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08/06/2016 07:00 EDT | Actualisé 09/06/2017 01:12 EDT

Erythrée : le régime accusé de crimes contre l'humanité par une commission de l'ONU

Le régime érythréen, un des plus répressifs au monde, a été accusé mercredi à Genève de crimes contre l'humanité à grande échelle par une commission d'enquête de l'ONU qui a recommandé que le dossier soit porté devant la Cour pénale internationale (CPI).

"Des crimes contre l'humanité ont été commis de manière générale et systématique en Erythrée", écrit la Commission d'enquête sur les violations des droits de l'homme en Erythrée, dans son 2è rapport depuis sa mise en place en 2014 par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies.

La commission, qui n'a pas été autorisée à se rendre en Erythrée par le régime en place depuis près de 25 ans, a interrogé 833 Erythréens en exil et réuni des dossiers de preuves à l'encontre des responsables soupçonnés d'avoir commis ces crimes contre l'humanité tels que l'esclavage, la torture, les privations de liberté, les disparitions forcées, la persécution, le viol et le meurtre.

Son rapport de 26 pages a été présenté mercredi à la presse à Genève et sera discuté le 21 juin devant la prochaine session du Conseil des droits de l'homme.

L'Erythrée, qui compte 6,5 millions d'habitants, "est un Etat autoritaire, il n'y aucune pouvoir judiciaire indépendant, pas d'Assemblée nationale et pas d'institutions démocratiques (...) il y a un climat d'impunité pour les crimes contre l'humanité commis depuis un quart de siècle", a déclaré lors d'une conférence de presse le président de la commission d'enquête, Mike Smith.

Le rapport souligne que "les Erythréens sont confrontés à un service national illimité, à des détentions arbitraires, à des discriminations basées sur la religion ou l'ethnie, à des violences sexuelles et à des meurtres".

De ce fait, la Commission estime qu'il y a "300.000 à 400.000 esclaves" car les conscrits sont en quelque sorte "la propriété" des responsables érythréens, taillables et corvéables à merci, selon M. Smith.

"Très peu d'Érythréens sont libérés de leurs obligations de service militaire", a-t-il souligné.

La Commission "estime qu'il y a toujours une politique de +tirer pour tuer+, à l'encontre de ceux qui cherchent à traverser la frontière", a déclaré M. Smith.

-- Milliers de réfugiés érythréens en Europe --

Cette situation est un des motifs pour lesquels les Érythréens fuient par milliers ce petit pays de la Corne de l'Afrique, qui a acquis son indépendance en 1991, après une guerre de trente ans contre l'Ethiopie, et est dirigé d'une main de fer depuis 1993 par le président Issaias Afeworki.

En 2015, plus de 47.000 Érythréens ont demandé l'asile en Europe et la Commission d'enquête demande aux pays de leur accorder le statut de réfugié. Les Erythréens trouvent surtout refuge en Suède, en Allemagne, en Suisse et aux Pays-Bas.

Le président de la Commission d'enquête a demandé au Conseil de sécurité de l'ONU de prendre des "mesures ciblées" contre des personnes responsables des différents crimes recensés, sans toutefois citer de noms.

"La communauté internationale doit maintenant prendre des mesures, y compris en référant la situation à la Cour pénale internationale" pour qu'elle étudie le dossier, a ajouté M. Smith.

En réponse au rapport publié mercredi, un conseiller du président Issaias Afeworki, Yemane Gebreah, a déclaré à Genève que la "Commission d'enquête n'a aucune preuve tangible ni base légale pour soutenir ces charges extrêmes et infondées".

Selon le responsable érythréen, "la méthodologie de la Commission d'enquête est tellement lacunaire, qu'elle compromet sérieusement ses assertions et rend ses conclusions nulles et non avenues".

Parmi les recommandations qu'elle présentera au Conseil des droits de l'homme, la commission demande au gouvernement érythréen d'appliquer la Constitution de 1997 et de ratifier plusieurs conventions garantissant les droits de l'homme.

Elle souhaite la mise en oeuvre des codes pénal, de procédure pénale, civil et de procédure civile de mai 2015.

En février dernier, plusieurs parlementaires suisses s'étaient rendus en Erythrée dans le cadre d'un voyage privé qui a suscité la controverse.

Dans son rapport, la commission de l'ONU indique que "l'apparence de tranquillité et de normalité aux yeux d'un visiteur occasionnel et de ceux confinés dans certains quartiers de la capitale contredit les schémas persistants de violations des droits de l'homme".

Elle relève que les violations des droits de l'homme ne sont pas commises dans les rues de la capitale, Asmara, mais "plutôt derrière les murs des centres de détention et des camps d'entraînement militaire".

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