pour dix ans à quatre chaînes privées, choisies par appel d'offres international, au lieu d'une huitaine actuellement.

La loi "a été votée et l'appel d'offres suit son cours. Cela met fin à l'ère de l'arbitraire. D'ici à début août, nous aurons un nouveau paysage audiovisuel dans le pays", s'était réjoui M. Tsipras la semaine dernière.

Les chaînes privées actuelles n'ont que des licences provisoires, et cela dure pour certaines depuis plus de vingt ans. Pour le ministre d'Etat en charge des médias Nikos Pappas, certaines sont "nées opaques... et le sont restées".

Le but de la réforme, avait expliqué M. Tsipras devant le Parlement en février, était de "créer des chaînes qui soient véritablement indépendantes et financièrement viables".

Mais pour l'opposition, le gouvernement veut surtout imposer son contrôle sur l'audiovisuel.

Ainsi Kyriakos Mitsotakis, chef de Nouvelle démocratie, le parti conservateur, a-t-il accusé le gouvernement de "pratiques autoritaires". "Si vous étiez intéressés par le pluralisme, vous auriez distribué davantage de licences", a-t-il dit.

Plusieurs chaînes de télévision ont fait appel contre le projet de loi. Le premier cas à être examiné par le Conseil d'Etat, le 17 juin, sera celui de la chaîne Mega, une des plus importantes en termes de chiffres d'affaires avec Antenna 1, Alpha, Star et Skai.

L'appel d'offres place le ticket d'entrée minimum à trois millions d'euros, et il est ouvert jusqu'au 4 juillet. Une première sélection de chaînes sera annoncée le 14 juillet, et la conclusion avant la mi-août.

La décision la plus controversée, limiter le nombre de chaînes à quatre, s'inspire d'une étude menée par l'Institut universitaire européen de Florence.

Le gouvernement Tsipras a fait valoir qu'hormis l'Italie qui a douze chaînes privées, les pays européens de taille comparable à celle de la Grèce, Autriche, Portugal ou Finlande, n'en ont qu'entre deux et quatre.

- 'Au marché de se réguler'-

Mais l'association grecque des chaînes de télévision privée (EITISEE) estime que l'étude s'appuie sur des calculs erronés fondés sur des données techniques obsolètes.

Le gouvernement estime aussi que l'effondrement du marché publicitaire ces six dernières années, dû à la crise, a rendu la plupart des chaînes incapables de payer leur personnel et dangereusement dépendantes des banques.

Michael Bletsas, un des responsables du laboratoire médias du MIT (Massachusetts Institute of Technology), a réalisé une contre-étude estimant qu'il y aurait la place pour 16 chaînes haute définition en Grèce, voir 40 en définition standard, et il se demande si quatre n'était pas "le postulat de départ".

George Pleios, directeur du département communication et médias de l'Université nationale d'Athènes, est pour sa part d'accord sur le principe d'une réduction du nombre de chaînes, mais pas sur la manière dont on s'y prend.

"Je ne pense pas que la Grèce puisse faire de la haute définition, ni que le marché puisse supporter plus de deux ou trois chaînes. Mais c'est au marché de se réguler. Ici, on assiste à une intervention de l'Etat", déplore-t-il.

En 2015, une étude réalisée par la City University de Londres et la London School of Economics estimait que le secteur grec des médias "paraît chaotique mais est en réalité étroitement contrôlé par l'Etat et les intérêts privés".

Parmi les exemples qu'elle cite, l'étude note que le grand fournisseur grec de numérique Digea est en fait un consortium formé de ses principaux clients, Mega, Antenna, Alpha, Star et Skai.

Et pour Sofia Chaimanta, une des responsables du Syndicat grec des journalistes, ce n'est pas une loi qui va faire cesser ce système.

"En terme d'interdépendance et de corruption, il y a toujours trois partenaires, le pouvoir politique, le milieu des affaires et les médias", remarque-t-elle, "et aucune loi n'y peur rien sans une réelle volonté de transparence et d'indépendance des médias".

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